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Mitochondrie Nantes France
Mitochondrie
Nantes, France

FRANCE | Le "clan" Radu

06/11/07 | Louise Fessard

À Strasbourg, une vingtaine de Roms vivent sur un terrain insalubre en attendant un vrai toit ou l’expulsion. Portrait d’une famille inquiète.

Dessin réalisé à partir d'une des photos illustrant ce portrait du
Maël Guesdon
Nantes France

Une bande de terre coincée entre un stade de sport et une bretelle d'autoroute, à Strasbourg. Des rats filent se réfugier sous les caravanes. Au-dessus des têtes, les voitures vrombissent sur l'A35 qui contourne le centre-ville. C'est sur ce campement que vivent, dans l'angoisse de l'expulsion, les Radu, une famille de Roms venue de Roumanie. Sans eau, ni électricité, ni sanitaires. Margareta, la grand-mère, est la cheville ouvrière de ce "clan", auquel le grand-père "parti avec une autre femme" n'a laissé que son patronyme.

Margareta a cinq enfants : les deux fils aînés, Marius et Christian, sont, comme chaque jour, "partis chercher du travail", et les trois plus jeunes enfants sont scolarisés au collège voisin. En l'absence de ses belles-filles, chargées de trouver à manger auprès de l'association Caritas, la jeune grand-mère de 39 ans, aux longs cheveux noirs, veille sur ses quatre petits-enfants. Une petite fille au pantalon trop long sirote son biberon, pieds nus dans la poussière.

"J'ai peur"

Les quatre caravanes qui abritent la famille se situent un peu à l'´cart de celles des autres Roms. Des fils à linge courent d'un arbre à l'autre. Devant la caravane principale, un réfrigérateur et une table font office de cuisine. Une lampe est suspendue dans un arbre au-dessus de la toile cirée. Il faut aller chercher l'eau dans des jerrycans.

Un nourrisson de quatre mois dans les bras, Margareta essaie de suivre les propos d'une bénévole de Médecins du monde. Les sourcils froncés par la concentration, ses yeux noirs anxieux vont d'un interlocuteur à l'autre, cherchant à percevoir les bribes d'une conversation qu'elle ne comprend pas. Margareta ne parle que le roumain et un peu d'italien, héritage d'un passage par Vérone. "J'ai peur", lâche-t-elle. La préfecture du Bas-Rhin compte bientôt leur notifier une "obligation de quitter le territoire français". Depuis l'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne le 1er janvier 2007, les Roms de Roumanie sont devenus des citoyens européens, mais un peu moins égaux que les autres. Trois mois après leur entrée sur le territoire français, ils doivent justifier de ressources suffisantes pour pouvoir rester.

Pas question de partir, surtout alors que la famille vient de recevoir ses premières allocations familiales. Cet été, déjà, quand la préfecture a voulu les expulser, les Radu se sont rendus au tribunal de grande instance de Strasbourg, tous sur leur trente-et-un. La préfecture a été déboutée.

"Partir, pour aller où ?", demande Margareta. "Pas en Roumanie où la discrimination serait pire que la misère d'ici." Les extraits d'acte de naissance de ses trois derniers enfants témoignent d'un longue errance : Gibraltar est né en Allemagne en 1991, Didina dans la région parisienne, à Nanterre, et Liviu a vu le jour en Roumanie en 1995. Margareta range précieusement ses papiers officiels dans son sac à main, à côté de ceux de la CAF. Elle s'accroche à l'idée que, puisque ses enfants sont scolarisés, rien ne pourra leur arriver.

Rédacteur : Louise Fessard, Strasbourg, France

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Margareta de dos (tee-shirt rouge) avec un de ses petits-enfants dans les bras.
Margareta de dos (tee-shirt rouge) avec un de ses petits-enfants dans les bras.Louise Fessard
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Margareta
MargaretaLouise Fessard
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