Un nouveau président serbe, pour quels changements ?
Le dimanche 20 mai, les citoyens serbes ont élu un nouveau président. Tomislav Nikolic a remporté le scrutin au deuxième tour avec quelques 49 %, contre Boris Tadic, le président sortant, qui a eu 47 % des votes.
Cette élection présidentielle était anticipée, suite à la démission de Boris Tadic 9 mois avant la fin de son mandat, afin qu'elle ait lieu en même temps que les législatives, municipales et régionales prévues pour le 6 mai. Cette décision se justifiait par une « économie » de moyens. Un dessin de presse, publié dans le quotidien Blic , représentait Boris Tadic, lors de cette décision, se demandant « Qu'est-ce qui pourrait arriver de pire ? ».
La défaite de Tadic
Ni lui, ni les membres du Parti démocratique, ni les citoyens serbes ne s'attendaient pas à ce résultat. Au premier tour, à 10 000 voix d'écart, il devançait le candidat nationaliste Tomislav Nikolic.
De plus, Boris Tadic bénéficiait de ce qu'on appelle « un bon potentiel coalitionnel », car son parti a gagné assez de mandats au Parlement pour pouvoir convenir de former un gouvernement de coalition avec ses partenaires, ce qui lui a valu le soutien systématique de plusieurs candidats du premier tour.
La revanche de Nikolic
S'il avait été réélu, Boris Tadic aurait obtenu un troisième mandat du président de la Serbie. Bien qu'anticonstitutionnel, ce mandat lui aurait été permis grâce à la nouvelle constitution de 2006, qui prévoit de ne pas compter son premier mandat présidentiel, obtenu au sein de la Communauté d'Etats de Serbie-Monténégro.
Si Tomislav Nikolic avait perdu, cela aurait été la troisième fois. Contre le même adversaire. C'était, peut-être, le plus grand espoir du président sortant – jamais deux sans trois.
Le spectre de Milosevic
Cette suite de mandats de Boris Tadic a justement fait penser aux années 90 et au régime de Slobodan Milosevic. Avec son influence au gouvernement, trop affichée et peu fondée par le droit, Tadic s'est révélé un usurpateur du pouvoir exécutif, et de fait, du pouvoir judiciaire.
C'était d'ailleurs l'opinion de Vesna Pesic , son ancienne collaboratrice dans les rangs de l'opposition au régime de Milosevic.
Aujourd'hui à la retraite de politique et figurant comme commentatrice, Vesna Pesic avait publiquement annoncé son intention de voter pour Tomislav Nikolic, ce qui aurait été inimaginable 5 ans auparavant. Son but était d'empêcher « la création du nouveau dictateur » Boris Tadic. Un certain nombre de citoyens ont adopté cette idée, semble-t-il.
Changement de personnages, pas de système
La peur du « retour aux années 90 », les années de guerre en ex-Yougoslavie et d'une instabilité économique, ont joué un rôle majeur dans toutes les élections après l'an 2000. C'est ce qui avait permis à Boris Tadic et au Parti démocratique de se maintenir au pouvoir.
Cette fois-ci, la déception a emporté. Les espoirs nourris par le changement du régime en 2000 ont peu à peu fané, pendant les dix ans d'une transition mal réussie. On entend souvent les gens dire « Nous avons changé les personnages, mais pas le système », la Serbie est restée un état partocratique et submergé de corruption.
Le choix du pire
Le nouveau président serbe, Tomislav Nikolic, est l'un des « survivants » du régime des années 90. Malgré quelques lourdes casseroles, ancien ultra-nationaliste, ancien collaborateur de Vojislav Seselj (accusé des crimes de guerre en Croatie, Bosnie et Voïvodine et aujourd'hui en procès devant le TPIY), et malgré toutes ses erreurs de parcours révélées lors de la campagne présidentielle (un diplôme de Master falsifié, pour n'en citer qu'une).
A part son corps électoral qui a une continuité sûre, c'est la volonté de punir Boris Tadic qui a provoqué ce résultat. Punir l'arrogance de l'élite au pouvoir, comme Vesna Pesic l'a dit. La punition qui s'est traduite par l'abstention au vote, ou bien, par un vote « contre ».
« Le choix du moins pire », comme on appelait aussi le vote contre les tendances rétrogrades, contre Tomislav Nikolic entre autres, avait déjà apporté les deux mandats de président à Boris Tadic. La troisième fois, le vote de contestation s'est retourné contre lui. C'est finalement ce fameux « pire » qui a été élu.
La vigilance citoyenne
Cette gifle au visage de Boris Tadic est aussi perçue un possible réveil du mouvement civique et de la remise en question de la société entière : où et comment s'est-on perdu depuis la fameuse année 2000 ?
Attendons maintenant les premiers pas du nouveau président. Il sera contraint à une cohabitation avec le gouvernement, vu que son Parti progressiste serbe a peu de chances pour y participer.
Déjà le soir où sa victoire a été annoncée, il a réaffirmé sa volonté de poursuivre l'adhésion à l'UE. Une volonté relativement neuve dans sa carrière d'homme politique, mais qui, en même temps, semble bien acceptée à Bruxelles.
Pour les citoyens serbes, il reste à voir s'il s'agit d'un retour aux années 90. Desquelles ils ne sont pas sûrs d'être jamais sortis.