Le grand théâtre de la grande distribution
Pas toujours facile de distinguer le réel de la fiction dans un contexte où le capitalisme vert se maquille sous des paillettes alternatives. N'avez-vous jamais été étonné du style théâtral qui s'étale dans les hyper surfaces ? Des scènes de marché, de foire, de commerces de proximité qui, dans l'imaginaire nous rassurent, telle est l'illusion du rapport humain. La copie est presque parfaite, mais le contexte est autre : dans ces hypermarchés, tout le monde est régi par les indications de la direction et des managers en marketing. Et pour cela, les moyens mis en œuvre sont énormes.
À l'image des grandes productions du spectacle, nous voyageons dans un univers où le personnel du magasin devient acteur, les rayonnages deviennent des décors et les clients sont figurants. En passant, n'oubliez pas que vous y êtes filmés ! Dans le prolongement de cette industrie théâtrale, l'environnement rural devient aussi un nouvel enjeu pour les grandes enseignes de la distribution. Beaucoup de petites et moyennes communes voient s'ouvrir en leur cœur des épiceries de proximité, essayant de détourner l'exploitation des agriculteurs locaux. Alors, on se pose des questions : comment consommer mieux tout en conservant une éthique propre ? Pas toujours facile, c'est vrai et surtout lorsque l'on médiatise les mauvaises habitudes des consommateurs. Détourner le problème pour nous culpabiliser est une manoeuvre d'une efficacité redoutable : malgré sa clémence, la loi du marché rédigera notre sentence. Loin de tout fatalisme, c'est en toute innocence que nous sommes partis rechercher des exemples d'initiatives collectives.
Partage du Bien commun
En France, c'est dans le petit village morbihannais d'Augan que d'irréductibles optimistes ont construit une coopérative de biens et de services : une épicerie nommé Le garde-manger et un bar Le Champ Commun. La création de cette activité permet à la communauté de se réapproprier ses commerces de proximité. Si l'on prolonge l'idée, tout ceux qui souhaitent devenir partenaire de cette initiative collective peuvent y adhérer. Les producteurs et les artisans locaux négocient donc leurs prix de vente avec la coopérative (dont ils font partie en tant que partenaires), les gens du coin font vivre l'économie locale et s'y rassemblent quotidiennement… Les actions participatives deviennent un moyen de re-maîtriser la vie locale.Mener la grande distribution en bateau
En Lituanie, nous avons été surpris par une autre sorte d'initiative coopérative : des pêcheurs associés en coopérative ont décidé de mettre en commun l'achat d'un bateau partagé entre eux Le bateau chameau et de vendre ensuite directement leurs poissons sans intermédiaire sur des parkings proches des grandes surfaces. Négociant leurs propres prix, les supermarchés sont dans l'impossibilité de les concurrencer directement. Les producteurs de lait montés en coopératives ont installé dernièrement des distributeurs de lait qu'ils ravitaillent eux-mêmes. Là encore, le lien direct du producteur au consommateur permet à chacun de s'y retrouver. Avoir le choix grâce à ce genre d'initiatives, c'est aussi recréer l'espoir que nous pouvons influencer notre manière de vivre..