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La Turquie va affronter de nouvelles difficultés avec l'élargissement de l'UE. A l'avenir, elle devra convaincre 25 pays au lieu de 15. Comment percevez vous cette évolution ? Beaucoup de difficultés en perspective... D'abord, en Décembre 2004, le conseil européen va décider le lancement ou non de négociations avec la Turquie. Au même moment l'Union, comme vous l'avez dit, va passer de 15 à 25 membres. La Turquie va effectivement devoir persuader 10 pays de plus de voter pour le lancement de négociations. Il existe un point très important sur lequel il faut insister : les gouvernements de ces pays vont changer. Tous ces visages bien connus, ceux des politiques, ne seront plus les mêmes. Aujourd'hui, l'adhésion de la Turquie est vraiment supportée par certains d'entre eux. Ceux là, peut-être, auront quitté leurs fonctions. La Turquie, par conséquent, va devoir se lancer dans un nouveau travail de lobbying. Un gâteau sur la table Autre point : l'attitude du parlement européen vis-à-vis de la Turquie est très différente de celle des gouvernements. Le parlement, comme chacun s'en souvient, a fait passé de nombreuses résolutions contre la Turquie comme la reconnaissance du génocide arménien. Je pense que les positions du parlement n'auront pas changé en décembre 2004. Dernier point important : nous ne devons pas négliger que ces 10 pays, qui vont joindre l'UE, sont relativement pauvres (à part Chypres et Malte). Si des pays comme ceux là commencent à intégrer l'UE, ils essaieront d'abord de satisfaire leurs intérêts propres, en insistant par exemple sur les aides économiques qu'ils pourraient recevoir. C'est comme si il y avait un gros gâteau sur la table. A l'heure actuelle, certains de ces pays sont favorables à l'arrivée de la Turquie. Pourtant, une fois intégrés, ils risquent fort de changer leurs positions car si la Turquie s'assoit un jour à la table, leur part du gâteau pourrait diminuer. Pensez-vous que l'UE donne une chance équitable à la Turquie ? La situation s'apparente à un double jeu stratégique. En se référant à l'histoire de l'élargissement de l'UE, la Turquie est le second pays, après la Grèce, a avoir demandé l'adhésion. C'était en 1959. Ce qu'il faut toujours prendre en compte, en parlant de l'aventure européenne de la Turquie, c'est qu'elle n'a pas commencé en 1990 ou en 1999, après le sommet d'Helsinki, mais il y a 40 ans ! Et dans ce long chemin vers l'UE, la Turquie a toujours été doublée par les autres pays. Quand on regarde les rapports annuels de la convention et certains documents stratégiques, ce double jeu apparaît très clairement. Même si la Turquie a fait ces dernières années des efforts énormes et changé plus de trente articles de sa constitution, aucune opportunité de négociations ne lui a encore été accordée. Pour moi, il n'y a aucune preuve que la Turquie ne souhaite pas se conformer aux critères d'adhésion. Cette attitude de la commission européenne est le fruit de groupes communautaires qui s'opposent à l'adhésion turque. Personnellement, je ne suis pas très optimiste pour le pays. Je n'espère même plus de Happy end à toute cette histoire. En 2002, Laurent Zecchini, un journaliste du Monde, a écrit un article sur la Turquie. Il a cité un diplomate européen. D'après ce diplomate, l'UE ne voudrait pas de la Turquie parce qu'elle la precevrait comme un "sous-marin de Washington". Cheval de Troie Je n'avais encore jamais entendu cette expression de "sous-marin", mais j'avais déjà entendu, chez des collègues européens, celle de Cheval de Troie. Vous savez, dans les années 6O, De Gaulle a refusé deux fois l'adhésion du Royaume Uni. Il estimait que cette nation était un allié historique des Etats-Unis et que si elle rejoignait l'union, elle ne défendrait pas les intérêts européens mais ceux des américains. Pourtant, malgré ces deux refus, le Royaume Uni a insisté et est devenu membre en 1973. Je pense sincèrement que personne dans l'UE ne peut comparer les statuts anglais et turcs en terme de relations avec les Etats-Unis. La Turquie s'évertue à se doter de tous les atouts nécessaires à une intégration à l'UE. Après, d'un autre côté, le pays essaie effectivement d'avoir en plus le soutien américain. Pourtant, je suis persuadé que la Turquie n'agirait jamais comme un "cheval de Troie". Ses relations avec les Etats-Unis resteront les mêmes et le pays essaiera encore d'améliorer celles qu'il entretient avec l'UE. Pourtant, je ne suis pas du tout convaincu que les pays européens soient persuadés de cela.
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