La Bourse: posologie ou effets secondaires
Qu'est-ce que la bourse ? Au départ, c'était une simple place d'échange. En témoigne l'origine du mot, qui, d'après la ville de Bruges, provient du nom de la place Van der Beurse, au cœur de cette même cité. C'est là que, dès le XIVe siècle, les marchands échangeaient leurs biens. À la Bourse, celle de la City, des acteurs achètent et vendent toutes sortes de choses, des produits comme des devises, ou même des taux d'intérêts. initialement, les prix évoluent suivant l'offre et la demande, un produit rare – car prisé – est cher. Mais cette logique imparable doit être confrontée à une échelle internationale, et à des paramètres de temps et des volumes d'argent considérables. Cela entraîne une virtualisation à l'extrême d'un système qui part pourtant de questions très triviales et humaines.
D'où vient l'argent ? Il est placé en bourse par des investisseurs qui entrent dans le capital d'entreprises. Voilà donc des gens comme vous et moi, qui n'y connaissent probablement rien dans le négoce des céréales, et qui pourtant vont jouer sur Glencore1 quand l'envie les en prendra. Cela signifie que les actionnaires sont des sources de financement pour les entreprises cotées en bourse.
Ces actionnaires achètent des actions qui ont une valeur donnée, fixée par des agences de notation. Sociétés privées soumises aux lois de la concurrence (quelle est alors leur légitimité à noter d'autres sociétés ?), elles sont chargées de noter la solvabilité des entreprises emprunteuses, à l'usage des investisseurs. Et plus la note sera basse, plus les taux d'intérêts de l'emprunt seront élevés, et plus l'entreprise aura du mal à se financer.
Pansement placébotique pour portefeuille percé
Voilà comment un jeu virtuel, déconnecté de toute réalité et basé uniquement sur des concepts mathématiques, peut propulser l'économie de la planète dans des périodes de croissance ou de récession, avec les conséquences sur l'emploi et le pouvoir d'achat que l'on connaît. Un tel détachement de la réalité du terrain entraîne tout autant la crise des subprimes américaines, que par ricochet, les plans d'austérité grec et irlandais.
Car le salarié, moins investi dans la santé de son entreprise que l'actionnaire, ne vient qu'après dans la liste des créanciers qu'il faut rembourser en cas de coup dur. Le problème, c'est la croyance dans une richesse infinie car circulant à l'échelle de la planète. Puisque les day traders2 parviennent à amasser des fortunes à forces de micro plus-values quotidiennes, alors pourquoi pas nous ? La dépense n'a plus de limite. L'illustration la plus parlante est la multiplication des crédits renouvelables (ou crédits revolving) qui mettent à disposition virtuelle d'un particulier une réserve d'argent utilisable à tout moment et non attribuée à un achat spécifique. Et le consommateur de se sentir fortuné et confiant quant à «son» patrimoine.
Arrêter de se mordre la queue
Pour pallier cette virtualisation galopante de la finance qui creuse les inégalités sans même s'en rendre compte, les initiatives de finances solidaires fleurissent. Le principe est simple, il s'agit de placer son bien en épargne, auprès d'un établissement financier pratiquant l'épargne solidaire. Les gains réalisés par ce placement seront en partie redistribués à des porteurs de projets ou à des initiatives solidaires de développement (social, écologique, durable). Des banques, des clubs d'investisseurs et des fédérations, se sont organisés autour de ce principe afin de permettre la mise en relation des épargnants avec les bénéficiaires3. Il s'agit là spécifiquement d'un pas vers l'économie collective et de solidarité, qui atténuera peut-être les envolées inconscientes de la finance mondiale.
La finance solidaire connaît aujourd'hui des limites, notamment juridiques, comme on peut le lire dans Le Monde économique du 2 mai dernier. D'un côté, le volume économique des épargnes solidaires est considérablement plus faible que les besoins de financement des initiatives qu'elles aident. De plus, le législateur a choisi de cadrer fortement ces projets bénéficiaires, afin d'éviter les dérives. L'idée a donc besoin de maturation...