Accueil Journal Europa | Zones | Ouest | Frédéric II de Prusse

Frédéric II de Prusse

Frédéric II

Creative CommonsSkara kommun
Articles | Publié le 28.02.2012 La naissance de l'intégration européenne date probablement du 20è siècle. C'est à cette époque qu'a commencé à se propager de plus en plus largement l'idée d'une union des peuples, concrétisée pas à pas après la seconde guerre mondiale. Pourtant, durant les siècles précédents, il existait déjà en Europe un échange intense des cultures, des idées et des acquis. Bien avant Adenauer et de Gaulle, par exemple, un souverain connaissait et savait se servir des avantages des cultures prusse et française ; Frédéric II de Prusse.

On célébrait le mois dernier le 300ème anniversaire de la naissance de Frédéric, le 24 janvier 1712. Certes, il est mort en 1786, bien avant la révolution française. Pourtant, il se voyait davantage comme un représentant de son peuple que comme un nanti privilégié. Son père, Frédéric Guillaume, le qualifiait de faible et ne voyait pas en lui de digne successeur. C'est pour cette raison qu'à l'âge de 18 ans, Frédéric tenta, en vain, de fuir vers l'Angleterre. Il fut couronné à 28 ans, à la mort de son père. Frédéric parlait couramment français, s'intéressait beaucoup à l'art et entretint une correspondance soutenue avec Voltaire, qu'il finit reçut au Palais de Sanssouci à Potsdam.

Ses aspirations intellectuelles ne l'empêchèrent pas de mener de nombreuses guerres pour élargir son empire. Il conquit la Silésie peu après son couronnement et fut à l'origine de la guerre de Succession d'Autriche et de la guerre de Sept Ans. Il en avait les moyens et ne voulait pas, à ce que l'on dit, donner raison à l'image que son père avait de lui dans son jeune âge. A sa détermination militaire s'ajoutait aussi une bonne dose de chance. Dans sa politique intérieure, il a soutenu une meilleure éducation : sur son initiative, des centaines d'écoles ont été créées, surtout en Silésie. En matière d'immigration, il se montrait bienveillant et tolérant sur les appartenances religieuses. De nombreux Français persécutés dans leur patrie trouvèrent refuge en Prusse. Mais Frédéric reste un reflet de son époque, loin de l'unité européenne instaurée plus tard. Les guerres représentent son mauvais côté. Les jeux de force lui étaient familiers. Il ne propagea pas de nationalisme prononcé, mais se montra néanmoins très critique envers les juifs. En outre, il avait un penchant marqué envers les hommes, comme l'a mentionné Voltaire dans ses écrits.

Il est vrai que Frédéric est loin d'être un modèle pour notre époque. Mais bien que la réputation qui lui a valu d'être surnommé « Le Grand » soit basée sur de nombreuses exagérations, on peut en apprendre quelque chose. Aujourd'hui encore, à son instar, les puissants de nos sociétés peuvent faire avancer l'intégration européenne en s'intéressant aux cultures et aux langues, hors des frontières nationales. Le processus est enraciné dans l'histoire de ces derniers siècles, mais l'aspiration constante au pouvoir a trop souvent empêché des rencontres productives.

Marc Guschal, Krefeld Allemagne