DOSSIERS ![]()
Guerre au Caucase : enjeux énergetiques et liberté d'express... Liberté dexpression, stratégies énergétiques, etc.... ![]()
De la reconqête de lespace public sous toutes ses ... ![]()
![]() Dominique Moïsi : "Le président tchèque ne changera pas d'avis" sur le traité de ... ![]() M. Frassoni: l’UE a besoin que la bataille des élections européennes de 2009 soit «âpre» ![]() L’absence de condamnation de l’AKP laisse intactes les aspirations d’adhésion de la Turquie ![]() Sauvetage du traité de Lisbonne : l’Irlande souhaiterait garder un commissaire ![]() Commerce mondial: l'échec des négociations marque-t-il la fin de la partie? ![]() |
Le temps est gris. Il pleut. Il fait froid. Certains d'entre nous ont été bouleversés par l'odeur de brûlé. Imagination ou sensation réelle, peu importe. Le lieu est empli d'une intense émotion. Plus d'un million de morts. La Région des Pays de la Loire organisait les 19 et 20 mars derniers, un voyage d'étude à Auschwitz, avec l'aide du Mémorial de la Shoah et du rectorat. 300 lycéens ligériens se sont envolés pour une journée marathon Nantes-Pologne-Nantes. Leur jour le plus long. Et à en croire le commandant de bord, ça a bien nécessité 14 tonnes de kérosène aller-retour. L'ampleur des moyens déployés a de quoi surprendre, mais tout compte fait, ce n'est qu'anecdotique, tant l'expérience est unique et inoubliable. Et tant le déplacement tord le cou aux révisionnistes et extrémistes. Marcher dans ce vaste camp, où plus d'un 1,1 million de Juifs ont été exterminés, ça bouleverse. La génération des derniers rescapés va bientôt s'éteindre, et il est plus qu'urgent que le témoignage se transmette. L'éducation des jeunes à la paix, à la tolérance, à l'Histoire et au travail de mémoire n'est vraiment pas une bagatelle. Brutalisation de la guerre Déjà, la première Guerre mondiale avait secoué les vieilles puissances européennes par sa barbarie. L'Europe civilisée, « phare de l'humanité », en avance, soudainement devenue si brutale et arriérée. Verdun fut une véritable boucherie : 300 000 morts et près de 500 000 blessés et invalides. La « brutalisation de la guerre », notamment mise en avant par les travaux de l'historien français Stéphane Audoin-Rouzeau, a marqué le début du XXe siècle. 8 millions de morts et 6 millions d'invalides. L'Europe fut secouée par une « crise de l'esprit » sans précédent, pour reprendre les mots de Paul Valéry, écrits en 1919. Les corps à corps dans les tranchées, l'effort de guerre considérable, les sacrifices humains, l'utilisation des premiers gaz mortels... Autant d'éléments annonciateurs d'une tragédie encore plus grande, celle de 1939-45. Et là, en l'occurrence, on est passé du gaz moutarde au Zyklon B. Une horreur en remplace un autre. Auschwitz S'il existait un pèlerinage pour les laïcs, ce pourrait être celui-là. L'arrivée à Auschwitz II - Birkenau, à la fois camp de concentration et centre de mise à mort immédiate, est saisissante. Comment rester insensible dans un tel lieu ? C'est un sanctuaire de 170 hectares où le silence parle de lui-même. On prend conscience de l'horreur nazie, du degré de rationalisation industrielle des massacres. Rendez-vous compte : certaines chambres à gaz pouvaient gazer plus de 1 600 personnes en même temps. 1943-44, les fours crématoires tournent à plein régime. Tellement qu'ils ne suffisent plus. Des juifs sont contraints de brûler les cadavres de leurs compagnons, un peu plus loin, dans des champs, à l'abri des regards. Pour les nazis, la solution finale doit être froide et implacable, et aussi invisible. Sans traces. Parmi les prisonniers, des groupes nommés Sonderkommandos sont constitués. Ils sont forcés à participer au processus d'extermination des leurs, sans être les bourreaux directs, mais - suprême perversion du système - en se retrouvant enrôlés comme assistants. Le « Kommando Canada » par exemple est chargé de récupérer cheveux, dents en or, effets personnels... qui sont aujourd'hui exposés au musée d'Auschwitz I, ancien camp de travail forcé. Au dessus de la porte d'entrée de celui-ci : « Arbeit macht frei » (« le travail rend libre », ndj). Sordide cynisme que celui des nazis. Dans un des blocks, on découvre une petite pièce avec des cachots d'à peine un mètre carré. 60 ans plus tôt, alors qu'ils travaillaient dans des conditions terribles, des travailleurs juifs punis étaient enfermés là, à quatre, debout, jusqu'à 12 nuits d'affilées, à tenir ou à mourir, de suffocation, de faim ou de fatigue. Le travail rend libre... Paroles de rescapé Ce voyage à Auschwitz a aussi été marqué par une rencontre. Celle de Charles Zelty, « quatre fois vingt ans ». Ce jeune papi est un rescapé d'Auschwitz. Il témoigne auprès des jeunes. Entré dans la résistance dès ses quinze ans, il a été arrêté et déporté peu après. Le 30 avril 2005, Pierre Assouline parle de son nouveau roman, Lutétia, dans Le Monde 2. Il y décrit une photo représentant deux jeunes rescapés : André Kahn et Charles Zelty. Coup de fil. André appelle Assouline : « si vous voulez, on peut refaire la photo ». André Kahn et Charles Zelty se sont connus à Auschwitz en 1944. D'abord inséparables, puis séparés dans une « marche de la mort ». À la libération des camps, ils se retrouvent, par hasard, à l'Hôtel Lutetia : « nous étions dans le même avion, chacun sur un brancard car nous avions le typhus, mais nous ne nous sommes même pas vus. Ni dans le trajet entre Le Bourget et Paris. Et arrivés le 5 juin à l'Hôtel Lutetia, sans rien demander, on se retrouve dans la même chambre... Allez expliquer cela ! » Assis tous les deux sur un lit dans la chambre d'hôtel, Charles ne pèse plus que 35 kilos pour 1m84, et André 25 kilos pour 1m68. André poursuit : « je cherche ma sœur dont on m'a annoncé l'arrivée. Et je ne la trouve pas : on s'est croisés plusieurs fois sans se reconnaître... » « Entre nous, on se compare à de la mauvaise herbe. Réellement, on a tenu et on tient encore. » Charles, applaudi lors du retour dans l'avion, a fait passer le message. Le travail de mémoire n'est décidément pas une bagatelle. Les derniers rescapés transmettent le témoin aux jeunes générations. Pour que le devoir de mémoire perdure, pour que la barbarie ne se répète plus. Témoignages à lire : > Primo LEVI, Si c'est un homme, Pocket, 1947
Histoires de convois... Il « parl[ait] surréaliste à volonté », disait de lui André Breton. Le poète Robert Desnos aura été l'un des plus actifs des surréalistes. Bon nombre d'écoliers le connaissent, c'est lui qui a écrit La fourmi de 18 mètres, chantée par Juliette Gréco. « Une fourmi de dix-huit mètres ; Avec un chapeau sur la tête ; Ça n'existe pas, ça n'existe pas... » Robert Desnos s'est éteint le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt en Tchécoslovaquie. « Ce n'est pas la poésie qui doit être libre, c'est le poète ». Il a fait partie du « Convoi des tatoués », qui a déporté près de 1 700 personnes de Compiègne à Auschwitz le 27 avril 1944. Quatre jours de voyage. « Tatoués » car il n'y avait qu'à Auschwitz que l'on tatouait d'un matricule les déportés. Le convoi part ensuite à Buchenwald le 14 mai 1944. Sur les 1670 déportés du 27 avril, on ne compte plus que 1563 survivants le 4 mai 1944, et seulement 801 en 1945... Le « Convoi des 31 000 », 31 000 en référence au matricule des déportés, est resté dans les mémoires : les femmes qui le composaient entrèrent à Auschwitz en chantant la Marseillaise, ce qui mit en rogne plus d'un SS... Enfin, et cela reflète l'horreur de la Shoah, le convoi n°53, de Drancy à Sobibor. La photo parle d'elle-même. « Gazés à l'arrivée » signifie que 970 personnes ont été assassinées dans les minutes qui ont suivi l'arrivée du convoi. Vous constaterez que le compte n'y est pas, et pour cause : les 23 « absents » à l'arrivée sont morts dans le train.
|
||||||||||||||||||||