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Afin d'éviter toute polémique interminable sur le statut du Kosovo, il est indispensable de faire la distinction entre histoire et mémoire. L'histoire est la reconstruction, toujours problématique et souvent incomplète, de ce qui n'est plus. La mémoire est un phénomène actuel, un lien vécu au présent, le patrimoine de groupes vivants. Les prétentions serbes en vue de prouver que le Kosovo est une terre serbe reposent sur des interprétations historiques. Cette logique conduit inévitablement à un dialogue de sourds. C'est pour cette raison que j'insiste sur la mémoire. Etant donné que les négociations entre Serbes et Albanais se déroulent depuis longtemps sans progrès, il est évident que le compromis n'existera jamais. Il faudra trancher entre l'une des deux positions. Or, la proposition serbe est vide de sens. Son essence même n'est ni plus ni moins, ce que le Kosovo était avant 1989, année où Milosevic le supprima. Revenir à un statut du passé au moment où se dessine l'avenir du Kosovo et de la région est insensé. Plus encore : revenir à ce statut serait faire table rase des dix années pendant lesquelles les Albanais du Kosovo ont subi la répression de Milosevic : une solution inacceptable. Le reniement que la Serbie fait de cette période est une violation de la mémoire des Albanais du Kosovo. C'est pourquoi, l'indépendance du Kosovo, c'est-à-dire la création d'un État garantissant le droit des citoyens, est une solution plus convenable. Cela créerait les conditions favorables à la construction d'une démocratie qui pourrait intégrer l'UE, et coexister avec les peuples de l'ex-Yougoslavie, après une séparation douloureuse.
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