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Robin des Bois des Carpates

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Articles | Publié le 18.04.2011 Bien des Polonais connaissent Janosik à travers divers contes et légendes qui ont bercé leur enfance, ainsi qu'une foule d'adaptations cinématographiques, la dernière datant de 2009. Mais à la différence de Robin des Bois, auquel on le compare souvent, Janosik a réellement existé. Sa véritable histoire, à défaut d'être aussi romanesque, nous livre en revanche une passionnante leçon d'histoire-géographie.

Pour bien saisir le contexte, une petite rétrospective est donc nécessaire. Nous sommes au début du XVIIIe siècle, dans une zone tampon entre la Hongrie et le Duché de Galicie, encore sous la couronne polonaise mais objet de multiples convoitises (elle ira aux Habsbourg en 1772). La Slovaquie, vraie patrie de Janosik, ne représente alors qu'une région de cette dernière avec son "dialecte". La Hongrie est elle même partie intégrante du grand empire autrichien des Habsbourg. Colonisation mal vécue par les uns, doublement par les autres.

Les Carpates, à l'époque, constituent une région sauvage, point de passage clé entre deux puissants empires, région très dangereuse aussi, où pullulent les bandits de grand chemin de toutes sortes. D'autres hors-la-loi célèbres, plus ou moins connus, ont également contribué à cette réputation de "Far West européen", comme le polonais Ondraszek (1680-1715), souvent confondu avec Janosik. ou encore Martyn Portasz, Wojciech et Mateusz Klimczakowie, Wasyl Bajurak, Iwan Bojczuk ou Oleksa Dowbusz, qui terrorisèrent des régions plus à l'est, jusqu'au pays Houtsoul (Carpates de Ruthénie). Ces brigrands n'opèrent jamais seuls, mais au sein d'un groupe très hiérarchisé, wataha, pour certains rassemblant plusieurs dizaines de maquisards, et à la tête duquel règne le watażka. Janosik le geôlier

C'est dans ce contexte que débute l'histoire de Janosik, en se superposant à celle du comte François II Rákóczi, héros national hongrois, auteur de l'insurrection ratée contre les Habsbourg en 1703. Juraj Jánošík, de son vrai nom, est un jeune soldat capturé, qui fut enrôlé de force dans l'armée Autrichienne où le hasard fit de lui un gardien de prison. Il ne lui en fallait pas tant pour se faire la belle, aidant au passage Tomas Uhorcik, dangereux brigand, à s'évader lui aussi, avec qui il fonda par la suite sa troupe de mercenaires, nommée Harnas (nom repris par une fameuse marque de bière polonaise dont le logo estampille un Janosik stylisé). Quelques Polonais comme Gavora, Satora et Oresiak vinrent par ailleurs grossir les rangs de cette dream-team.

Pendant des années, ils semèrent la terreur, dévalisant nombre de dignitaires, le plus souvent hongrois et autrichiens, par embuscade dans les lieux les plus accidentés et impénétrables des Carpates. Il est dit que Janosik laissa toujours la vie sauve aux victimes, bien que ce détail ne fasse pas l'unanimité (par "victime", sous-entendons les personnalités; fi des soldats, simple détail!). Une grotte cachée leur aurait servi de quartier général. Beaucoup de fictions situent ces scènes dans les Tatras, mais la bande à Janosik "hantait" plus précisément les monts Fatra et Choc voisins (plus proches en réalité des Beskid Żywiecki). Janosik le violent

Janosik n'hésitait pas à se débarrasser de rivaux ou collaborateurs gênants au sein même de son propre clan, dont le succès entraînait occasionnellement des machinations de toutes sortes. Détail, et non des moindres: bien que la riche noblesse locale constituât principalement sa cible, il ne redistribuait pas l'argent aux pauvres; pire encore, les récits d'époque le dépeignent comme un personnage très cruel et violent.

L'aventure prend fin en 1713, où, suite à une trahison, il est arrêté dans une auberge de Valašská Dubová, avant d'être jugé, emprisonné, puis pendu à un crochet à Liptovský Mikuláš. La légende dit qu'il nargua ses juges et bourreaux jusqu'au dernier instant et que, pour leur ôter le plaisir malsain d'assister à son agonie, il se jeta lui même sur le crochet, proférant une dernière insulte.

L'histoire de l'homme s'achève, mais celle du personnage de fiction ne fait que débuter. Dès la fin de la première guerre mondiale, l'Empire Austro-Hongrois est dépecé et accouche d'une pléiade de nouveaux états, dont la Tchécoslovaquie. La Galicie sort aussi de son giron en 1921, et rejoint la Pologne qui vient de proclamer son indépendance. Cette revanche des états Slaves est un contexte favorable au culte du personnage, dont on glorifie le côté "résistant et indépendantiste", à mesure que le temps passe et que la mémoire s'efface. Janosik le héros

Il est intéressant de noter que par la suite, un livre sur Janosik (Jur Jánošiak) verra aussi le jour en Serbie, autre ancien pays sorti vainqueur du conflit. En Tchécoslovaquie, Janosik est un véritable emblème national, surtout pour les Slovaques, occasionnellement utilisé pour se démarquer des Tchèques, auxquels ils sont liés par un mariage de circonstances, et qui cultivent d'autres caractères comme le Soldat Chvéïk.

La Seconde Guerre mondiale passe par là, puis Pologne et Tchécoslovaquie entrent dans leurs hibernations socialistes respectives. Une nouvelle fois, les Slaves, appuyés par le grand frère russe, ont refoulé le perfide "colonisateur germanophone". De plus, Janosik, ce voleur généreux qui redonne aux pauvres, correspond bien aux idéaux d'époque. L'essai de retranscription historique verra le jour vingt ans seulement après la chute du rideau de fer, par une coproduction polono-hongro-slovaque (dirigée par Agnieszka Holland), orientée vers le grand public, et où Janosik est interprété par un jeune... Tchèque! Si le scénario est loin d'avoir séduit les opinions, le film a au moins atteint deux objectifs de taille: d'une part, international, de mettre fin aux «Janosik nationaux», et justifier à l'occasion un titre ambitieux : Jánošík, Prawdziwa Historia  (« l'histoire vraie »). De plus, il fait la part belle aux reconstitutions historiques, avec une mention particulière pour la fidélité au niveau des costumes et des lieux de tournage: l'œil exercé y reconnaîtra nombre de châteaux connus, musées à ciel ouvert avec maisons d'époque, et divers lieux photogéniques des Carpates.

Ceci nous mène à une conclusion touristique de ce tour d'horizon, en visitant le repaire de Janosik, qui se situe sur le terrain du parc national des monts Malá Fatra. Les manuels d'histoire mentionnent souvent la ville de Terchová, mais c'est plus précisément dans la bien nommée vallée Vrátna Dolina (« vallée aux portes »), qu'il faut se diriger, là où deux spectaculaires remparts calcaires (Tiesňavy), ne laissent de place qu'à la route et au cours d'eau. Nul doute n'est permis, il ne peut s'agir que de l'antre de Janosik !

Éric Visentin, Wroclaw Pologne

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Éric Visentin
Wroclaw, Pologne

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