Volontaire à la Cité de l'Utopie
Le bâtiment ne manque pourtant pas de charme. La « Casale Garibaldi » était une ancienne exploitation agricole à l'extérieur de Rome. Aujourd'hui située dans le quartier populaire de San Paolo, elle fut épargnée par les réaménagements de la ville, grâce à une légende selon laquelle le héros nationaliste Garibaldi y aurait passé une nuit.
Trattoria1, détenue par un résistant du nom d'Augusto Volpi avant et pendant la guerre, elle revient ensuite à la commune de Rome qui décida de ne rien en faire. Utilisée pendant des années comme squat, c'est en 2004 que la branche italienne du Service Civil International obtient l'autorisation de s'y installer.
Le bâtiment est alors rénové par des activistes sur leur temps libre, des volontaires venus de toute l'Europe et de nombreux chantiers internationaux. Les meubles ont été donnés, notamment par des habitants du quartier. Aujourd'hui la vénérable bâtisse, située au sommet d'une colline, dresse toujours son improbable silhouette parmi les immeubles populaires.
Un laboratoire social et culturel
C'est grâce à tout ces efforts que la « Casale Garibaldi » a pu devenir le laboratoire social et culturel qu'est la « Cité de l'Utopie ». A l'origine sa première fonction, toujours présente, a été d'accueillir les chantiers internationaux et les formations du Servizio Civile Internazionale2.
Aujourd'hui dans la « Biosteria Volpi » ou sur la terrasse en été, sont organisées des soirées à thématiques sociales ou culturelles, durant lesquelles un repas est suivi de concerts, conférences, projections de films... Le « groupe jardin » s'occupe de l'aménagement de l'espace vert qui entoure le bâtiment, avec par exemple la préservation d'espèces rares.
La « Médiathèque des mondes » propose livres et films en plusieurs langues, ainsi que l'accès à internet. Depuis quelques années l'espace est utilisé par l'association « Laboratoire 53 », qui apporte une aide juridique, linguistique et psychologique à des demandeurs d'asile, pour la majorité venus d'Afrique. De nombreux cours sont assurés par des personnes volontaires et sont donc très accessibles financièrement : espagnol, allemand, italien pour les immigrés, danse, yoga, théâtre, herboristerie...
Le marché « TERRA/terra » de produits biologiques et solidaires se déroule au pied du bâtiment une fois par mois. Enfin des événements ponctuels sont organisés. Le plus important est le « Festival International de la Soupe » en avril, qui allie musique, théâtre, danse et concours de soupe, sur le modèle de celui de Lille. Début juillet a lieu également le « No border fest » avec repas, films, exposition, concert et débats sur l'immigration.
Enfin la récente campagne contre la privatisation de l'eau en Italie, qui a aboutit à repousser le projet de loi lors d'un référendum en juin, a mobilisé beaucoup d'énergie.
Un volontariat hors du commun
Je suis venu à Rome dans le cadre du Service Volontaire Européen. Ce projet financé par l'Union Européenne, permet à des moins de trente ans d'effectuer un volontariat dans un autre pays d'Europe. Dans mon cas, il durera sept mois et mon organisation d'accueil est le Servizio Civile Internazionale.
Vivre à la Cité de l'Utopie, le plus souvent perçu comme une chance par les autres personnes, n'est pas toujours facile. En particulier en hiver, mais aussi parce que notre appartement est souvent perçu comme un bureau d'information. Notre travail, en grande partie manuel, consiste essentiellement en la préparation des événements et l'entretien des lieux. Nous avons toutefois la possibilité de faire d'autres activités, comme la coordination de chantiers internationaux. En ce qui me concerne, j'ai par exemple organisé des cours de français une fois par semaine. Nous avons aussi l'opportunité de découvrir la réalité sociale de Rome grâce au réseau associatif et à la participation de nombreux événements.
Enfin et surtout je me rappellerai des personnes que j'ai rencontré, en commençant par mes colocataires. Comme dans « l'Auberge espagnole » je peux dire aujourd'hui « Je suis français, grec, italien, croate ». Durant mon volontariat j'ai eu la chance de croiser des gens venus d'Italie, Turquie, Suède, Espagne, Mauritanie, Sénégal, Guinée Conakry, Afghanistan, Russie, Hongrie, Arménie, Autriche, Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Finlande... Et lorsque viendra mon tour de quitter cet endroit, j'écrirai mon nom sur le mur de ma chambre, comme les 51 volontaires précédents l'ont fait avant moi...
Notes :
1 : Restaurant populaire italien, généralement d'ambiance familiale.
2 : Branche italienne du Service Civil International, qui organise des chantiers internationaux et de nombreux types de volontariat dans le monde afin de promouvoir la paix.