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L'eurosceptiscisme à la Suédoise

L'eurosceptiscisme à la Suédoise

Articles | Publié le 29.05.2009 Un tiers des Suédois ne connaît même pas la date des élections européennes, qui se dérouleront le 7 juin prochain ! 64% de la population se désintéresse de ce rendez-vous électoral (eurobarometre). Et pourtant, le 1er juillet prochain, c'est la Suède qui prendra la place de la République tchèque à la présidence tournante de l'UE. Du coup, les politiques redoublent d'efforts pour attirer l'attention de la population sur l'enjeu des élections européennes.

Comme le montrent les résultats du sondage Eurobarometre, les Suédois restent convaincus que ce sont leurs députés nationaux qui décident de la politique du pays et non les eurodéputés. Ils ne connaissent ni le travail de leurs représentants auprès de l'UE, ni les affaires européennes. 28% d'entre eux ont même affirmé qu'ils n'iraient pas voter car ils sont contre la construction communautaire. Seul un Suédois sur trois avait voté lors du dernier scrutin européen. Si on note la même tendance presque partout dans l'Union (Bruxelles ne prévoit que 34% de taux de participation), ce résultat tranche avec la participation massive des citoyens suédois aux élections nationales et locales.

La campagne suédoise pour les élections européennesLes médias sont un outil majeur de cette campagne électorale, notamment Internet. Des publicités sont postées sur Facebook, des vidéos sur YouTube et Twitter... Le Parti des socialistes européens est très actif sur la Toile. Les jeunes sont particulièrement visés par les campagnes web car ils seront plus d'un million à voter pour la première fois à une élection européenne (entre 18 et 28 ans). Hallin et Kjellström, du Parti parlementaire des jeunes, ont fait part dès janvier de leur volonté d'intégrer la “génération erasmus” dans la dynamique du vote. En parallèle, affiches publicitaires et messages radios visent davantage les plus de 25 ans. Selon ces derniers, si l'Europe doit avoir du poids, c'est d'abord sur les questions environnementales.

Les Pirates suédois naviguent sur le WebInternet joue donc un rôle capital dans la campagne mais pourrait aussi se révéler perturbateur. Le Parti Pirate (parti indépendant, crée en 2006) soutient Pirate Bay (une plate-forme de téléchargement). Celle-ci prône une libre utilisation d'internet et du téléchargement. Les dirigeants du site ont été condamnés à un an de prison par la Cour de Stockholm le 17 avril dernier. Et une manifestation, regroupant plus de 1000 personnes, a même eu lieu le samedi suivant dans la capitale afin de dénoncer ce jugement. Le parti, dont Christian Engström est la tête de liste, voit son nombre d'adhérents exploser de la même manière que celui de Pirate Bay. Le Parti Pirate est maintenant plus important que le Parti parlementaire des jeunes. Une enquête récente révèle que 21% des Suédois pourraient voter pour lui.

Un décalage qui perdureSur les blogs, les débats se déchaînent. En effet, les raisons d'aller voter ne manquent pas pour les Suédois : défendre leur modèle de société mais aussi apporter des réponses à la crise qui touche le pays (modérément en comparaison de l'Europe de l'Ouest et du Sud).Fredrik Reinfeldt, le chef du gouvernement, entend bien faire entendre à l'Europe les positions de son pays. Le 21 avril dernier, déjà, il assumait son soutien à  l'entrée de la Turquie dans l'UE : “La Turquie revient à l'Europe”.Le programme de la présidence suédoise de l'UE sera dévoilé ce mois-ci. Il doit s'articuler autour de la crise, du climat (le sommet de Copenhague aura lieu en décembre 2009), de l'asile et de l'immigration, ainsi que du traité de Lisbonne.De leur côté, les europartis suédois travaillent aussi sur l'emploi ou l'environnement. Des sujets qui intéressent les citoyens. Ainsi le Folkpartiet et le Centerpartiet, associés depuis 2004, viennent d'être récompensés par Annemie Neyts, présidente du Parti européen des libéraux démocrates.Cependant, si les parlementaires ont essayé d'impulser leur dynamique, il y a bel et bien un décalage entre les politiques et l'opinion. Les Suédois semblent intéressés par les questions de l'entrée de la Turquie, des énergies renouvelables ou encore du sort de Pirate Bay mais cet intérêt pourrait n'être que le reflet de l'important battage médiatique. Les résultats des prochaines élections donneront ou non raison à cette tendance.

Le Parti Pirate (PP)Créé le 1er janvier 2006 par Rick Falkvinge, 37 ans, un fondu d'informatique. Crédité de 5 à 8 % d'intentions de vote, contre à peine 2 % il y a quelques semaines, le PP compte aujourd'hui 45 000 membres, ce qui en fait la troisième force politique du pays. Le 7 juin, le PP pourrait envoyer deux députés au Parlement européen (sur les 18 attribués à la Suède). Le PP milite pour une utilisation entièrement libre et gratuite d'internet ainsi que la protection de la vie privée sur la Toile.

Marie Hommeau, Stockholm Suède