DESSIN

Mitochondrie Nantes France
Mitochondrie
Nantes, France

FRANCE | La Stasi sacrée à Hollywood

10/04/07 | Annika Giese

Un film allemand enthousiasme autant les spectateurs que les critiques. Après avoir raflé de nombreux prix, La vie des autres (Das Leben der anderen) a remporté l’Oscar du meilleur film étranger.

La vie des autres
Troy
Dijon France
En Allemagne, 1,7 million de spectateurs ont vu La vie des autres, le premier long-métrage de Florian Henckel von Donnersmarck, jeune réalisateur de 33 ans. Tout le Parlement allemand l'a vu en salle. Horst Köhler, le président fédéral, s'est rendu à Bonn pour voir le film en présence d'élèves. La chancelière Angela Merkel lui a aussi rendu hommage : « l'Oscar est une fantastique confirmation pour un film impressionnant, basé sur un récit allemand authentique », a-t-elle commenté. Dès la première semaine de sa sortie en France, le film a fait plus de 130 000 entrées.

Un film sur les rouages de la Stasi

La vie des autres nous replonge dans l'Allemagne de l'Est en 1984. Mais ce voyage n'a rien de languissant contrairement aux films nostalgiques comme la comédie Good Bye Lenin (2003). Henckel von Donnersmarck montre un pays froid et gris. Il gomme tous les accessoires qui faisaient le charme pittoresque de Good Bye Lenin. Au contraire, il démonte les rouages de la Stasi (Abréviation de Stastsicherheit, Sécurité d'État, ndj) qui imposait l'ordre communiste en Allemagne de l'Est. Un officier de la Stasi, Gerd Wiesler (incarné par Ulrich Mühe) est chargé d'épier le dramaturge Georg Dreyman (Sebastian Koch) soupçonné d'être déloyal envers le système. En vérité, Dreyman a pour unique défaut de vivre avec une comédienne désirée par le ministre. Pour se débarrasser de lui, des caméras et des micros sont planqués partout où il vit. Mais au cours des surveillances, Wiesler découvre des horizons qui lui étaient inconnus : un univers de lettres, d'émotion et de musique. La vie, tout simplement. Plus Wiesler pénètre dans la vie des autres, plus il se met à douter de la légitimité de l'opération, et commence à agir contre ses propres principes. Florian Henckel von Donnersmarck a consacré quatre ans à des recherches approfondies et à l'écriture du scénario. Il a consulté archives et experts. Il s'est entretenu avec de nombreuses personnes qui ont joué un rôle important à l'époque. Il s'est rendu là où l'empreinte du passé reste marquée, comme par exemple l'ancien Ministère de la Sécurité d'État. « Les lieux captent très bien les émotions, et les visites m'ont souvent davantage nourri que les nombreux ouvrages que, bien entendu, j'ai lus toutes ces années et les documentaires que j'ai visionnés », explique-t-il. Un détail intéressant : le film est tourné entièrement en décors naturels, notamment dans les bureaux et les salles d'archives de la Stasi à Berlin. Les recherches et la coopération avec les autres acteurs, dont beaucoup ont grandi dans la R.D.A., ont influencé le ton du film.

Une pluie de récompenses

Suite au succès en Allemagne, le chef-d'oeuvre de Henckel von Donnersmarck a remporté bon nombre de récompenses, comme par exemple les prix du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur acteur aux European Film Awards. Avec cet Oscar, La vie des autres est le troisième film allemand à recevoir le sacre hollywoodien, après Nirgendwo in Afrika (2003) et Die Blechtrommel (1980). Les critiques négatives sont rares. Seul le fait que le personnage principal Wiesler soit un héros qui s'oppose au système est critiqué. Selon certains, suggérer que certains employés de la Stasi agissaient en résistants est historiquement faux. « Tous les jours, je reçois des lettres de gens qui me racontent combien ils ont été malmenés et combien ils se reconnaissent dans le film », raconte le réalisateur. Le succès de La vie des autres continue : un remake en anglais et une version hollywoodienne seraient déjà en projet...

Annika Giese
Hamburg, Allemagne
Traduit par
Gaëlle Cousin