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Journal EUROPA : Qu'est-ce que le prix Sakharov va changer pour vous et pour le Belarus ? Alexandre Milinkevitch : Le prix Sakharov est très symbolique. On en parle beaucoup là-bas parmi nos supporteurs. Tout le monde a vu la nouvelle sur Internet. Par contre la télévision officielle n'a rien dit là-dessus. Ce prix est très important pour ceux qui luttent. Plus que pour moi. Quelqu'un de connu est plus difficile à enfermer et à faire taire. Si on me fait mal, tout le monde va crier et protester au niveau européen. Le prix Sakharov donne à notre mouvement une visibilité internationale. C'est quelque chose que nous attendions. Comment combattez-vous le régime de Loukachenko ? A. M. : Notre principal objectif est de combattre la peur des citoyens bélarusses. Pour pouvoir renverser le pouvoir de Loukachenko il faut informer tous les jours sur les abus du pouvoir, faire pression sur le système, et défendre les plus opprimés. C'est à dire ceux qui soutiennent le mouvement dès les premiers jours. Mais la possibilité d'informer au Belarus est très limitée. Il n'y a pas de télévision pour les opposants. Nous sommes obligés de publier des journaux clandestins. Ils sont très populaires dans les petites villes et les villages. On manque de papier et d'encre, mais on se débrouille. Et puis il y a Internet. C'est le média qui domine aujourd'hui. Pour l'instant, le pouvoir ne le censure pas. C'est essentiel pour notre cause, surtout pour les jeunes. 40 % des gens ont accès à Internet dans les huit plus grandes villes du pays. Et 60 % pour les jeunes dans tout le pays. Pourquoi n'a-t-on pas assisté à une Révolution Orange au Belarus ? A. M. : Les conditions sont plus difficiles qu'en Ukraine. Là-bas, il n'y avait pas de peur. Ici, les gens sont terrorisés. Avant la révolution Orange (cf. Dossier du Journal EUROPA n°4, ndlr), il y avait des chaînes de télévision libres à Kiev, une opposition au Parlement et au niveau local, des élus indépendants. Au Belarus, tout le monde, du gouvernement jusqu'aux dirigeants des Kolkhoz (fermes collectives, ndlr), sont nommés par une seule personne et son entourage : Loukachenko. Aux dernières élections (mars 2006, ndlr), nous avons eu seulement 0,3 % des suffrages officiels alors que nous sommes supportés par au moins 25 % de la population. Pour moi, le principal, c'est de demander aux gens de manifester. Ce serait formidable de voir 200 ou 300 000 personnes dans les rues de Minsk ! C'est difficile, mais c'est notre but. Il faut motiver ceux qui nous supportent. Que ferez-vous si vous arrivez au pouvoir ? A. M. : Je ne suis pas seul. Notre formation des forces démocratiques représente plusieurs courants de pensée : les communistes, les libéraux, les sociaux-démocrates, etc. Personnellement, je me définis plutôt comme un centriste. Cette coalition ne pourrait pas gouverner, notre unique but est de renverser la dictature afin de pouvoir mettre en place des élections libres et démocratiques. Il nous faudra d'abord et avant tout un Parlement librement élu. Qu'est-ce que les Occidentaux peuvent faire pour le Belarus ? A. M. : Il faut que l'image du Belarus reste toujours dans les journaux. C'est important pour nous. Loukachenko a peur des médias. Si nous nous sentons supportés, ca marchera. Sinon, les jeunes ont besoin de place dans les universités européennes. Il faut créer des échanges entre étudiants, mais aussi entre familles. Une famille en France pourrait envoyer des cadeaux à une famille d'ici pour Noël. En été, ils accueilleraient un enfant. Si les habitants du Belarus ne voient pas de soutien arriver de l'Occident, les gens me diront : « Regarde, il n'y a pas de sens à ta lutte. Nous ne vivons pas si mal ici finalement. » Ce serait un désastre pour la démocratie en Europe. Le Belarus est-il européen ? A. M. : C'est difficile de se définir entre la Russie et l'Europe. Nous sommes à la frontière entre les traditions occidentales et orientales. Le Belarus a toujours été dans le mouvement européen. Par sa culture, son histoire, ses villes libres, etc. Chez nous, à partir du XVIe siècle, le roi était élu par le Parlement pendant trois siècles. Mais aujourd'hui la Russie fait aussi partie de notre histoire. A titre personnel, je pense et j'espère que nous serons membre de l'UE dans 10 ou 20 ans. On pourrait déjà profiter du programme de voisinage, mais ce n'est pas le cas à cause de la dictature. La route vers l'Europe sera difficile car nous ne pouvons pas nous couper totalement de la Russie. NB : La rédaction a choisi d'utiliser le terme Belarus, conformément à ce que nous avions expliqué dans le Dossier du Journal EUROPA n°8 (cf. encadré Belarus, Biélorussie, Russie blanche ?).
Dernière Dictature d'europe Alexandre Loukachenko, c'est le président de l'ordre contre le chaos, de la stabilité contre l'ennemi impérialiste... En 1991, après la chute de l'URSS, la Biélorussie prend son indépendance et devient le Belarus.Trois ans plus tard, le peuple désenchanté élit le populiste Alexandre Loukachenko. Un homme dur, peu éduqué, qui assujetira le pays. Le pays se ferme au monde extérieur, économiquement et politiquement. Les entreprises sont renationalisées. Les structures industrielles pourrissent. En 1995, Loukachenko convoque un référendum pour renforcer ses pouvoirs. La presse et la télévision sont contrôlées, la presse indépendante, interdite. C'est l'ère de la propagande. En 1996, il s'octroie les pleins pouvoirs. Loukachenko édifie une société guerrière, prête à se battre contre l'UE et les Etats-Unis. En 2006, il décroche son troisième mandat. Alexandre Milinkevitch et ses partisans tentent une révolution à Minsk, vite réprimée. L'un des opposants, Alexandre Kazouline, est encore emprisonné quelque part au Belarus.
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