Rien ne sert de courir
Dans le sport, rien n’est laissé au hasard. C’est du moins ce que l’on croit en admirant le talent des athlètes qui s’appliquent à suivre des entraînements extrêmement sévères et rigoureux. Or des études scientifiques1 révèlent que plus de 80 % des sportifs, tous sports et tous niveaux confondus, avouent se livrer à un rituel spécifique à l'aube d'une compétition. Bien plus encore: plus l'enjeu de la compétition est important et l'issue de la rencontre incertaine, plus ces pratiques fleurissent.
Ces rituels oscillent entre la manie (ne pas marcher sur les lignes du terrain, manger quatre pancakes le matin), le toc (vérifier à chaque instant que ses deux chaussettes sont bien à la même hauteur), la superstition (verser du sel sur le terrain) voire la bigoterie (se signer en entrant dans le stade). Ce sont des comportements qui sortent de l'ordinaire et qui sont systématiquement répétés avant la performance. Ils ont un effet positif sur leur auteur mais n'ont objectivement aucun lien avec la victoire.
Prenons l’exemple de l’étude menée par l'American Council on Exercise2 à l’Université du Wisconsin. Les scientifiques ont fait visionner une pub sur les soi-disant effets fantastiques d’une eau super oxygénée à un groupe de trente-deux coureurs. Après avoir bu cette potion magique, 84% des cobayes ont amélioré leurs performances. La potion n’était en fait que de l’eau minérale. Dans la même veine, un haltérophile roumain a battu son record personnel en s’étant trompé sur le poids de la charge soulevée. Il pensait avoir affaire à 10 kilos de moins3.
Hockeyeur et pigeon
Une autre forme de placebo est l'action porte-bonheur répétée devant la performance. Le hockeyeur russe Alexander Ovechkin s'est persuadé qu'une paire de ciseaux était à l'origine de ses victoires au Dynamo de Moscou. Il s'en était servi pour découper son tape, le ruban qui enroule sa crosse. Dès lors, il ne s'est plus jamais séparé de sa paire de ciseaux fétiche qu'il utilise avant chaque rencontre. Les hockeyeurs ont aussi pour habitude de ne pas se raser avant un match ou encore de tremper leur crosse dans leurs toilettes.
L'expérience de Skinner (1948), sur des pigeons, peut expliquer en partie ce type de comportements. Skinner enfermait en cage les volatiles qu'il nourrissait irrégulièrement pour l'expérience. Ses résultats montrent que les pigeons reproduisent, dès lors qu'ils ont faim, le comportement qu'ils avaient lorsqu'ils ont été rationnés pour la dernière fois. L'un se tenant sur la gauche de la cage, l'autre levant la tête, le troisième tournant sur lui-même, espérant que cette attitude fasse arriver la nourriture espérée. Dans le fond, pigeon et hockeyeur se ressemblent.
Plus alambiqué encore, l'arrêt d'une manie chez un sportif peut avoir un effet placebo. Le sportif, constatant que son grigri n'agit plus sur ses performances, décide de s'en débarrasser et le jour où il passe à l'acte il casse la baraque.
Les supporters ne sont pas en reste. Une femme lorientaise avoue avoir trouvé la recette de la victoire de son skipper de mari: inscrivez soigneusement les noms de tous les concurrents sur du papier cartonné; introduisez chacun des noms dans une boîte de pellicule photo vide, rajoutez-y 7 grains de gros sel marin; fermez les boîtes et placez-les dans votre congélateur jusqu'à la fin de la course. Le résultat est infaillible et les vents souffleront sur l'élu de votre cœur.
Dopage mental
Le placebo le plus répandu chez les sportifs demeure le port d'un vêtement fétiche le jour-J. Le vieux caleçon ou la paire de chaussettes rouges restent une valeur des plus sûres et des plus prisées. Ce n'est pas Serena Williams qui dira le contraire. Elle porte la même paire de chaussettes pendant toute la durée d'un tournoi.
L'effet placebo domine les rencontres et les performances sportives, c'est lui qui arrache la victoire finale. Peu importe que vous y croyiez ou non, le placebo agit comme une préparation mentale sur le sportif, il le met en confiance et peut faire la différence sur la ligne d'arrivée. Le regretté Paul le poulpe, qui prédisait la victoire des équipes lors de la Coupe du monde de football 2010, est peut-être l'architecte de la victoire finale espagnole.
Parfois ridicule, l'effet placebo a des avantages sur son rival, le dopage. Avis aux amateurs, il est légal et il ne nuit pas à la santé. Il est à consommer sans modération mais n'hésitez pas à vous entraîner quand même : on ne sait jamais.