Poutine, we're still watching you
Les manifestations restent le premier moyen d'expression
Pour Vladimir Poutine, le 4 mars a été un jour de gloire. Il a remporté les Présidentielles avec une majorité de voix dès le premier tour. Une telle victoire pour l'ancien espion du KGB allemand, avec presque 64% de voix, est incroyable. Sans surprise, ce résultat a continué de provoquer des manifestations ces dernières semaines, certaines légales, d’autres non, à Moscou, St. Petersbourg, et dans d'autres grandes villes. L'ancien slogan des activistes « Pour des élections honnêtes » a été remplacé par « Ce ne sont pas des élections, ce n'est pas notre président ». Les russes réclament principalement un nouveau vote, mais également des réformes concernant la justice, le système électoral des régions, et la corruption.
Il faut dire que ces dernières manifestations ne ressemblent plus à celles que l’on a pu voir en décembre 2011 et janvier-février 2012. Les manifestants que l’on a suivis avant le vote sont maintenant beaucoup moins nombreux. Le nombre des participants a baissé de 100 000 à environ 20 000 lors des premières réunions postélectorales en mois de mars. De plus, des centaines de manifestants ont été arrêtés cette fois par la police et l’ « OMON1 », l’unité de force spéciale du ministère de l’intérieur. Ces derniers n’ont pas hésité à utiliser la violence contre des citoyens.
Quelques jours avant les élections, la sociologue Olga Kamenchuk, du centre de recherches « WCIOM » à Moscou, disait: « La période postélectorale est très intéressante, car c'est à ce moment-là que l’on pourra voir si d’autres couches sociales se laissent séduire par les idées des leaders manifestants. »
A première vue cette question semblait avoir perdu son actualité. La révolte donnait envie de croire qu'elle allait s'endormir au jour le jour. On entendait même sonner la fin du mouvement. Mais l'habit ne fait pas le moine. Les activistes se sont retirés simplement pour travailler en sous-terrain sur une nouvelle stratégie. Pour conquérir la liberté d'expression et une vie démocratique loin de la corruption, il faut un vrai programme d'opposition. Et voilà la raison du calme postélectoral dans les rues.
Du côté des examinateurs du scrutin...
C’est la même chose pour ceux qui ont étudié le scrutin: « La vraie influence de ces personnes se manifestera après les élections, et non pas le 4 mars même. » C’est ainsi que s’était exprimée la sociologue Olga Kamenchuk, juste avant le vote, aux 30 000 examinateurs indépendants qui n'avaient pas pu gérer certains cas de fraude. Son opinion allait donc s'avérer vraie.
Ce qui est intéressant de savoir, c’est que ces examinateurs partagent quelques traits caractéristiques avec la classe protestatrice : « Ce gens sont éduqués, financièrement plutôt aisés, et très actifs sur Internet. Ils partagent avec leurs amis des informations sur Facebook et Twitter. » Envoyés par l'organisation indépendante „Golos“, par des partis politiques, par l'“OSZE“ ou encore comme journalistes, ces observateurs étaient chargés de surveiller les bureaux de vote.
Parmi environ 5000 fraudes enregistrées , une méthode de triche a ensuite fait la Une des médias et de la blogosphère, russes en particulier. Il s'agit de la fraude dite « Caroussel ». Petite explication: chaque citoyen russe a le droit de voter sous certaines conditions dans un lieu hors de sa résidence. Selon un membre du parti au pouvoir « Russie Unie » (Edinaya Rossia), chaque fraudeur du système réussissant à voter pour Poutine dans 30 bureaux différents, aurait profité d'un pot-de-vin à allant jusqu’à 3000 Roubles, soit presque 77 Euros. Selon plusieurs observateurs, de véritables équipes ont alors débarqué dans les bureaux de vote. D'où le soupçon de fraude reproché au gouvernement. Quant à Grigory Yavlinsky du parti libéral "Jabloko", seul vrai rival de Poutine, il n'a pas été autorisé à se présenter.
Mais le pire, c’est qu’aucun de ces « observateurs indépendants » n’a été envoyé en Tchétchénie. Cette République séparatiste située au nord du Caucase a l’habitude de fournir un nombre de vote démesurément élevé au parti du gouvernement russe. Cette fois-ci en Tchétchénie , 99,7% des voix étaient pour Poutine .
Presque 64% de voix pour Vladimir Poutine, qu'en pense l'opposition?
Les opposants de Poutine ont d'abord officiellement félicité le nouveau président comme il le fallait devant les caméras. Guennadi Ziouganov, le leader du parti Communiste fut ensuite le premier à contester le résultat du vote. Il a annoncé qu’il était en faveur de l'organisation de nouvelles élections.
Alexeï Navalny, le blogueur devenu célèbre pour sa campagne contre la corruption, mais aussi critiqué pour ses paroles nationalistes, a annoncé qu’il voulait créer une sorte de propagande contre le régime Poutine. Wladimir Ruschkow, du parti libéral « Panas », avait été exclu de la liste électorale au préalable. Il a également critiqué cette victoire : « Poutine et son parti de voleurs et de voyous a gagné les élections d’une façon embarrassante. » Lui aussi est pour de nouvelles élections.
L'oligarque et deuxième vrai gagnant de l’élection, Mikhaïl Prokhorov, a sans doute joué le rôle le plus ambigu parmi les candidats aux Présidentielles. Fidèle à sa réputation de soutien aux projets du Kremlin, Prokhorov avait d'abord exprimé ses félicitations à Poutine lors de sa victoire. Mais seulement deux heures plus tard, l'oligarque a pris le parti de l'opposition en faisant un discours sur la Place Pouschkine à Moscou, place des manifestants. Il a déclaré sous des applaudissements encourageants: « Au moment-même où j'ai posé ma candidature pour ces présidentielles, il était clair que cela allait être falsifié. Je suis en train de créer un nouveau parti politique qui sera complètement indépendant. Et c'est avec ce parti que nous allons gagner les prochaines élections. »
La politologue Maria Lipman a déjà réfléchi à une telle option: « Avec ces manifestations, non seulement la société, mais aussi l'opposition s'est réveillée. Mikhaïl Prokhorov fait partie de ces nouvelles têtes pleines d’ambition, et qui n'ont pas peur. Jusqu'ici, ces personnes engagées politiquement avaient été mises de côté. Mais si à partir de maintenant Prokhorov arrive à gagner des voix, ce qui est probable surtout à Moscou, il a de grandes chances de devenir un nouveau visage politique. »
Pour les six (ou peut être 12) prochaines années, Poutine aura cependant la commande. L’organisation du nouveau cabinet ne sera effectuée qu'après l’ investiture officielle de Vladimir Poutine au mois de mai.
1. Russe : Отряд мобильный особого назначения, Otriad mobilny ossobogo naznatchénia