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Les vikings ont-ils perdu leur goût pour les spiritueux?

Slut med spriten?

Articles | Publié le 12.10.2009 Il est bien révolu le temps où l'hydromel coulait à flot dans les tavernes profondes de nos contrées du Nord. Aujourd'hui, les statistiques démontrent que pas moins de 15 % des Suédois ont fait le choix de l'abstinence totale faisant le deuil de leur consommation d'alcool.

À y regarder de plus près, l'information n'est pas si surprenante. Depuis bientôt deux siècles, le gouvernement suédois s'évertue à transformer les comportements sur cette question.Le roi Adolf Fredrik avait déjà tenté à maintes reprises de ralentir la consommation d'alcool. Mais en 1766, il a fini par autoriser chaque foyer à produire son propre alcool. Cette mesure a eu un effet ravageur puisqu'on estime qu'au début du XVIIIe siècle, les Suédois buvaient 45 litres d'alcool pur par an et par personne (en 2001 les mêmes statistiques évaluaient la consommation à 4,9 litres !).À la moitié du XIXe siècle, les gouvernements scandinaves en général ont entrepris d'interdire la production « maison » d'alcools de toutes sortes. Les traditions de distillerie, qu'il s'agisse de bières ou de snaps, sont à cette époque ancrées dans les différentes régions de Scandinavie. La solution, comme souvent dans les pays nordiques, fût tout d'abord assez radicale en raison des pressions exercées par les puissants lobbys évangélistes tels l'« organisation de la tempérance ». Ces groupes militaient à l'instar de leurs confrères outre-atlantique pour la mise en place d'une véritable prohibition. Le gouvernement opta finalement pour un système de rationnement à compter de 1850: chaque citoyen devait se contenter d'une quantité restreinte par semaine!Face à cette semi-interdiction, des bars furent d'abord ouverts à Göteborg, puis dans d'autres villes dans lesquels la vente d'alcool était fortement contrôlée par les autorités. En 1870, il fût décidé d'attribuer l'ensemble des bénéfices ainsi que des taxes à l'État : le « systembolaget » était né. Heureusement, la liberté de consommer est revenue avec le temps, mais la mainmise de l'État est encore très forte dans les pays scandinaves. En Suède, les alcools au-dessus de 3,5% ne peuvent être vendus que dans les « Systembolaget » à un prix élevé, respectant certaines obligations telles que l'interdiction de faire des promotions sur la quantité. Ainsi, chaque bouteille est vendue à l'unité : impossible d'y trouver un pack de bière !L'ensemble de ces règlementations éclaire d'une part le fort taux d'abstinence au sein de la population suédoise, mais à l'inverse explique certains comportements qui, vus de l'étranger, peuvent surprendre. De nombreux Suédois souhaitant contourner les difficultés posées par leur législation nationale optent pour une consommation « à l'internationale ». Ainsi de véritables « routes de la soif » se sont constituées en direction de l'Estonie, de l'Allemagne et de la Pologne. D'autre part, ceci nous conduit à une approche particulière de l'achat d'alcool qui veut que chacun achète pour lui-même ce qu'il prévoit de boire ! Mais ne vous inquiétez pas, la norme connaît bien entendu de nombreuses exceptions et un Suédois sera toujours ravi de vous faire partager un petit verre de snaps de son cru... national !

Malin Zetterberg, Stockholm Suède

//Auteur


Malin Zetterberg
Stockholm, Suède


//Traducteur


Matthieu Bonne, Rennes France

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