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Mitochondrie Nantes France
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Nantes, France

FRANCE | On avait demandé James Brown

10/04/07 | Maël Nonet

Iam, [in]contournables Marseillais du hip hop français. Nouvel album, Saison 5. Entretien fumant avec Akhénaton, Khéops et Kephren. On parle de tout, sauf de leur actu.


Maël Nonet
Strasbourg France
Journal EUROPA : L'Europe est au centre des débats à l'heure actuelle. Pourtant le rap français aborde très peu ce sujet. Préfère-t-il rester sur des textes et des thèmes propres à la France ?

Akhénaton : Parce que le rap français a déjà du mal à aborder des sujets basiques (rires). Je pense que c'est étranger aux horizons et aux préoccupations de cette musique. Pour l'instant, la seule expérience qu'on a de l'Europe, c'est l'euro. Et l'euro, c'est la diminution d'un tiers des caddies quand tu vas faire les courses au supermarché. Je sais que tous les hommes politiques se sont engagés : « Mais vous inquiétez pas, vous allez passer à l'euro ». Tu parles, Charles ! Auchan, Carrefour, ils nous l'ont mis bien profond. Et c'est la réalité que les gens des quartiers connaissent de l'Europe. Si tu aménages le rythme scolaire des gamins comme tous les autres pays, là oui, on dira que l'Europe apporte des trucs bénéfiques. Parce qu'on est le dernier pays à être persuadé qu'en envoyant des gamins de 6 ans à l'école jusqu'à 5 heures du soir, on va en faire des génies. C'est faux. Moi j'assiste, et ça il faut en parler, à des réunions de parents d'élèves où tu as des parents qui pleurent : « non, nous on veut pas faire plus de 35 heures, non non non non ! » et ils chialent quand les profs donnent pas des devoirs à leurs enfants, alors que les enfants de 6 ans vont quasiment 36 heures à l'école et ils font deux heures de devoirs en rentrant à la maison. Il y a une aberration là-dedans. Ce pays n'est pas cohérent.

Iam est aujourd'hui incontournable en France, qu'en est-il au niveau européen ?

Akhénaton : Incontournable, c'est un bien grand mot. On peut pas nous faire de passements de jambes. C'est ça, non ?
Kephren : (rires complices)
Khéops : Ils contournent hein ! Il y a des grandes radios qui veulent pas nous jouer.
Akhénaton : Aujourd'hui, quand je sors un projet indépendant, je n'ai pas d'airplay (diffusion radiophonique ou programmation récurrente sur les ondes, ndlr) du tout. Sur aucune grosse radio, je joue que sur des radios blacklist. Parce qu'on se baisse pas. Parce qu'on reste droit et les gens doivent garder leurs rôles, c'est toujours ce qu'on a défendu dans notre comportement, on n'a jamais invité des patrons de radio à manger à table ou quoi que ce soit. On n'a jamais fait de courbettes, on n'a jamais servi la soupe, ni insulté personne. Tu sais quoi ? Les programmateurs radio, ils prennent le disque, ils appuient s'ils veulent appuyer, sur play, sur stop, voilà. Qu'ils restent dans leurs gonds, qu'ils s'improvisent pas directeurs artistiques et tout ira bien. On est contournable, voilà... vous êtes contournables ! (rires)

Comment est perçu Iam sur la scène européenne ?

Akhénaton : On a de très bonnes relations avec des groupes de hip hop dans pas mal de pays, notamment en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Espagne. Depuis pas mal d'années, on voyage et on a gardé de très bons contacts dans ces pays là. Et il y a peut-être un esprit du hip hop beaucoup plus développé, du moins dans l'esprit originel du hip hop qu'on se fait. C'est-à-dire des valeurs de base de cette musique là qui sont la tolérance, le respect, le partage, etc. L'art avant tout, et vraiment on prend beaucoup de plaisir. L'an dernier, on était à Madrid, on a joué en tête d'affiche à un festival. Il y avait 12 000 personnes. Les Madrilènes carrément avec des écharpes et des maillots de l'OM, ça faisait trop plaisir ! On chantait nos morceaux, on voyait les Espagnols. J'étais comme un fou ! Des maillots de l'OM et tout ! On a pété un câble, j'te jure. Même dans les autres pays, ils connaissent Iam. Ils ont dit des trucs qui nous ont fait plaisir. Les mecs ont carrément dit : « Pour nous, c'est une référence, au même titre que certains groupes de rap américains. » C'est vraiment flatteur.

Lors de vos tournées, quel public vous a le plus séduit en Europe ?

Akhénaton : En Suisse, en Belgique, et au Canada (sic), c'est les trois où, en général, c'est vraiment le feu. En Allemagne aussi : la dernière fois, on a joué devant 50 000 personnes. Au festival de hip hop de Dresde, tous les B-boys allemands qui viennent, c'était magnifique, en pleine campagne au bord d'un lac. Pas en ville hein ! C'était vraiment au bord d'un lac. Il y avait des DJs d'un côté, des breakers de l'autre, sur scène avec Raekwon, Mobb Deep, Busta Rhymes. Le public est beaucoup plus connaisseur. Il y a vraiment une pauvreté de connaissance de la culture hip hop en France. Le rap, c'est de la variété en France. Dans un bon sens comme dans un mauvais, c'est-à-dire très varié, et superficiel. Ça manque de tas de trucs culturels. Forcément les jeunes, qui débarquent dans le rap, n'ont pas nécessairement envie de connaître. Ils ont confondu le rap avec l'antenne Assedic du coin.
Kephren : C'est ça justement, on leur fait croire qu'ils vont s'en sortir. Comme à une époque, c'était le football ou le basket.
Akhénaton : Et nous donc, quand on fait des morceaux comme Ça vient de la rue, ce n'est pas pour dire comme les autres : « On est des méchants, on vient de la rue, on a galéré. » Non. Ça, nous, on a fait l'impasse, on a toujours pris les choses à la rigolade. Par contre, ce qu'on ne prend pas à la rigolade, c'est quand notre culture est récupérée, par des grandes chaînes de télé, par d'autres musiques, et qu'elle n'est jamais créditée pour rien. Que des gamins de la Star Academy soient habillés comme des B-boys ou des rappeurs, ça ne dérange personne, mais tant qu'ils ne font pas du rap. Qu'il y ait des soirées avec des disques de rap qui passent, ça ne dérange pas mais tant qu'il n'y a pas de Noirs. Tu vois, ça, c'est insupportable. Tout ce qu'on voulait dire, c'est que justement dans les morceaux comme Ça vient de la rue, ce sont des exemples positifs de la culture urbaine qui nous sont empruntés et pour lesquels on n'est pas crédité. Nous, on nous crédite pour les voitures brûlées, pour les écarts de langage, pour les cocktails molotov, pour les agressions, etc. Surtout avant les campagnes électorales ! On est dans le portefeuille du cliché. On a envie de s'en détacher mais on ne peut pas. Dans cette musique, tu es catalogué, surtout sur les grosses chaînes de télévision où, des fois, tu arrives et t'as des électros ou des machinos qui font ça (il mime le geste « wesh wesh »). Donc là, tu fais oh ! Tout ce qu'on a dit depuis 20 ans, ça sert à rien. Chez Iam, on a une certaine philosophie, une manière d'écrire des sujets. Pourtant, on reste des galériens qui avons réussi. Des petits galériens. Par contre, un rappeur américain qui chante « I want to fuck you », il fait des bijoux avec Louis Vuitton qui est une marque française. Là, je viens de te résumer comment la France te voit. T'es pas glamour, du tout, mais pas du tout, du tout...

Marseillais, Français, Européen... De quelle identité vous sentez-vous le plus proche ?

Keph. et Khéops : On est de Marseille !
Akhénaton : Moi, maintenant, j'ai changé sur ça. Je me sens citoyen du monde. Vraiment. C'est-à-dire que je peux être concerné par un problème de l'autre côté de la planète qui me concerne plus qu'un problème d'à côté, d'un problème de Marseillais râleur qui râle parce que la poubelle passe pas aux bonnes heures. Pour être très proche identitairement d'un endroit, il faut se sentir concerné. Et ce n'est pas le cas. Je me sens pas concerné par tout...
Choupie (relations presse) : Il reste plus que deux minutes !
Akhénaton : J'suis désolé, vous voulez que je parle en sténo ?

Le hip hop est une arme et un moyen de communication énorme. Pensez-vous, avec le poids que vous avez aujourd'hui, pouvoir influencer les décisions et les prises de conscience politique chez les jeunes ?

Akhénaton : Je pense que le rap a une influence sur la manière d'agir. Maintenant, il faut que la conscience politique l'emporte sur le côté superficiel du rap. Je ne suis pas persuadé que ce soit le cas actuellement. Peut-être que les signes extérieurs de richesse et la démonstration de muscles l'emportent davantage sur le côté rap conscience, à mon grand regret.Car le rap obéit aux mêmes distorsions commerciales que n'importe quelle autre musique.

Avez-vous contribué à inciter les jeunes à voter ?

Akhénaton : On le fait depuis 1993. On a toujours parlé de vote. Même à l'époque, on disait : « Iam, c'est démago, ils appellent à voter. » Tout le monde appelle à voter maintenant, tant mieux, on n'ira pas plus loin que ça, on n'aura aucune consigne.

Comment était la collaboration avec Method Man et Redman ?

Akhénaton, Kephren et Khéops : Fumante ! (rires)

Ça vous a donné envie d'aller plus loin dans vos featuring ?

Akhénaton : Ah oui, nous en tous cas on a envie d'aller loin dans les collaborations. Après, est-ce qu'on peut faire un album en trois mois et faire des collaborations ? C'est difficile. On en a demandé plusieurs. Malheureusement, à notre grand regret, une des personnes à qui on a demandé est décédée. On avait demandé James Brown parce qu'on a eu l'occasion de faire sa première partie en 1991. Par contre, il nous a lui-même donné l'autorisation d'utiliser un sample le 21 décembre sur son lit d'hôpital. Et ça nous a énormément touché, vraiment. On avait demandé à Nas et Busta Rhymes, mais on n'a eu des réponses affirmatives qu'une fois l'album mixé. Donc un peu tard, mais ce n'est que partie remise.

On remarque que de plus en plus de groupes communiquent sur MySpace au lieu d'avoir un site officiel complet. Quelle importance accordez-vous à ce nouveau moyen de communication ?

Akhénaton : Impossible pour un groupe comme Iam de communiquer tout le temps sur Myspace. C'est super pour un groupe débutant, mais c'est un truc ingérable. 11 000 amis sur le Myspace du groupe. Moi, sur le mien j'en ai 9 500. Ingérable ! Au départ, j'suis parti à la hussarde mais c'est devenu n'importe quoi. Myspace, c'est Meetic ! Parce que je reçois plus de photos de nanas déshabillées (rires). C'est une belle analyse sociale.

Et votre site ?

Akhénaton : iam.tm.fr. On est en train de refaire le site, ça va être la guerre ce qu'on va mettre dedans !
(Choupie montre sa montre)
Akhénaton (plaide notre cause) : On a démarré un peu décalé Choupie. C'est pas leur faute. On parlait de Nantes. En même temps c'est vrai que ça a pas duré longtemps, il n'y a pas grand-chose à dire sur le FC Nantes. (rires)

Certains rappeurs disent du mal de vous dans leurs textes...


Akhénaton : On n'écoute même pas. Tu sais, des fois, ils passent du temps sur les radios, sur les sites, sur Myspace. Au lieu d'aller sur les Myspace, les Dailymotion, les radios, ils feraient mieux d'aller travailler leurs textes.
Kephren : Moi, je dis des trucs tout simples. Quand tu veux faire du mal à quelqu'un, réellement, tu vas directement chez lui. T'as pas besoin d'écrire un texte ou un truc comme ça, et ils savent.

Que pensez vous de la victoire du slam lors des victoires de la musique et de leur représentant : Grand corps malade ou Abdel Malik ?

Akhénaton : Pour moi, c'est une discipline interne au rap, c'est de la poésie. C'est quelque chose que j'aime, j'en faisais même avant.
Kephren : J'vais dire un truc. Excusez-moi, ce que fait Abdel Malik, ce n'est pas du slam, voilà. Pour moi, ni lui, ni Grand corps malade. Ce n'est pas du slam.
Akhénaton : C'est une forme de rap ou une forme de chanson. Mais c'est bien, hein !
Kephren : En fait, le slam, c'est de la poésie qui est mise avec de la musique ou pas.
Akhénaton : J'suis pas complètement d'accord avec toi parce que justement les critères du slam, c'est de pas avoir de critères.
Kephren : Ouais aussi. J'suis d'accord.
Akhénaton : Même les gens du slam sont rappeurs. Et les rappeurs sont slameurs. C'est un mélange des deux. Tu vois par exemple sur Soldat de fortune, tout le début de Entre la pierre et la plume, c'est du slam.

Michel Gondry a réalisé Je danse le Mia, vous avez retravaillé ensemble depuis 1993 ?

Akhénaton : Avec Michel ? Non. Ouais, j'aimerais retravailler avec lui mais on lui a fait la misère. On était ingérable à l'époque !

Ça vous dérange si on vous caricature pour illustrer cette interview ?

Akhénaton : Non pas du tout. Mais qu'ils forcent pas trop sur le tarin, hein ! (rires) Attention, s'ils forcent sur le tarin, il y a embrouille ! Tant qu'ils nous habillent pas en nouveaux riches... Une fois, c'était Iam habillé en marquis et tout. Honnêtement, je ne l'ai pas bien pris. J'ai trouvé ça de mauvais goût parce qu'à l'époque, on n'avait pas d'argent. Les gens disaient : « J'espère que vous resterez comme vous êtes. » Et on est resté comme on est. « Ouais, vous dites ça mais vous avez des thunes maintenant ! » Les Français, les Français, des pleureurs... (il entonne l'hymne italien) Italia chiamò noi... (Akhénaton, poète) Les étoiles, elles sont là ! Elles ne sont pas sur les maillots de la loose, d'un coq qui a les pieds dans la merde et qui chante.

Maël Nonet
Strasbourg, France

AKH par Alex
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