Vers une union syndicale franco-allemande ?
23 septembre 2010 : à travers toute la France, environ trois millions de Français manifestaient contre la réforme des retraites, initiée par l'État1. Dans les semaines suivantes, plusieurs grèves et manifestations ont eu lieu dans tout le pays. Mais sans succès. En décembre, la loi concernant la retraite a fini par être promulguée.
26 mars 2012 : la fédération des syndicats allemands, Ver.di, appelait à une grève d'avertissement avant des négociations salariales dans le secteur public. Environ 30 000 employés la suivaient dans trois Länder. Ils réclamait une augmentation de rémunération de 6,5 % pour deux millions d'employés, l'opposition ne proposait que 3,3 %. Plusieurs grèves ont eu lieu, avant d'arriver à un accord de 6,3 %, mais échelonnés sur deux ans.
Conflits Vs consensus
Les relations sociales en France semblent souvent orientées vers le conflit et peu vers le consensus. Cela aboutit à un grand nombre de grèves ou autres conflits de travail. En même temps, il manquent des accords de tarifs inter-régionaux. Les grèves sont spontanées et même sans un large soutien syndicaliste. Parfois, ils ne concernent que certaines régions, certaines sociétés ou des groupes de professions relativement petits.
En Allemagne, a contrario, il y a ni une fragmentation similaire des organisations de salariés, ni des syndicats politiquement opposés. Par contre, les syndicats allemands disposent traditionnellement d'un plus grand nombre d'adhérents, et par conséquent d'une plus grande influence dans les négociations salariales.
En France, les syndicats sont moins biens organisées et rencontrent en plus une crise importante de confiance début des années 80. Pourtant, les salariés restent prêts à manifester pour leurs intérêts. En théorie, les syndicats se réfèrent toujours à la Charte d'Amiens de 1906, qui parle de la défense des revendications quotidiennes et de l'indépendance vis à vis des partis politiques. Mais en réalité, l'histoire des syndicats français est souvent influencé par des partis politiques.
Baisse de régime similaire
Malgré ces différences entre les deux systèmes, il y a également quelques rapprochements. Par exemple, le nombre d'adhérents des syndicats en Allemagne baisse légèrement depuis les années 90, ainsi que le nombre des grèves en France ces dernières années.
Le dialogue social est toujours d'une grande importance dans les deux pays, mais les salariés doutent en partie que les syndicats incarnent vraiment la défense de leurs intérêts. En même temps, les syndicats français et allemands coopèrent de plus en plus, par exemple dans le cadre du forum franco-allemand des syndicats.
Leur objectif est d'homogénéiser et de faciliter leur travail. Pour cela, ils essayent d'élaborer une stratégie commune. Il existe aussi plusieurs initiatives européennes dans le contexte d'une stratégie de la croissance et du développement.
Les sujets contre lesquels les syndicats sont opposés sont multiples : sans-papiers, délocalisations des entreprises, manque de transparence, manque de coopération internationale forte et unie. Le besoin d'un fort mouvement international des syndicats et d'une nouvelle réglementation semble être la priorité.
Le marché intérieur européen, ne serait-il pas une base idéale pour des réorientations décisives ? Les syndicats pourraient peut-être développer la formation de ses adhérents. Les syndicats ne devraient-ils pas plutôt s'orienter vers une démarche globale que de se spécialiser sur certains segments du marché de travail ? Et ne serait-il pas bénéfique de retoucher la Charte d'Amiens dans un contexte international ?
1. 3 millions selon les syndicats. Environ un million selon le ministre d'intérieur.
Sources:
Andolfatto, Dominique und Labbé, Dominique: Histoire des syndicats (1906 – 2006). Paris, 2006.
Hudemann, Rainer: Sozialpartnerschaft oder Klassenkampf? Zu deutsch-französischen Spannungsfeldern seit dem 19. Jahrhundert. In: Dipper, Christof / Klinkhammer, Lutz und Nützenadel, Alexander: Europäische Sozialgeschichte. Berlin, 2000, S.173-184.
Mouriaux, René: Le syndicalisme en France depuis 1945. Paris, 1994.
Schild, Joachim und Uterwedde, Henrik: Frankreich. Politik, Wirtschaft, Gesellschaft. Wiesbaden, 2006.