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Grandir à Naples sans connaître la "Camorra", c'est comme ignorer le froid au Groenland. Le système mafieux local est tellement présent dans la vie quotidienne, dans les consciences, dans les mœurs, qu'on ne peut que faire avec. Les napolitains n'ont guère le choix : la résignation ou l'engrenage. Roberto Saviano, lui, n'est pas un napolitain comme les autres. Il a choisi la lutte, et c'est par la plume qu'il opère. Cet étudiant en philosophie de 28 ans n'a fait que mettre des mots sur un phénomène connu de tous. Mais toute son audace réside dans le fait d'avoir ajouté des noms aux mots. Autant dire que les "boss" locaux n'ont guère apprécié. À un point tel qu'après la sortie en Italie de ce livre "bombe" en 2006, l'écrivain a été mis sous escorte policière. Non content d'avoir dénoncé (ce que personne n'avait jamais osé faire jusque-là), Roberto Saviano s'est rendu il y a peu à Casal di Principe, fief de la "Camorra", pour défier les membres du "système" (c'est comme ça que l'on appelle la "Camorra" à Naples). Ce qui lui a valu une condamnation à mort. Inspiré du "nonfiction novel" de Truman Capote, Saviano mêle l'indiscipline du roman avec la rigueur des faits vécus, narrés et mis en scène. Préférant affronter le mythe plutôt que de le nier, il nous plonge dans l'empire économique de la mafia napolitaine, véritable temple d'un libéralisme effréné. Car «la Camorra n'est plus un phénomène napolitain, c'est un empire international». De la production de vêtements de marque en sous-sol en passant par le trafic d'armes et de drogue jusqu'à la gestion des déchets, Saviano nous donne à voir un univers où religion et respect n'ont plus leur place face au pouvoir de l'argent. Une véritable plongée dans un monde aussi monstrueux que fascinant. "Gomorra", de Roberto Saviano Traduit de l'italien par Vincent Raynaud, éd. Gallimard, 362 p., 21 €.
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