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Une révolution silencieuse

l'état c'est nous


Tous droits reservéAleksander Velitchkov
Reportages photo | Publié le 03.07.2012 En juin dernier, un mouvement des citoyens bulgares pour la défense des espaces naturels s'est transformé en grandes manifestations populaires qui essaiment dans tout le pays. Analyse pro-révolution d'une jeune bulgare issue de la société civile.

Une première dans l’histoire de la démocratie bulgare. Ce mois de juin 2012 a vu l’essor d'un mouvement social né autour de la défense des forêts, contre une modification de la loi régissant l’exploitation des ressources naturelles en montagne.

Ce mouvement, composé initialement de jeunes bulgares de 25 à 30 ans, a organisé via les réseaux sociaux des manifestations dans la capitale Sofia pour exprimer le mécontentement populaire et pour demander au gouvernement que la voix du peuple soit entendue. La page facebook du mouvement Occupy Bulgaria a grossi en deux semaines jusqu’à 15 000 fans et ce chiffre continue d'augmenter.

Des manifestations symboliques

Dans un monde impacté par les conséquences de la crise économique mondiale, les manifestants bulgares ont fait naître une révolution au sein de la société civile. Les revendications pour la protection de la nature ont été le déclencheur d’une contestation plus large, celle de toute la classe politique et des médias du pays.

Les manifestants dénoncent une politique gouvernementale servant des intérêts particuliers, faisant régner le sentiment d’impuissance chez les gens ordinaires. Les slogans « Nous sommes la nation  Â» et « Quand l’injustice se transforme en loi, la résistance devient obligatoire  Â» inondent les rues de Sofia pour enfin montrer que le peuple bulgare ne peut plus tolérer la politique de l’intérêt économique.

Ces dernières années, les côtes de la Mer noire se sont vues massivement bétonnées, exploitées et polluées au profit d'un tourisme irresponsable. C'est le contrexemple de ce que veulent les Bulgares à la montagne. D’autant que la jeune génération se tourne de plus en plus vers le tourisme vert, préférant la simplicité à la sophistication des hôtels de luxe aux prix inabordables.

De l'écolo aux vidéos

Les événements ont aussi révélé de sérieux problèmes touchant à la liberté d’expression et la manipulation. Le pouvoir politique a mis les moyens pour décrédibiliser la contestation en organisant des contre-manifestations, en accusant publiquement les jeunes de servir des intérêts particuliers. Dès les premières manifestations du 13-14 juin, des articles ont expliqué qu’ils servent en réalité « une mafia écologique  Â» essayant de mettre la main sur la montagne.

Nous apprenons que des députés du parti au pouvoir GERB, ainsi que le ministère de l’Agriculture, ont été les initiateurs de ces contre-manifestations sous le prétexte de défendre le développement économique du pays. Ces arguments non étayés donnent la preuve d’une manipulation de l’opinion publique par les moyens d’une propagande grossière.

Le scandale médiatique atteint son apogée quand la première chaîne privée bulgare, bTV, s’est trouvée au centre du mécontentement pour avoir diffusé des informations diffamatoires au JT. Les manifestants ont alors brandi des slogans appelant l’opinion à se méfier des médias dominants.

David contre Goliath

Peu à peu le fait que les manifestants ont réussi à prouver leur mécontentement est un acte civil et que les Bulgares refusent d’accepter une politique servant la loi du plus fort.

Cet exemple est significatif de l’avancement de la politique de développement durable et de l’intérêt général au sein du pouvoir. L’échec du sommet de Rio+20 démontre qu’il est encore très réticent à l’idée de modifier le modèle de la domination économique.

Alors, quelles conclusions tirer sur le devenir des pays européens en crise ? Le silence assourdissant du mécontentement ferait-il éclater la matrice de la domination financière ou nous étoufferons-nous avec notre propre colère ?

Tsvetanka Dimitrova, Toulouse France

//Auteur


Tsvetanka Dimitrova
Toulouse, France


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