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Au revoir mère patrie !

crédits: AndreyA // Bronevaya la gare de Saint-Pétersbourgcrédits: AndreyA // Bronevaya la gare de Saint-Pétersbourg

Articles | Publié le 17.11.2011 L'échappée belle des cerveaux russes est symptomatique de la perte de foi dans l'avenir du pays.

Le 25 février dernier, Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant soviétique, critiquait une Russie aux élites « dépravées Â» où la vie politique se résume à une « imitation Â», disant avoir « honte » de son pays.

Alors que le président Medvedev prône une modernisation de la Russie, M. Gorbatchev a estimé que l'un des principaux obstacles, la fuite des cerveaux, s'expliquait par les carences démocratiques. En effet, une bonne dynamique intellectuelle pourrait agir comme un effet de levier dans le processus de modernisation du pays, et ouvrir l'espace de réflexion et de dialogue actuellement réservé à l'élite dirigeante.

La Russie a été confrontée à sa plus importante fuite des cerveaux au milieu des années 1990. La recherche scientifique en Russie s'est trouvée confrontée à des problèmes structurels en termes de ressources humaines.

Trois problèmes principaux sont apparus : le vieillissement des chercheurs, l'obsolescence des laboratoires et du matériel de recherche, et le clivage de la communauté scientifique (entre laboratoires florissants et scientifiques en situation précaire). Avec la chute du rideau de fer et l'enlisement du système, de nombreux chercheurs ont saisi l'opportunité de quitter leur pays.

Les lauréats russes du prix Nobel

On peut citer en guise d'exemple les lauréats du prix Nobel de Physique de 2010 André Geim et Konstantin Novoselov. Les deux hommes sont nés en Russie et ont étudié à Moscou. Geim a maintenant 51 ans et n'a pas travaillé en Russie depuis le début des années 1990. Il a depuis obtenu la nationalité Néerlandaise. Novoselov est quand à lui le plus jeune Russe d'origine à avoir obtenu un prix Nobel. Il possède néanmoins un passeport Britannique.

Cependant, l'émigration des chercheurs russes, s'est récemment transformée en « circulation des cerveaux Â» : les jeunes talents rentrent au pays après leurs études à l'étranger comme l'explique le journaliste Grigory Pasko dans son article Russia's Brain Drain.

Malgré tout, les retours ne sont pas systématiques et les chiffres actuels restent alarmants pour les autorités. Selon les données officielles, 440 000 personnes ont quitté la Russie ces 5 dernières années et environ 100 000 personnes quittent le pays par an selon l'Institut russe de recherche démographique.

Pourquoi quitter la Russie ?

« C'est un pays sans avenir, ici … la politique est polluée par les pratiques mafieuses. Il n'y a plus rien en quoi croire Â», m'a soupiré un jour Andrei, un jeune travailleur, conseiller téléphonique en informatique de Petersburg.

Valeria, jeune russe de 20 ans rêve de finir ses études en France, et son ami Youri me confie vouloir partir vivre en Australie. Ces pays représentent pour eux cet espoir de vie meilleure.

L'envie d'exil ne touche donc pas que les chercheurs et les intellectuels, mais également la classe moyenne. L'opulence des milliardaires de Moscou ne peut masquer les besoins et les attentes de toute une population qui s'étend de Vladivostok à Mourmansk.

Juliette Sondey, Saint Petersburg Russie