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Souveraineté alimentaire? Élémentaire mon cher …

manzanas_robcarr_04 (Crédit: Tunelko Cc)manzanas_robcarr_04 (Crédit: Tunelko Cc)

Articles | Publié le 07.04.2011 Deux mots. Vingt-trois lettres. Pas un indice de plus. Suivre la piste de la souveraineté alimentaire n'est pas des plus aisés. Car comme le battement d'aile d'un papillon à Nantes crée la tempête à Brazzaville, elle génère depuis plusieurs années une vague de mécontentements contre les diktats des politiques agricoles libérales parmi les agriculteurs du monde. Est-on en passe de connaitre une révolution agricole mondiale? L'enquête est ouverte.

Souveraineté - du latin superus, qui signifie «supérieur» - est le droit exclusif d'exercer une autorité politique sur une zone géographique ou sur un groupe de peuples1. Alimentaire, du latin alimentarius, est relatif à la manière de s'alimenter, à la nourriture2.

 

Logiquement, donc, la souveraineté alimentaire est un «droit international qui laisse la possibilité aux pays ou aux groupes de pays de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans qu'elles puissent avoir un impact négatif sur les populations d'autres pays3». Le concept est posé sur la table internationale au Sommet Mondial de l'alimentation, en 1996, par Via Campesia (Mouvement Paysan International) comme un contre-pied aux politiques agricoles et commerciales néo-libérales, et il n'a pas fini de faire parler de lui.

 

Les droits des peuples

 

Car se nourrir reste pour beaucoup un luxe dépendant tant de l'offre alimentaire dont dispose un pays, que de la difficulté d'y accéder. Il y a deux semaines, la FAO4 disait tout haut ce que certains appréhendent depuis des mois : une hausse des prix des denrées alimentaires est à craindre, faisant planer l'ombre d'une crise alimentaire, comme en 2008. En cause? Ce bon vieux changement climatique? L'éternelle violation de l'accès à Notre Mère la Terre? L'organisation des marchés agricoles soutenue par l'OMC5? Un «metlingpot» dirait un bon belge. Rien de tout cela, un simple "accident" dirait un libéral impénitent6. Une situation inacceptable, c'est entendu.

 

Que le monde politique se donne bonne figure en annonçant depuis l'an 2000 une volonté de réduire la pauvreté et la faim- l'un des huit Objectifs du Millénaire7 – n'est pas à dénigrer. Mais que plus d'une décennie se soit écoulée et que le nombre de sous-alimentés se soit accru, là le bât blesse. Sur 24.000 personnes qui meurent de faim chaque jour, 10.000 sont des enfants (FAO, 2010). A ce rythme, la Belgique est décimée en 400 jours. La sécurité alimentaire ne suffit pas, il faut un appui politique local pour faire entendre les «droits des peuples»: la souveraineté alimentaire. Sa force? Repositionner les choix stratégiques agricoles au niveau régional pour faire face à l'instabilité des marchés commerciaux internationaux. Ses armes ? Adapter les modes de production, sécuriser les droits d'accès au foncier, voir lancer une réforme agraire. Un brin utopique peut-être, elle a le mérite de replacer l'essence-même de l'agriculture au cœur des débats : l'agriculture est là pour nourrir des populations avant de jouer un rôle commercial et stratégique.

 

Agriculture à visage humain

 

Cela n'est pas si simple, car même prise dans son plus simple élément, l'agriculture actuelle est une jonglerie perpétuelle. Le paysan endosse un rôle complexe dans lequel il doit fournir (de la nourriture), protéger (l'environnement), maintenir (l'emploi), participer (adaptation aux changements climatiques) et lutter (expropriation). Tout en répondant aux enjeux économiques internationaux. Et pas question de croire que la situation est limitée aux pays en développement. En 50 ans, la part des agriculteurs français est passée de 1 pour 3 personnes actives à 1 pour 308.

 

La nécessité d'une réforme du système est imminente, à l'instar de la présentation des nouvelles lignes directives de la Politique Agricole Commune (PAC) par le commissaire européen à l'agriculture Dacian Ciolos (prévue en 2013). Après cinquante ans, les objectifs de la PAC ne répondent plus ou mal aux enjeux de la société. Il se sera plus question d'une économie de marché per se, mais d'un retour à l'agriculture paysanne et soucieuse de l'environnement. Au Nord comme au Sud, le monde agricole est en quête de l'essentiel: subvenir aux besoins de la population. Élémentaire mon cher ...

 

1. Source Wikipedia

 

2. Source Larousse

 

3. Via Campesina

 

4. Food and Agriculture Organisation des Nations Unis

 

5. Organisation Mondial du Commerce

 

6. Henri Nallet, Tirerons-nous les leçons de la crise alimentaire? Dans Comment nourrir le monde, p.21. 2011.

 

7. Les huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ont été adoptés lors du Sommet du Millénaire qui s'est déroulé du 6 au 8 septembre 2000,au Siège des Nations Unies à New York.

 

8. Eurostat

Audrey Duplat, Beersel Belgique