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Chabadabada, une femme et une femme

En 80 jours (Crédit : Festival du Cinéma Espagnol de Nantes)En 80 jours (Crédit : Festival du Cinéma Espagnol de Nantes)

Articles | Publié le 11.05.2011 Dans le film "En 80 jours", de Jon Garaño et José Mari Goenaga, le tour en 80 jours n'est pas celui du monde de la vieillesse. Indépendamment de l'âge, qui n'est pas l'essence des personnages, c'est l'homosexualité, la norme, les traditions qui sont interrogés.

Lors de la présentation du film à la 21e édition du Festival du Cinéma espagnol de Nantes, le coréalisateur, Jon Garaño a souligné que la particularité du film réside dans le choix de protagonistes âgés. C'est en fait dans cette ambition que le film trouve son point de départ. L'idée de l'homosexualité est venue plus tard à Jon Garaño qui s'est inspiré d'une histoire qui est arrivée à des amis à lui.

 

En 80 jours met en avant ce regard sur l'homosexualité et y relie laborieusement la question du mariage, puisque Axun est mariée. Si son mari prête à Axun un adultère, il ne soupçonne pas la relation de sa femme avec Maite. Ne peut-elle le tromper qu'avec un homme?

 

Autour de ce personnage se construit un mur de questionnement qui ne trouve pas d'écho. Le sujet du film se situe là. Chacune des questions que se pose Axun, et qu'elle pose parfois aux autres, lui est renvoyée. Si elle interroge sa fille sur l'homosexualité, celle-ci la dédaigne en pensant que sa mère ne tolère pas les relations homosexuelles.

 

À son âge les traditions pèsent non seulement sur sa conscience mais elles lui sont en plus rattachées comme une norme. Le personnage de Maite est plus sûr de lui, elle regarde le passé avec objectivité, et reconnais que l'amitié nouée dans l'enfance n'était déjà pas anodine. Ce que réussissent à faire les réalisateurs est à la fois de présenter la vieillesse comme un temps de sexualité et aussi d'avenir possible, sans lourdeur, avec réalisme et sincérité. Sans oublier d'y relier l'homosexualité qui peine encore à être reconnue, même si l'Espagne reste pionnière en ce qui concerne la reconnaissance des droits.

 

Hors du commun

 

Le cinéma espagnol et plus particulièrement le cinéma basque reflètent bien cette avancée espagnole. En 80 jours s'inscrit en effet dans la lignée d'Ander, de Roberto Castón qui présentait l'histoire d'un couple homosexuel à la campagne. Ces deux films traitent le sujet avec finesse est sans tomber dans les clichés habituels autour de l'homosexualité, la jeunesse et la condition urbaine.

 

La loi espagnole enracine en 2009 le droit au mariage et à l'adoption. C'est le second pays européen, après les Pays Bas, à reconnaitre aux couples homosexuels ces droits dont jouissent les hétérosexuels depuis bien longtemps. Cependant le vote de cette loi n'a pas fait l'unanimité, pour n'en citer qu'un seul c'est le Parti populaire (droite) qui s'y est opposé. L'Église espagnole et l'association le Forum espagnole de la famille ont également protesté pour défendre les valeurs de la famille traditionnelle.

Yasmine Legrais, Nantes France