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Regards sur la ville

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Tous droits reservéLeandro Martínez
Articles | Publié le 26.03.2012 Dans la salle d’exposition du Cosmopolis, au milieu des projets des architectes madrilènes, les festivaliers ont été invités à en apprendre plus sur le cycle proposé par Manuel Hidalgo (journaliste à El Mundo), « regards sur la ville ». Dans une ambiance décontractée, il a échangé ses impressions et ses réflexions sur la place de la ville dans le cinéma espagnol avec Philippe Bataille (directeur de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes) et David Trueba (réalisateur et chroniqueur à El País).

Pour Hidalgo ce cycle avait pour but de montrer non seulement la ville, mais aussi les rapports humains dans le contexte urbain. Il a insisté sur le terme de « cinéma urbain  ». Sa réflexion se base en partie sur les polars espagnols des années 50, tournés en majorité à Barcelone. La grande ville est alors synonyme de crime et représentative de la montée de l’insécurité.

Dans un autre genre, il a également abordé la ville dans les comédies sentimentales. Les rencontres amoureuses sont possibles grâce au cadre urbain. Toutefois, comme nous le montre le film de Gustavo Tarreto, Medianeras, la ville peut aussi étouffer les rapports humains. L’architecture illogique et déshumanisée dénoncée dès les premières minutes, est selon le personnage principal, responsable des maux de la société : dépressions, suicides, phobies… Cette ville offre un cadre très particulier qui change la donne et réinvente les rapports sociaux.

Pour David Trueba, la ville est incontestablement liée à la famille. On partage un petit logement, que l’on quitte pour reconstruire, avec parfois beaucoup de difficultés, son foyer. Dans Cinq mètres carrés, Max Lemcke nous décrit le drame d’un couple espagnol qui se retrouve sans logement suite à une arnaque immobilière. Sans domicile fixe, le couple est mis à l’épreuve, ils ne fréquentent plus leurs amis, leur vie sociale se dégrade.

Pour nous parler de la ville, David Trueba a évoqué son premier film en tant que réalisateur, La Belle Vie (1996), qui a été tourné à Madrid dans le quartier de son enfance, Estrecho (qui signifie étroit). Celui-ci reflète une ambiance, des souvenirs et représente le décor parfait pour son histoire. Il nous le décrit avec compassion et humour : l’exode urbain et les coutumes des ruraux au milieu de la grande ville, les poules et les moutons qui envahissent les salons, ou le grand-père de Tristan dans La Belle Vie, qui fait les cents pas dans l’appartement car il ne supporte pas l’environnement urbain.

La discussion aurait pu durer des heures car le thème est vaste. Toutefois une dernière remarque a retenu mon attention. Le manque de moyen du cinéma espagnol, dénoncé par Manuel Hidalgo et David Trueba, ne permet pas aux réalisateurs de construire leurs décors. Philippe Bataille conclut que, malgré les difficultés à obtenir des autorisations pour tourner en ville, c’est une bonne chose, car ainsi la ville devient le décor du cinéma espagnol. La ville, ce qu’elle implique concernant les rapports humains, ses rues et ses bâtiments et les souvenirs qu’ils incarnent.

Clémence Hublet, Nantes France