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Le temps passe, pas les idées

Laboratoire de photographie du CPA-FISudLaboratoire de photographie du CPA-FISud
Raphaël Giambelluco, Array
Articles | Publié le 09.02.2011 Le Parti communiste italien n'est plus… ou presque. Son héritier Rifondazione Comunista (RC) ne possède plus aucun élu en 2008. Dans ce champ de ruines, c'est au niveau local que l'idéal communiste perdure. À Florence, le CPA en est l'un des acteurs de référence.

En ce jeudi soir, le Centro Popolare Autogestito Firenze Sud (CPA-FISud) situé dans le quartier de Gavinana, a encore fait le plein. Comme chaque semaine, la cena sociale – comprenez repas solidaire ouvert à tous – accueille une soixantaine de personnes. Contre quelques euros, chaque convive partage un menu complet où, du chianti aux idées politiques, le rouge est la couleur dominante.

Le CPA-FISud c'est d'abord une histoire d'occupation. Dans un quartier de la banlieue florentine où la consommation d'héroïne commence à faire des ravages, un premier centre social voit le jour à la fin des années 80 dans une ex-école maternelle, à l'initiative d'un groupe d'habitants qui acceptent de restituer les lieux au profit d'un centre d'accueil pour handicapés. D'une usine désaffectée toute proche, naîtra véritablement en 1989 le Centre populaire autogéré.

Les activités mises à la disposition de la population, «de la mère de famille au grand-père partisan», se mettent en place avec comme ligne directrice bénévolat et gratuité. C'est aussi le début de l'affirmation d'un esprit internationaliste qui symbolisera les activités politiques futures, soutien aux mouvements indépendantistes basques ou palestiniens, en lien avec d'autres centres sociaux en Italie. «Lieu d'expression culturelle autogéré»

La nuit est tombée et le repas se poursuit. Les plats s'enchainent comme les occupations. «Tout de suite, les travaux de remise aux normes ont commencé. Isolation, insonorisation, normes de sécurité […], le boulot ne manquait pas» se souvient Alessandro, bénévole de longue date.

Pour l'ensemble des autres activités disponibles le schéma est le même. Une personne propose de mettre ses compétences au service de la communauté de manière bénévole, l'assemblée participative hebdomadaire, seule habilitée à prendre les décisions relatives à la vie du Centre, donne son accord et le projet voit le jour avec l'aide de qui veut. Salle de cinéma, salle de concert et de théâtre, laboratoire photographique, cuisine collective, bibliothèque ou librairie, tous sont des projets pérennes qui fonctionnent au quotidien. «Le Centre est un bien commun, il appartient à tous ceux qui souhaitent aider à son fonctionnement. En revanche, personne n'y vit et personne n'y dort. Ce n'est pas un squat mais un lieu d'expression culturelle autogéré.» Cette précision d'Alessandro semble lui tenir à cœur.

Les valeurs communistes y sont omniprésentes et, pour qui viendrait à les oublier, les drapeaux rouges flottant sur la grille d'entrée et la faucille et le marteau ornant les murs des locaux sont là pour le rappeler.

Et les rapports avec le parti communiste? Mes voisins de table stoppent leur conversation et nous fixent avec insistance. Simple curiosité ou intérêt réel, en tout cas le sujet semble sensible. Mais Alessandro l'aborde sans gêne. «Nous n'avons aucun lien avec les partis de centre-gauche. Pour ce qui est de l'extrême gauche, avec la Rifondazione comunista les rapports restent à un niveau individuel. Un de leurs conseillers municipaux pourra organiser quelque chose avec le Centre mais toujours en son nom et pas au nom du parti.» Dans l'état actuel du paysage politique italien les liens les plus forts sont ceux entretenus avec le Parti communiste des travailleurs qui privilégie une activité militante au niveau local. Ensemble, ils ont pris position contre la construction d'un centre de rétention pour les immigrés en situation irrégulière ou contre les suppressions d'emplois du groupe industriel de prêt-à-porter SASCH en Toscane.

Ici l'illégalité permet la liberté. D'ailleurs on ne parle pas de financement mais bien d'autofinancement. Le CPA-FISud ne perçoit pas d'aides, ni de la mairie de Florence ou de la Région Toscane, ni d'aucun autre organisme. L'argent récolté c'est celui des repas ou des concerts organisés in situ.

La cena touche à sa fin. Lele ramène les plats en cuisine avant d'entamer une scopa, jeu de cartes italien, autour d'un dernier verre. Le communisme italien n'est plus… ou presque.

Raphaël Giambelluco, Florence Italie