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Mitochondrie Nantes France
Mitochondrie
Nantes, France

FRANCE | 1977, trente ans après

09/04/07 | Davide Bressanin

Ce fut l’année la plus violente de l’histoire italienne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Trente ans après, des évènements tragiques ont souillé le football. Retour sur ce que les médias ont omis de dire.

Chemises noires contre Brigades rouges
Troy
Dijon France
Ancrée dans les années de plomb, 1977 a été une période historique d'une complexité unique, riche en mystères irrésolus encore aujourd'hui, et composée d'intrigues diaboliques entre lutte armée, société, culture, politique, délinquance et monde du travail. On discute encore aujourd'hui sur les motifs déclencheurs de ce phénomène. Aucune réponse décisive n'a été apportée, pour la simple raison que la situation était trop compliquée pour qu'une explication définitive soit donnée. On peut cependant affirmer que la violence était quasiment toujours suscitée, peut-être seulement comme une excuse ou un prétexte, par une revendication politique d'origine Rouge ou Noire. La société était alors différente de celle d'aujourd'hui, la politique prenait une part importante dans la vie des jeunes Italiens. Les universités, les associations mais aussi les moyens de communication (comme les radios libres) « parlaient » de politique. Aujourd'hui, la situation sociale a beaucoup changé. Il n'existe plus d'intérêt généralisé pour la dialectique politique, mais la culture du « Loft Story » a fait des prosélytes parmi les jeunes générations, qui ne montrent pas le moindre intérêt pour la vie institutionnelle italienne. Dans ce panorama, il apparaît très difficile de réussir à comprendre deux faits divers qui ont ébranlé le pays durant les dernières semaines. Ce qui reste encore plus inexplicable, c'est de comprendre pourquoi les médias de masse et les institutions ont, lors de l'un de ces évènements, omis de spécifier l'importance du poids politique.

Football noir et Brigades rouges ?

Le premier fait auquel je me réfère est l'homicide de l'inspecteur Filippo Raciti lors des affrontements entre les Ultras de Catane et les forces de l'ordre à la fin du match derby Catane-Palerme. Après cet évènement tragique, on a instamment parlé de la violence dans les stades et des remèdes possibles pour enrayer ce phénomène (cf. Sport, p.29). Beaucoup d'encre a coulé sur ce sujet, et beaucoup de banalités ont condamné ce geste. Mais concrètement, une fois de plus, quasiment rien n'a été fait, excepté le minimum pour sauver les apparences. Parmi ce flot de paroles, un point intéressant a été relégué au second plan, non seulement pour comprendre cette tragédie, mais aussi pour mieux analyser la situation sociale et éviter de laisser un phénomène préoccupant et dangereux prendre de l'ampleur. En effet, une grande partie des personnes impliquées dans les affrontements à la sortie du match adhèrent à des partis d'extrême droite. Ce n'est pas la première fois que dans les stades italiens, des associations néo-fascistes se manifestent par le biais d'actions violentes. La majeure partie des équipes de supporteurs italiennes sont orientées à droite. On ne parle donc plus de phénomènes isolés, mais de groupes nombreux et organisés (Rome, Milan, Catane et Vérone sont parmi les plus grandes villes d'Italie, auxquelles on peut ajouter plusieurs dizaines de groupes de supporteurs). Le deuxième évènement est l'arrestation de certains éléments qui font partie des nouvelles Brigades rouges à Padoue. L'une des personnes arrêtées s'est déclarée, réutilisant une vieille formule du passé, « prisonnier politique ». Les enquêteurs ont retrouvé des armes, des documents et quelques plans pour frapper divers objectifs. La cellule de cette Brigade rouge comportait des noms déjà liés aux brigades des années soixante-dix. Noms accompagnés de ceux de jeunes militants, et qui forment cette nouvelle cellule appelée « seconde position ». Dans ce second cas, le danger que cette situation puisse dégénérer à nouveau et revenir trente ans en arrière d'un seul coup est mis en évidence.

Politique à un stade avancé

Il n'est pas faux d'user de prudence, mais il paraît difficile d'imaginer que dans une société de « Grands frères », le langage compliqué et souvent inaccessible de la logique des Brigades risque d'augmenter comme cela s'est fait en 1977. Mais, à l'inverse, il est faux de ne pas croire que le message de l'extrémisme puisse encore trouver un vecteur facile à travers les équipes de supporteurs. Penser que les affrontements prémédités entre supporteurs et forces de l'ordre sont imputables seulement à la foi footballistique apparaît irresponsable et dangereux, mais aussi myope, du moment que des drapeaux avec des croix gammées ou des croix celtiques ne sont le symbole d'aucune équipe de football. Le stade, oui, en effet, peut être un vecteur de promotion très efficace, tant pour l'extrémisme de droite que de gauche. De plus, il est bien de rappeler qu'actuellement, il existe des tensions sociales et professionnelles qui pourraient alimenter le feu. Il suffit de penser que pendant la minute de silence en mémoire de l'inspecteur tué, l'équipe de supporteurs de l'Olympique de Rome a sifflé de façon ostentatoire, et que devant les usines de Padoue des prospectus célébrant les Brigades rouges ont fait leur apparition.

Traduit de l'italien par Sarah Thierry.

Davide Bressanin
Genova, Italie