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PHOTO-TYPO Graphie Cyrillique

Made in USSR


Tous droits reservéRodolphe Millet
Reportages photo | Publié le 24.02.2012 Depuis l'entrée de la Bulgarie dans l'Europe, il y a 5 ans, le cyrillique est devenu le 3e alphabet de l'UE, après le latin et le grec. Un jeune photographe français a parcouru l'ex-bloc soviétique à la recherche des vestiges esthétiques de cette typographie, avant son effacement.

C'est en 2007, en vue d'un premier voyage en terre cyrillique, que je débute l'apprentissage de la langue russe. Une fois sur place, mon initiation à ce nouvel alphabet est facilitée par la lecture permanente de la signalétique urbaine. Enseignes trônant au sommet des édifices, devantures de magasins, signalisations géantes, parfois peintes à la main, parfois réalisées au pochoir... Les lettres et leurs typographies captivent toute mon attention visuelle. J’entreprends alors une quête méthodique, une recherche approfondie des vestiges typographiques de l'ère soviétique à travers la Russie, la Bulgarie, la Biélorussie, l'Ukraine, la Serbie, la Macédoine, la Moldavie, la Transnistrie, la Géorgie et l'Abkhazie.

En Russie, la révolution d'octobre 1917 ouvre une nouvelle ère dans le développement de l'imprimerie et de la typographie. La réforme de l'alphabet et de l'orthographe russe a pour principaux objectifs de faciliter l'apprentissage de la langue, de combattre l'analphabétisme mais aussi et surtout de faciliter la transmission de l'idéologie communiste. La circulation des livres, journaux et autres publications au contenu politique croît rapidement. La typographie devient pour le pouvoir bolchévique un instrument d'organisation et, de fait, un premier outil de propagande. Les typographies sont largement utilisées pour diffuser de façon autoritaire et insidieuse des idées politiques, avec un effet plus ou moins aliénant sur ses lecteurs. Chacune a une fonction bien déterminée : pour les journaux, pour les ouvrages pédagogiques, pour les documents officiels...

Lieux communs et objectif commun

La série de photographies d'enseignes se détachant des bâtiments sur un ciel bleu, telle une feuille blanche, met en avant la force des visuels soviétiques : unicité, uniformité et récurrence. A travers tout le bloc de l'Est, ce sont les mêmes mots qui reviennent régulièrement dans les espaces publics : Révolution d'Octobre, Victoire, Paix, Partisans, Patrie, Amitié, Satellite, Espace, Orbite, Joie, Spartacus, Leningrad, Moscou, Kiev... Le système d'identification est alors simple et compréhensible pour tous. Il marque l'esprit et soumet "l'homo sovieticus" à une forme de discipline. 
Qu'elles soient à caractère commercial, idéologique et politique ou encore informatif, ces sculptures typographiques constituent un autre alphabet en tant que tel. Dans les océans de blocs et de béton grisâtres, il existe des lieux de retentissement visuel. De par leur esthétique, ces enseignes ont un effet hypnotique et la capacité d'arracher les passants à la monotonie environnante. Ces fresques urbaines n’avaient pas un objectif publicitaire comme on peut le comprendre aujourd’hui. Leur rôle était d’informer par exemple sur la présence de produits de consommation (lorsqu’il n’y avait pas de pénurie), de décorer et d’illuminer les lieux grâce aux néons. 

"  PhotoTypo Graphie Cyrillique "  est un projet archéologique au long cours portant sur la typographie soviétique. Il offre un aperçu d'un monde perdu, d'une utopie historique dont l'empreinte visuelle tend aujourd'hui à disparaître. Certaines lettres semblent encore se vanter d'une grandeur passée. Issues d'une époque révolue et marquées d'un fort anachronisme, elles sont dans ce projet largement représentées, non pas par nostalgie mais bien par intérêt documentaire. Leurs esthétiques et leurs lignes, en cours de démantèlement, constituent au sein de ce projet un inventaire typographique.

Rodolphe Millet, Paris France
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