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FRANCE | Les Baltiques à l’heure de l’Europe

01/12/04 | Kristaps Petersons

Une adhésion pas si idylique. “En marchant dans les rues de Tallinn, Riga ou Vilnius, vous pourriez pratiquement vous croire dans un pays européen”. Voilà ce que clamaient sans cesse les politiciens des baltiques quand ils se sont lancé dans leurs campagnes pro-européennes. La réalité est bien entendu plus complexe et c'est à une vraie campagne de propagande que les électeurs ont eu droit.

Toomas Hendrik Ilves
Davis Gutmanis est étudiant à Ventspils, la quatrième plus grande et deuxième plus riche ville de Lettonie. Chaque matin il se lève, allume sa télé, se lave les dents, va à la fac, étudie, passe au supermarché, boit quelques bières avec ses potes, rentre chez lui, mange et rallume sa télé. Sa vie est celle d'un étudiant de base. Il est attiré par l'Union Européenne et, le jour du référendum, il a voté en faveur de l'adhésion de la Lettonie. Quand on lui demande pourquoi, il réfléchit quelques seconde et répond : "Peut-être parce que j'ai été influencé par ce que j'ai vu et entendu à la télé".

Matraquage

L'Europe de l'Est, au moment de la seconde guerre mondiale, a été divisée entre les blocs soviétique et nazi. Les pays des Baltiques n'ont acquis leur indépendance qu'en 1991. Depuis, ils ont tout fait pour se maintenir au même niveau économique que les pays les plus faibles de l'UE. En 1995, la Lettonie ne savait pas si elle voulait ou non rejoindre l'union. Plus tard, le ministre Estonien des affaires étrangères, Toomas Hendrik Ilves, a mis en place une position clairement favorable à l'adhésion que la Lettonie et la Lituanie ont suivie. Presque dix ans plus tard, la campagne pro-européenne a dépassé les limites de la décence. Dans les rues de Tallinn, des affiches arborent des slogans comme "Les hommes sont plus sexy en Europe" ou "Les Russes sont-ils nos amis ? Les Finnois sont ils des porcs ?". Certains ont dénoncé une campagne pro-européenne choquante, d'autres ont douté de la véracité des sondages effectués, mais tout le monde s'est mis d'accord pour dire que la presse n'a pas été objective et que les politiques ont brassé du vent. La jeunesse perçoit l'Europe comme un vache à traire, les plus anciens comme un vampire, mais qui est vraiment éclairé sur la réalité ?

Tensions politiques

L'extraordinaire plébiscite pour l'Europe qui est sorti des urnes lituaniennes a sans doute influencé les votes lettons et estoniens. En Estonie, la coalition pro-européenne rassemblant le président, le premier ministre et le porte parole du parlement a causé des maux de crânes terribles au parti eurosceptique du centre. Son président, Egar Savisaar, excédé, a ordonné à ses électeurs de se prononcer contre l'adhésion. En Lettonie, c'est le parti pro-russe qui a le plus poussé contre le vote d'adhésion. Dans le sillage des résultats favorables à l'Europe enregistrés dans les trois pays, des tensions ont très vite refait surface entre les alliés de la campagne pour l'adhésion. Juste après la fermeture des bureaux de vote, le 20 octobre, un membre très influent du premier parti Letton a affirmé qu'il avait perdu sa confiance en Einars Repse, le premier ministre. Des politiques Estoniens, au même moment, se sont mis à critiquer le manque de professionnalisme de leurs propres campagnes.

Déséquilibre

Les partis politiques des Baltiques sont en train de préparer leurs candidats à siéger au parlement européen. Au même moment, la Lettonie et l'Estonie viennent de mettre en place des plans de développement économique qui comptent beaucoup sur l'aide européenne. Pour Valdis Dombrovskis, le ministre Letton des finances, la Lettonie a besoin de consolider ses programmes d'agriculture et de pêche avant que les négociations se terminent avec la bureaucratie bruxelloise. L'Estonie, de son côté, cherche à développer ses zones rurales alors que l'UE lui conseille plutôt de mettre l'accent sur des villes comme Tallinn, Tartu, Parnu et Narva. Les rues de Tallinn, Riga et Vilnius, c'est vrai, sont plutôt agréables. La construction d'une route qui va traverser les trois états baltiques, la Via Baltica, sera bientôt achevée. Maintenant, reste à espérer que les politiques, grands amis des européens, auront aussi une pensée pour les rues beaucoup moins jolies des petits villages où les votes, au référendum, étaient massivement opposés à l'adhésion. Dans les Baltiques, nous sommes trois pays pleins d'espoirs à entrer dans l'UE. Tous les trois, nous souffrons d'une politique de développement inégale selon les régions, d'inégalités économiques et foncières. Nous partageons aussi la vision d'un futur plus excitant. Peut-être est-il temps pour nous de s'unir pour concrétiser ces aspirations ?

Kristaps Petersons
Tallinn, Estonie



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