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Journal EUROPA : L'Europe est au centre des débats à l'heure actuelle. Pourtant le rap français aborde très peu ce sujet. Préfère-t-il rester sur des textes et des thèmes propres à la France ?
Akhénaton : Parce que le rap français a déjà du mal à aborder des sujets basiques (rires). Je pense que c'est étranger aux horizons et aux préoccupations de cette musique. Pour l'instant, la seule expérience qu'on a de l'Europe, c'est l'euro. Et l'euro, c'est la diminution d'un tiers des caddies quand tu vas faire les courses au supermarché. Je sais que tous les hommes politiques se sont engagés : « Mais vous inquiétez pas, vous allez passer à l'euro ». Tu parles, Charles ! Auchan, Carrefour, ils nous l'ont mis bien profond. Et c'est la réalité que les gens des quartiers connaissent de l'Europe. Si tu aménages le rythme scolaire des gamins comme tous les autres pays, là oui, on dira que l'Europe apporte des trucs bénéfiques. Parce qu'on est le dernier pays à être persuadé qu'en envoyant des gamins de 6 ans à l'école jusqu'à 5 heures du soir, on va en faire des génies. C'est faux. Moi j'assiste, et ça il faut en parler, à des réunions de parents d'élèves où tu as des parents qui pleurent : « non, nous on veut pas faire plus de 35 heures, non non non non ! » et ils chialent quand les profs donnent pas des devoirs à leurs enfants, alors que les enfants de 6 ans vont quasiment 36 heures à l'école et ils font deux heures de devoirs en rentrant à la maison. Il y a une aberration là-dedans. Ce pays n'est pas cohérent. Iam est aujourd'hui incontournable en France, qu'en est-il au niveau européen ? Akhénaton : Incontournable, c'est un bien grand mot. On peut pas nous faire de passements de jambes. C'est ça, non ? Comment est perçu Iam sur la scène européenne ? Akhénaton : On a de très bonnes relations avec des groupes de hip hop dans pas mal de pays, notamment en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Espagne. Depuis pas mal d'années, on voyage et on a gardé de très bons contacts dans ces pays là. Et il y a peut-être un esprit du hip hop beaucoup plus développé, du moins dans l'esprit originel du hip hop qu'on se fait. C'est-à-dire des valeurs de base de cette musique là qui sont la tolérance, le respect, le partage, etc. L'art avant tout, et vraiment on prend beaucoup de plaisir. L'an dernier, on était à Madrid, on a joué en tête d'affiche à un festival. Il y avait 12 000 personnes. Les Madrilènes carrément avec des écharpes et des maillots de l'OM, ça faisait trop plaisir ! On chantait nos morceaux, on voyait les Espagnols. J'étais comme un fou ! Des maillots de l'OM et tout ! On a pété un câble, j'te jure. Même dans les autres pays, ils connaissent Iam. Ils ont dit des trucs qui nous ont fait plaisir. Les mecs ont carrément dit : « Pour nous, c'est une référence, au même titre que certains groupes de rap américains. » C'est vraiment flatteur. Lors de vos tournées, quel public vous a le plus séduit en Europe ? Akhénaton : En Suisse, en Belgique, et au Canada (sic), c'est les trois où, en général, c'est vraiment le feu. En Allemagne aussi : la dernière fois, on a joué devant 50 000 personnes. Au festival de hip hop de Dresde, tous les B-boys allemands qui viennent, c'était magnifique, en pleine campagne au bord d'un lac. Pas en ville hein ! C'était vraiment au bord d'un lac. Il y avait des DJs d'un côté, des breakers de l'autre, sur scène avec Raekwon, Mobb Deep, Busta Rhymes. Le public est beaucoup plus connaisseur. Il y a vraiment une pauvreté de connaissance de la culture hip hop en France. Le rap, c'est de la variété en France. Dans un bon sens comme dans un mauvais, c'est-à-dire très varié, et superficiel. Ça manque de tas de trucs culturels. Forcément les jeunes, qui débarquent dans le rap, n'ont pas nécessairement envie de connaître. Ils ont confondu le rap avec l'antenne Assedic du coin. Marseillais, Français, Européen... De quelle identité vous sentez-vous le plus proche ? Keph. et Khéops : On est de Marseille ! Le hip hop est une arme et un moyen de communication énorme. Pensez-vous, avec le poids que vous avez aujourd'hui, pouvoir influencer les décisions et les prises de conscience politique chez les jeunes ? Akhénaton : Je pense que le rap a une influence sur la manière d'agir. Maintenant, il faut que la conscience politique l'emporte sur le côté superficiel du rap. Je ne suis pas persuadé que ce soit le cas actuellement. Peut-être que les signes extérieurs de richesse et la démonstration de muscles l'emportent davantage sur le côté rap conscience, à mon grand regret.Car le rap obéit aux mêmes distorsions commerciales que n'importe quelle autre musique. Avez-vous contribué à inciter les jeunes à voter ? Akhénaton : On le fait depuis 1993. On a toujours parlé de vote. Même à l'époque, on disait : « Iam, c'est démago, ils appellent à voter. » Tout le monde appelle à voter maintenant, tant mieux, on n'ira pas plus loin que ça, on n'aura aucune consigne. Comment était la collaboration avec Method Man et Redman ? Akhénaton, Kephren et Khéops : Fumante ! (rires) Ça vous a donné envie d'aller plus loin dans vos featuring ? Akhénaton : Ah oui, nous en tous cas on a envie d'aller loin dans les collaborations. Après, est-ce qu'on peut faire un album en trois mois et faire des collaborations ? C'est difficile. On en a demandé plusieurs. Malheureusement, à notre grand regret, une des personnes à qui on a demandé est décédée. On avait demandé James Brown parce qu'on a eu l'occasion de faire sa première partie en 1991. Par contre, il nous a lui-même donné l'autorisation d'utiliser un sample le 21 décembre sur son lit d'hôpital. Et ça nous a énormément touché, vraiment. On avait demandé à Nas et Busta Rhymes, mais on n'a eu des réponses affirmatives qu'une fois l'album mixé. Donc un peu tard, mais ce n'est que partie remise. On remarque que de plus en plus de groupes communiquent sur MySpace au lieu d'avoir un site officiel complet. Quelle importance accordez-vous à ce nouveau moyen de communication ? Akhénaton : Impossible pour un groupe comme Iam de communiquer tout le temps sur Myspace. C'est super pour un groupe débutant, mais c'est un truc ingérable. 11 000 amis sur le Myspace du groupe. Moi, sur le mien j'en ai 9 500. Ingérable ! Au départ, j'suis parti à la hussarde mais c'est devenu n'importe quoi. Myspace, c'est Meetic ! Parce que je reçois plus de photos de nanas déshabillées (rires). C'est une belle analyse sociale. Et votre site ? Akhénaton : iam.tm.fr. On est en train de refaire le site, ça va être la guerre ce qu'on va mettre dedans ! Certains rappeurs disent du mal de vous dans leurs textes...
Que pensez vous de la victoire du slam lors des victoires de la musique et de leur représentant : Grand corps malade ou Abdel Malik ? Akhénaton : Pour moi, c'est une discipline interne au rap, c'est de la poésie. C'est quelque chose que j'aime, j'en faisais même avant. Michel Gondry a réalisé Je danse le Mia, vous avez retravaillé ensemble depuis 1993 ? Akhénaton : Avec Michel ? Non. Ouais, j'aimerais retravailler avec lui mais on lui a fait la misère. On était ingérable à l'époque ! Ça vous dérange si on vous caricature pour illustrer cette interview ? Akhénaton : Non pas du tout. Mais qu'ils forcent pas trop sur le tarin, hein ! (rires) Attention, s'ils forcent sur le tarin, il y a embrouille ! Tant qu'ils nous habillent pas en nouveaux riches... Une fois, c'était Iam habillé en marquis et tout. Honnêtement, je ne l'ai pas bien pris. J'ai trouvé ça de mauvais goût parce qu'à l'époque, on n'avait pas d'argent. Les gens disaient : « J'espère que vous resterez comme vous êtes. » Et on est resté comme on est. « Ouais, vous dites ça mais vous avez des thunes maintenant ! » Les Français, les Français, des pleureurs... (il entonne l'hymne italien) Italia chiamò noi... (Akhénaton, poète) Les étoiles, elles sont là ! Elles ne sont pas sur les maillots de la loose, d'un coq qui a les pieds dans la merde et qui chante.
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