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Récits étrangers, étrange transition

Récits étrangers, étrange transition
Katarzyna Morton, Array
Articles | Publié le 07.02.2011 Née 3 ans avant la chute du Rideau de fer, je suis une enfant de la période démocratique en Bulgarie. Pendant 20 ans, j'ai grandi au fil des changements dans mon pays. 20 ans de Transition, 20 ans à la recherche du temps perdu, 20 ans de post-communisme.

Il y a encore un an je ne savais pas grand chose sur le régime au pouvoir avant 1989. Gueorgui Dimitrov et Todor Jivkov, les principaux « héros » en Bulgarie, sont des personnes sur lesquelles j'avais entendu des avis contradictoires.

Beaucoup de vieux Bulgares me disaient qu'auparavant les gens jouissaient de plus de sécurité matérielle et sociale. Par opposition à la période actuelle, où la classe moyenne est réduite à une partie infime de la population. Hélas, ce confort était la contrepartie d'un régime autoritaire et despotique. La censure régnait partout.En Erasmus à Bruxelles en 2009, j'ai pu voir le documentaire Staline, le tyran rouge (de Mathieu Schwartz, 2007). Un film qui m'a fait comprendre la terreur du régime communiste qui régnait pendant un demi-siècle dans toute l'Europe de l'Est et dans mon pays.

J'ai naturellement commencé à fouiller dans le passé et à m'intéresser à ce pan de mon histoire. Il me fallait mieux appréhender ce qui a éloigné les parents, victimes de ce communisme, de leurs enfants – produits de l'époque capitaliste. Quel paradoxe. Il m'a fallu partir à l'Ouest pour mieux comprendre ce qui se passait à l'Est.Parallèlement, en Bulgarie, la société commençait à parler d'une façon plus ouverte de l'époque communiste. Vingt ans après la chute du Mur, les jeunes ont l'opportunité de découvrir leur histoire. De nombreux textes et théories sont apparus ces dernières années et ce tout particulièrement grâce à des auteurs issus des premières vagues d'émigration bulgares.Le communisme vu par les expatriés

Tzvetan Todorov est un essayiste et historien français d'origine bulgare qui développe la théorie dite de la «double pensée». Cette thèse démontre comment les régimes totalitaires déforment la psychologie des peuples concernés et créent une hypocrisie instinctive, assimilée par les individus comme un instinct de survie. Alors je me suis expliqué le «phénomène» de n'exprimer que ce que le régime attend de toi, et surtout ne jamais dire ce que tu penses.

Des romans tels que Mausolée de Rouja Lazarova (éd. Flammarion, 2009) et L'homme surveillé de Vesselin Branev (éd. Albin Michel, 2009, prix Helikon 2007) m'ont révélé les impressions personnelles des auteurs sur la dictature communiste, mais aussi la réalité quotidienne de cette période. La volonté de l'auteur de Mausolée était de dépeindre des personnages qui sont « ceux qui résistent, ceux en qui la flamme de l'espoir continue de briller. Ils s'insurgent un jour et se soumettent le lendemain. Et ils reprennent ainsi le cours de leur vie tout en faisant partie intégrante du régime ». L'écrivain Rouja Lazarova fait partie de la génération de Bulgares qui imigrent après 1989. Vesselin Branev est quant à lui un scénariste, cinéaste et écrivain bulgare qui vit au Canada depuis 1997. Son livre, L'homme surveillé est directement inspiré du travail des agents secrets de la Sureté d'État. «Des souvenirs évoqués par des documents», c'est ainsi que l'auteur défini son livre. Ce roman documentaire retrace non seulement la chronique d'un communisme immortel, mais aussi les aventures et le vécu d'un homme sensible, et pourvu de talent. Son personnage principal n'est présenté ni comme un saint, ni comme un dissident, mais comme un martyr qui sombre dans l'épicentre de la vie culturelle de la nation. Cela lui vaudra une surveillance constante de la part des services secrets, et le projetta dans un monde de doutes, de trahisons et de mensonges collectifs. à travers la lecture, j'ai alors découvert des vies handicapées, des gens non-réalisés, des destins brisés.

Une fois encore, je me suis rendue compte que je vois plus clairement ce qui se passe dans mon pays à travers le regard étranger et de l'étranger…

Valya Ivanova, Nantes France