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Franck Biancheri, l'Europe dans la peau

Franck Biancheri, l'Europe dans la peau
Jean Faessel, Array
Articles | Publié le 24.07.2008 À l'approche des élections européennes de 2009, un nouveau parti arrive sur la scène politique du continent : Newropeans. Son fondateur est convaincu qu'il permettra de placer le citoyen de l'Union au coeur de l'action européenne. Portrait d'un Européen convaincu.

L'Europe est un sujet qui fait fuir la masse des gens." Franck Biancheri a toujours été un fervent défenseur de l'Europe, sans pour autant se faire d'illusions. L'homme de 47 ans affiche un air grave : il connaît le sujet. Cheveux gris, sourcils froncés, il se bat avec acharnement pour ses idées, en gardant toujours les pieds sur terre : il prévoit au moins 20 ans pour mener à bien son projet. Première étape, présenter son parti, Newropeans, aux prochaines élections européennes de 2009. L'Europe a guidé toute sa vie et les lecteurs du Time Magazine semblent l'avoir bien compris : ils l'ont élu héros européen en 2003. "Mes origines m'ont ouvert des horizons plus larges", reconnaît ce fils d'une famille franco-italienne. Un acteur d'ErasmusDès 1985, alors étudiant à Sciences Po, il se lance dans l'aventure européenne et fonde le premier grand réseau européen étudiant : l'AEGEE Europe (Association des États Généraux des Étudiants Européens). Sa plus grande réussite a lieu en 1987, lors d'un déjeuner entre les principaux membres du réseau et le Président François Mitterrand. Le groupe contribuera à l'adoption d'Erasmus en France, un projet qui n'avançait pas. Deux ans plus tard, il entre dans la vie active et continue sur sa lancée : il crée Prometheus Europe, une association pour les jeunes actifs européens qui fut "une base de réflexion pour la suite." En 2001, à l'occasion de l'élection du Conseil étudiant européen, il met en place le premier vote en ligne à échelle du continent. Une véritable aventure, soutenue par les fonds publics, les États membres et les syndicats nationaux, qui eut son heure de gloire. Mais, "les institutions européennes avaient peur de voir surgir une force unie, affirme Franck Biancheri, une pointe de ressentiment dans la voix. Un vote a eu lieu en 2001, mais n'a jamais été réitéré." Pour lui, cette mésaventure montre quand même que les Européens peuvent s'unir dans un même combat. Estimant que les institutions européennes actuelles ne peuvent rien pour l'Europe, il se lance en politique. En 2005, suite aux "non" français et néerlandais à la Constitution européenne, il crée un parti transeuropéen, loin des notions nationales de clivage gauche/droite. Newropeans sera présent aux prochaines élections européennes de 2009 dans tous les pays de l'Union. "On est de plus en plus en train de nous faire choisir entre démocratie et Europe, tempête Franck Biancheri. Avec Newropeans on n'a pas à choisir !" Le but : que les citoyens deviennent des acteurs de l'Europe, grâce notamment à des référendums communs. C'est un parti totalement nouveau dans son genre car il ne se présentera qu'aux élections européennes.   D'autres partis sur le même modèlePour Biancheri, ce n'est qu'un premier pas vers l'avenir qui ouvrira les portes à d'autres partis du même genre. "C'est la solution pour réussir, car les dirigeants nationaux n'ont aucune idée de ce que peut être l'Europe, analyse-t-il, une colère contenue dans la voix. Il n'est pas étonnant que ça n'avance pas." Le militant fait parfois preuve d'un pessimisme déconcertant. Ainsi, en 1998, il publie un livre intitulé UE 2009 : Quand les petits-fils de Franco, Hitler, Mussolini et Pétain prendront le contrôle de l'Europe. "L'éloignement croissant des citoyens et l'état de crise politique créent les conditions d'un retour à la dictature et au facisme", assène-t-il. Pour changer ce scénario, le parti a besoin d'électeurs. Pendant huit mois, en 2002-2003, le leader de Newropeans a déjà prouvé qu'une campagne européenne pouvait se mener comme au plan national. Il a pratiquement fait le tour de l'Union européenne actuelle lors du Newropean Democracy Marathon, en donnant des conférences sur des thèmes européens. Au total, il a rencontré plus de 10 000 personnes. D'ici 2009, il prévoit de nombreuses autres rencontres à travers l'Europe. "Nous voulons même faire la campagne des plages, annonce Biancheri. À bord de camping-cars, nous allons sillonner les plages d'Europe, et faire campagne là où les Européens prennent leurs vacances." "L'histoire de notre continent existe"De toutes ces années à lutter pour l'Europe, Biancheri retient surtout les rencontres. "J'ai plus appris sur les Européens en huit mois lors du marathon que pendant tout le reste de ma vie, raconte-t-il avec plaisir. L'Europe, c'est ennuyeux, les Européens c'est intéressant." Son souvenir le plus marquant est dans cet esprit. Tout part d'un vitrail d'une chapelle de Leiden, aux Pays-Bas, où il assiste à un congrès : d'un côté, un soldat nazi étrangle une Hollandaise et, de l'autre, un soldat napoléonien fait la même chose. Ça a été une grande surprise pour Franck Biancheri. "J'ai compris ce jour là que les Européens n'ont pas tous la même vision du monde mais que l'histoire de notre continent existe, se souvient-il. À ceux qui n'y croient plus, il faut parler d'Europe, et montrer les Européens." Franck Biancheri, fort de son expérience, est un homme écouté. C'est à lui que la Commission européenne et le gouvernement américain font appel, en 1997, pour créer une passerelle entre l'Europe et les États-Unis. Il fonde donc Tiesweb (TransAtlantic Information Exchange Service), le premier portail web transatlantique destiné au dialogue entre Européens et Américains. Le gros succès des débuts se tassera vite, mais pour Biancheri, ce portail est nécessaire car, "les deux voisins ne se connaissent pas et les clichés subsistent des deux côtés". Il fait même plus pour rapprocher les deux peuples. Il lance en 2002 la Miami Transatlantic Week, une série de conférences qui devaient avoir lieu tous les deux ans, portant sur des thématiques communes. "Malgré un relatif succès, tout s'est arrêté en 2005", déplore-t-il. Dans tout cela, Franck Biancheri n'oublie pas les jeunes. "Chaque génération a un défi à relever. Bougez-vous pour faire l'avenir car sinon quelqu'un d'autre le fera à votre place et ça ne vous plaira forcément pas !"

Laura Spaeter, Strasbourg France ;  Olivier Devos, Strasbourg France