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Nantes, France

FRANCE | Payer pour étudier

09/04/07 | Annika Giese

Poursuivre ses études en Allemagne devient de plus en plus coûteux. À partir d’avril, Hambourg et quelques autres Länder ont introduit des frais d’études, les Studiengebühren, s’élevant à 500 euros par semestre.

Des frais d'études de 500 € par semestre...
Défé
Paris France

Pour beaucoup d’étudiants, cette dépense supplémentaire de 500 euros par semestre représente plus qu’une simple bagatelle. Les conséquences sont de taille si l’on en croit mon petit calcul. J’étudie le journalisme, le français et la psychologie. La durée de mes études est estimée à environ dix semestres (soit un bac + 5 en France, ndlr). Même si en réalité, cette durée se prolonge à cause de séminaires surchargés, de listes d’attente interminables ou autres problèmes du quotidien universitaire... À Hambourg, en plus de ces 500 euros, je suis obligée de payer une autre somme fixe de 240 euros par an correspondant aux frais administratifs et aux transports en commun. Alors sur dix semestres, mes études coûtent maintenant 7 400 euros, soit le prix d’une petite voiture.

Egalité des chances

Les Studiengebühren ont fait scandale en Allemagne. L’été dernier, des milliers d’étudiants ont manifesté dans tout le pays pour une éducation gratuite et contre les frais d’études. À Hambourg, la devise était « summer of resistance » (été de résistance, ndj). Les étudiants argumentaient que l’éducation est un droit fondamental qui ne doit pas être réservé qu’aux riches. L’égalité des chances est nécessaire. Ces frais sont considérés comme antisociaux et discriminatoires car ils impliquent une sélection sociale. Seuls les jeunes des familles bien aisées peuvent être insouciants ! La plupart des étudiants seront obligés de tout financer au moyen de petits boulots. Comme les vacances sont obligatoirement réservées aux stages, il faut travailler pendant le semestre. Cela peut d’ailleurs avoir pour conséquence d’allonger considérablement la durée des études. Une fois lesdits frais introduits, des étudiants n’auront pas d’autre choix que de contracter un crédit. Et entrer dans la vie active avec une montagne de dettes n’est pas si charmant... Les jeunes issus de couches sociales défavorisées pourront rapidement se décourager de faire des études par peur de s’endetter. Un cercle vicieux.

Boycott

Les préconisateurs des frais d’études affirment que l’argent reviendrait aux universités et aux étudiants pour améliorer les conditions d’études. Mais on est sceptique. À Hambourg, un boycott a été mis en place. Au lieu de verser l’argent à l’université, des étudiants ont viré la somme sur un compte géré par un avocat. Si un quart des étudiants font de même (par exemple 10 000 à Hambourg), le boycott démarrerait. Le gouvernement ne pourrait se permettre d’exclure autant d’étudiants de l’université sous prétexte qu’ils n’ont pas payé leurs frais d’études... Mais si le nombre de boycotteurs n’est pas suffisant à trois jours de l’échéance, alors l’avocat virera l’argent à l’université. Cependant, c’est la résignation et la désillusion qui dominent actuellement.

Annika Giese
Hamburg, Allemagne