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Fictions | Publié le 21.02.2012 Un rayon de soleil me caresse les paupières. Ma respiration s’évade au rythme des battements de mon cÅ“ur. L’odeur du feu qui crépite s’introduit dans mes narines. L’apaisement m’envahit. Cela fait près de trois ans que je me réveille de manière aussi douce, qu’au fond de moi je suis persuadé que le monde va mieux.

Un rayon de soleil me caresse les paupières. Ma respiration s’évade au rythme des battements de mon cœur. L’odeur du feu qui crépite s’introduit dans mes narines. L’apaisement m’envahit. Cela fait près de trois ans que je me réveille de manière aussi douce, qu’au fond de moi je suis persuadé que le monde va mieux. Je sors du pieux avec plaisir, encore une belle putain de journée. Marko passe devant moi, le café dans les mains et m’invite à le rejoindre. J’hésite quelques secondes à mettre un pantalon puis je me dis que c’est la fin de l’été et que j’ai envie de profiter de l’insouciance propre à mon caleçon, donc je ne mets pas de pantalon.
 
 Je me dirige près du salon, quelques chaises autour d’une table basse dans le jardin. Zita est levée aussi, de bonne humeur, donc je risque une bise qui est bien accueillie. Ici nous sommes une cinquantaine à faire vivre le lieu, un ancien corps de ferme et quelques hangars. Tout le monde sait où dormir, tout le monde a à manger. Personne n’a d’argent. Seuls une quinzaine d’habitants vivent ici en permanence, on vit du pain qu’on fabrique au four en terre, on l’échange contre des services ou d’autres nourritures, un peu plus loin dans le village. On a une bonne autonomie en légumes. On mange peu de viande, les quelques biquettes et ânes qui nous entourent servent au lait et aux gros travaux des champs.

Je ne pensai pas qu’un jour tout ce bonheur serait possible, même si j’ai donné ma vie pour qu’il se réalise. Je ne pensais pas devenir un « campagnard Â», quitter la ville de Bachkle, celle qui m’a vu grandir et me battre. Il faut dire aussi que la population s’est régulée d’elle-même, il y a eu beaucoup de morts lors des révoltes, des deux côtés. Beaucoup ont fui les villes, voire les pays. Il y a eu comme une évidence à regagner les campagnes et à revenir au plus près de la terre. Les casses sont moins un lieu où ont ramène sa bagnole, plus personne n’en construit officiellement. Ce sont plutôt des camps maintenant, faits de métal et de patience. On voit surtout des bus circuler maintenant, aménagés ou non, blindés à ragueule ou non.

On ne demandait pas l’impossible, mais une cause juste. La liberté de vivre bien pour tous, que les logements vides soient occupés, que les propriétaires arrêtent de faire la fine bouche sur le nom oriental d’un futur locataire où l’apparence punk d’un  autre, bref de la solidarité. Y en avait marre de ce Roi pognon, j’avais jamais voté pour lui moi. Ce qui a été le point de lancement de cette révolution, ce qui a bien fait chaud au cÅ“ur et soudé les esprits c’est quand les « Anonymous Â», ces grands hackers, ont juste rayé de la carte tous les sites des gouvernements un peu réfractaires à la Liberté du peuple. Et surtout ont fait s’effondrer les systèmes et informations bancaires de toutes les banques et entreprises côtées en bourse, actionnaires compris. Les autres mouvements contestataires ont suivi. Ce que c’était jouissif de se sentir un mais fort, citoyen au pouvoir ! Mais ce que c’était flippant à la fois de se dire que l’ordre et la justice étaient remis en cause, que toutes les dérives étaient possibles. Que l’être humain redevenait une bête assoiffée de sang, prête à tuer pour survivre.

Fort heureusement il y a eu peu de dérives de ce genre, hormis quelques grands cas d’extrémistes dépassés par les évènements. Toutes les aides matérielles et surtout humaines que l’on a pu envoyer sur les autres continents on l’a fait, on a redonné son indépendance au peuple, à tous les peuples, sans haine, sans violence. Il était temps de repenser aux vraies valeurs, d’arrêter de se crever à l’usine pour mourir d’une retraite de misère quelques mois plus tard. Metro, Boulot, Cercueil c’était pas pour nous. Pour qui d’ailleurs ?

Jean Berliet, Nantes France