Futures friches fraîches
Après la chute de l'industrie du charbon, la fin de l'électricité, l'expansion des réseaux ferrés, les friches pullulent et les projets de réhabilitation rivalisent de créativité. Et après ? Le passage à une économie de services annonce-t-il la fin des friches ?
Pas encore... Selon Joseph Schumpeter, un économiste autrichien du milieu du XXe siècle, les nouveaux développements de l'industrie tomberont bientôt en friche. Schumpeter basait sa théorie économique sur une croyance fondamentale dans le progrès technique et l'innovation. Elle peut se résumer par le concept de "destruction créatrice". Selon cette théorie, les crises économiques ne sont pas des failles du système capitaliste, mais elles en font partie de façon structurelle. L'innovation et la technologie produisent naturellement des phases d'expansion et de récession, suivant que ces technologies sont en développement ou en déclin.
Musée virtuel
Son concept a fait ses preuves depuis un siècle en Europe. Les innovations technologiques qui émergeaient hier, se produisent aujourd'hui à l'échelle industrielle, et tomberont en friche demain. Imaginons alors quelles pourraient être les futures friches.
L'industrie numérique, en développement depuis la fin du XXe, produit déjà un grand nombre de friches, comme des logiciels désuets, des vieux sites web ou des forums abandonnés.
Par exemple, l'encyclopédie numérique Encarta développée par Microsoft, a disparu en 2009 suite à l'avènement du projet collaboratif Wikipédia. Ou alors, les créations à partir d'images Internet, comme celles de l'artiste Systaime , jouent sur les bugs d'affichage et les failles du site. Cet artiste français a lancé un mouvement d'art numérique, il y a plus de dix ans, pour lequel la réappropriation des codes du Web et la conservation des œuvres virtuelles sont des enjeux majeurs. Ainsi en 2011, la création du Musée des Arts Super Modernes (SuPer Art Modern Museum ou SPAMM) permet la valorisation de ce « design sociétal flamboyant aux couleurs du World Wide Web ».
Minitel art
Au-delà de ces friches virtuelles, les équipements informatiques, répondant à la loi de l'obsolescence programmée, sont en renouvellement permanent. Ainsi, garder un ordinateur de plus de cinq ans devient un acte de conservation du patrimoine.
En juin cette année, le minitel s'arrêtera définitivement, et avec lui son incomparable écran vert, son clavier en relief et le clignotement hypnotique de son curseur. Il fait figure d'antiquité informatique et quelques artistes s'attachent encore à préserver son existence par des œuvres. Stephen Belfond du collectif Jet7 représente par exemple les aventures pornographiques de Justine du Marquis de Sade à l'aide de dessins sommaires et monochromes . Après 30 ans de service, qui aurait pu programmer l'obsolescence de ce vieil ami de la télécommunication ?