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Les élections françaises vues d'Italie paraissent lointaines. Cela semble paradoxal, mais c'est ainsi. Les médias italiens ne font pas beaucoup de place à la tourmente électorale qui décidera du prochain président de la République française, et les nouvelles sont si superficielles et morcelées qu'elles en deviennent indéchiffrables. Cela vient, d'un côté, de notre vie politique nationale, toujours empêtrée dans des querelles intestines - crises de gouvernement et remaniements variés - et, de l'autre, de notre presse qui s'intéresse plus à ces déboires internes ou aux primaires américaines qu'aux élections présidentielles de nos voisins. Concernant les relations franco-italiennes, on en est encore au coup de tête Zidane-Materazzi pendant la finale du Mondial.
Marketing, show et politique À bien y regarder, on peut quand même trouver quelques points de réflexion intéressants. Tout d'abord, on découvre qu'en France, comme chez nous, la bataille électorale se résume de plus en plus à une redite grotesque des campagnes américaines. Et pourtant les candidats ne sont pas deux mais bien quatre : à Sarkozy et Royal, on peut ajouter Bayrou et Le Pen. Bien sûr, ces deux-là ont moins de chances de gagner, mais ils font bel et bien partie intégrante de la réalité politique française. L'américanisation (ou l'italianisation, à vous de juger lequel des deux phénomènes est le plus inquiétant !) consiste en une simplification du jeu dans toutes ses composantes de façon à le rendre plus facile à comprendre. L'affrontement perd toutes ses nuances et devient une lutte entre le candidat de droite et celui de gauche, entre la femme et l'homme, entre la continuité et le renouveau. Ce simplisme est déjà à l'oeuvre chez nous. En Italie, la société n'est plus habituée à écouter et à analyser de façon critique un discours articulé : le public veut des spots brefs, efficaces et convaincants. Le débat, le programme et l'analyse ne sont plus tellement importants dans une campagne électorale. Ils sont soumis à l'image et au slogan, en un mot : à la télévision. Cela semble, tout du moins de ce côté des Alpes, le même terrain que celui sur lequel les candidats français sont en train de s'affronter. Français, encore un effort... Malgré cela, la France apparaît encore éloignée de l'Italie en ce qui concerne le comportement public de ses représentants. Sarkozy et Royal ont beau s'affronter âprement, ils gardent un certain respect envers l'adversaire. Ces égards n'existent plus en Italie, et la campagne de 2006 a élevé l'insulte au rang d'argument politique légitime. Mais il est vrai que les images qui nous arrivent des candidats français des deux camps ressemblent fort aux arènes des talk-shows américains, occupés à retenir leurs larmes ou à se comporter comme des vedettes de MTV. Mais il y a au moins un avantage : à l'exception de Le Pen, tous les candidats français sont relativement jeunes et ne se sont jamais affrontés auparavant. Chez nous, l'année dernière, la lutte opposait deux septuagénaires déjà rivaux en 1994. Papa, Maman et les enfants D'un côté, la France est fascinée par le côté obscur de la politique-marketing façon reality-show, de l'autre elle semble vouloir maintenir un style plus exigeant, peut-être grâce à cette pointe de snobisme, aussi charmante que détestable, qui la caractérise. En ce qui concerne les candidats, entrer dans le détail est difficile. Bayrou n'a pas de visage (en ce sens qu'il n'est jamais, ou presque, passé sur les chaînes de télévision italiennes) et Le Pen n'est jamais nommé. Royal apparaît comme une femme moderne, excellente mère, rassurante et gentille. Autant de qualités qui peuvent se transformer en faiblesses. Sarkozy est à l'opposé : dur, décidé et cynique. Des défauts qui peuvent devenir des points forts. En simplifiant, l'affrontement entre les deux apparaît comme une guerre entre une mère et un père pour la garde des enfants. Souvent, ce sont les enfants qui trinquent... il ne vous reste plus qu'à croiser les doigts. Traduit de l'italien par Damien Zalio.
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