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Nantes, France

FRANCE | La Bande à Bruno

09/04/07 | Loup Besmond de Senneville

L’Europe, la vraie ». Ça pourrait être un slogan plagié sur une marque de lessive française. Mais c’est beaucoup moins drôle : c’est la devise de Bruno Gollnisch au Parlement européen.

L'ITS perché sur l'arbre européen
Jérémouette
Brest France
Avant janvier 2007, impossible d'atteindre le seuil requis pour créer un groupe d'extrême droite au Parlement européen : au moins vingt députés issus de cinq États membres. Il a fallu attendre l'arrivée de six nouveaux députés extrémistes venus de Roumanie et de Bulgarie pour changer la donne. Créé en janvier dernier, le groupe parlementaire européen Identité, Tradition, Souveraineté (ITS) rassemble donc la fine fleur de l'extrême droite européenne, de Jean-Marie Le Pen à Alessandra Mussolini (si, si, la petite-fille du Duce - voir ci-dessus), en passant par les représentants du parti bulgare Ataka, ouvertement xénophobes, antisémites et anti-tsiganes, ou encore les Belges du Vlaams Belang, des Flamands nationalistes. Un groupe dirigé par Bruno Gollnisch, numéro 2 du Front National français. Leur plan pour l'Europe ? « L'opposition à l'Europe unitaire », « la reconnaissance des intérêts nationaux », la reconnaissance, aussi, des « identités » et des « différences »... Bref, lutter contre l'Europe, mais de l'intérieur.

Moyens financiers et logistiques

Qu'ont-ils à y gagner ? Avec la création d'un groupe politique au Parlement européen, les députés d'extrême droite ont nettement gagné en visibilité. Les membres d'ITS ont non seulement le droit de déposer des amendements en séance plénière, mais disposent aussi de moyens financiers et logistiques considérables. « Le Parlement nous a accordé une enveloppe d'environ 150 000 euros, explique Bruno Gollnisch. En plus, nous disposons de cinq ou six assistants financés par le Parlement, et d'interprètes. » Le patron du nouveau groupe, récemment condamné pour négation de crimes contre l'humanité, intervient également dans la conférence des présidents, qui établit l'ordre du jour du Parlement. Et à le croire, les relations avec les autres groupes ne sont pas si mauvaises que cela. « Nous ne mordons pas, nous sommes capables d'avoir des relations cordiales avec nos adversaires politiques », affirme-t-il. On serait presque rassuré.

Cordon sanitaire

La plupart des autres groupes politiques se sont opposés à la création d'ITS, proposant, à l'instar de Martin Schultz, le président du Parti populaire européen (PPE, conservateurs), de bouleverser le règlement intérieur du Parlement, pour créer un « cordon sanitaire » autour d'ITS. Dans les faits, tous les partis se sont unis pour barrer la route à l'extrême droite, lorsqu'un des candidats d'ITS a voulu se présenter à la vice-présidence d'une commission parlementaire. Et Bruno Gollnisch de dénoncer un « procédé déloyal », et de crier au complot et à la « mesquinerie ».

Ralliements

Il est encore trop tôt pour dresser un bilan de l'action d'ITS. D'autant plus que trois mois à peine après sa création, la question de l'avenir du groupe se pose déjà. ITS survivra-t-il aux élections roumaines et bulgares? Les deux nouveaux entrants devraient en effet élire leurs représentants au Parlement européen courant 2008. Et avec 21 membres, le groupe reste fragile. Gollnisch, lui, veut croire le contraire : « Ces élections vont au contraire renforcer le groupe. Les Roumains et les Bulgares vont être plus nombreux encore. » Et de conclure, confiant : « Je n'exclus pas des ralliements à mon groupe dans les semaines à venir, venant des non-inscrits, mais aussi d'autres groupes. » Sans pour autant donner plus de précisions sur ces ralliements. Premier signe : à la mi-mars, l'ancien ministre roumain Mircea Cosea a quitté l'ALDE (Alliance des libéraux et démocrates européens) pour rejoindre le groupe. Pourvu pour que ce soit le seul.

Loup Besmond de Senneville
Strasbourg, France