Le nouvel Européen
Nous nous sommes rencontrés à Belgrade (capitale de la Serbie) dans ses fastueux bureaux de la Société Générale. C'est le 28 mai, le jour de la signature d'une coalition nationaliste à la mairie de Belgrade. Cependant, ce qu'il adviendra de la crise politique qui secoue Belgrade reste très incertain. "Le fait que les Radicaux et Kostunica (l'actuel premier ministre, NDLR) puissent diriger Belgrade, je ne le prends pas comme une défaite. Rien n'est joué. Je crois encore, à beaucoup de niveaux, que la Serbie aura un gouvernement pro-européen. Toutes les grandes villes serbes, dont peut-être Belgrade, seront pro-européennes. Je pense que Kostunica est imprégné de beaucoup d'idéologie, ce qui ne le rend pas confiant dans les relations avec l'Union Européenne. C'est un bloqueur potentiel à l'intégration. Nous sommes les témoins d'un jeu pour lequel nous devons prendre beaucoup de précautions. Les Socialistes sont au centre des négociations pour la formation d'un nouveau gouvernement, et leurs revendications en matière de justice sociale et sur la question des retraites peuvent entraver les négociations. Les Socialistes (l'ancien parti de Slobodan Milosevic, en pleine mutation, qui peut, par le jeu des alliances, faire basculer le pays vers les pro-Européens ou les radicaux) veulent une refonte des lois du travail, et donner plus de pouvoir aux travailleurs. En fait, ils veulent changer les lois que nous faisons en ce moment pour nous aligner sur les standards de l'UE. L'économie serbe ne peut pas encaisser les toutes les demandes des Socialistes". Le pouvoir de changerAvant de devenir ministre des affaires économiques étrangères, Goran Pitic a eu une brillante carrière dans les affaires et dans l'enseignement. Sa passion pour la formation des nouvelles générations de leaders l'a conduit à créer la Faculté d'Economie, de Finance et d'Administration (FEFA), l'une des meilleures institutions de la région, affiliée au «Harvard Business Club». À propos du futur de la Serbie après la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo qui complique les orientations européennes du pays, Pitic "spécule sur plusieurs scénarios. Le premier est qu'à un moment, le Kosovo serait complètement reconnu et indépendant. L'autre est que la Serbie va se battre (diplomatiquement) pour reprendre le Kosovo. Les deux scénarios sont les plus extrêmes. Un scénario intermédiaire inclurait des lignes de démarcation, quelque chose comme l'accord de Dayton (qui découpe la Bosnie en deux identités, NDLR). Avec l'UNMIK (la mission de l'ONU au Kosovo) et l'EULEX (la mission de l'Union Européenne) qui travaillent chacune de leur côté, et des institutions qui fonctionnent du côté serbe et du côté albanais. Dans l'optique d'une structuration pour l'intégration dans l'UE, les frontières vont devenir de moins en moins nécessaires."La forte détermination de Goran Pitic donne l'espoir que la Serbie ne va pas retomber entre les mains idéologiques des homologues de Slobodan Milosevic. "Moi, je regarde toujours vers l'avant" révèle-t-il.