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Film indé VS blockbuster

Clément Duboin


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Articles | Publié le 13.02.2012 Interview avec Clément Duboin, coordinateur de production chez Urban Distribution.

Clément Duboin est coordinateur de production chez Urban Distribution*, déjà à l’origine de Girimunho, film en compétition. Dans le cadre des ateliers Produire au sud, il rencontre individuellement des réalisateurs, afin de les orienter sur le marché international.

Quel est le potentiel de vente des films d’art et essai face aux blockbusters ?

Clément Duboin : Il existe deux marchés : un commercial et un indépendant. Forcément, celui des films indépendants ne peut pas rivaliser. On peut néanmoins mettre en avant la valeur ajoutée de ces films: ils sont en dehors des logiques de marché habituel et ont un certain sens artistique. Ce cinéma de “qualité” peut s’autofinancer entièrement ou bien profiter d’aides étatiques.
Le gros problème des films d’art et essai est sans aucun doute leur visibilité. Ce ne sont pas des films commerciaux et malheureusement les aides à la distribution n’existent qu’en Europe, pour des films européens.

Concrètement, comment vend-on un film indépendant ?

Les films d’auteur doivent être labellisés par un festival afin d’acquérir un peu de notoriété. Forcément, un film d’auteur étranger, qui plus est des pays du sud, n’a pas la puissance d’un film commercial. La reconnaissance se fait dans le cadre de festivals comme Cannes, Berlin ou Venise. Ces grands rendez-vous nous permettent de lancer les films en première mondiale. Ils sont ainsi vus par un maximum de monde. Le mieux, c’est qu’ils soient primés, bien sûr. La presse et les distributeurs sont également présents. On en profite pour organiser des “projections de marché”, en marge de celles organisées pour les distributeurs.
Il est important de projeter le film au bon moment, c’est même essentiel. Le week-end central des festivals est primordial, c’est là où il y a le plus de monde. Il faut aussi prendre en compte la programmation pour éviter d’avoir un Spielberg en face d’un film d’art et d’essai par exemple.
Ensuite, il y a toute la promotion. On trouve une identité aux films, on crée des dossiers de presse, des affiches. Les “trades”, journaux destinés aux professionnels comme Screen ou Hollywood Reporter, critiquent les films programmés. Ils font une analyse sur le potentiel de vente des films. En général, ils ont plus tendance à être négatifs, mais ces journaux font partie du processus de promotion.

Où se vendent les films indépendants étrangers, quelles sont les tendances ?

En France, il existe une exception culturelle. Les Français ont un certain goût pour les films d’auteur internationaux. D’autres pays ont des envies plus spécifiques : aux Etats-Unis, par exemple, le cinéma indé latino est assez demandé. En Allemagne, c’est plus le cinéma turc. Cette demande varie en fonction des communautés présentes au sein des territoires, c’est une logique culturelle finalement.

Combien se vend ce genre de films ? Pouvez-vous donner quelques chiffres ?

Les chiffres sont confidentiels, je peux juste vous dire qu’un film indépendant peut se vendre entre 5 000 euros et 1 million, c’est une large fourchette !
En gros, le distributeur met en place un système d’avance sur recette, c’est-à-dire qu’il verse un acompte sur les bénéfices qu’il espère faire en diffusant le film. Il y a ensuite les frais de distribution, les copies, toute la communication, et ce n’est qu’après, en fonction des entrées, que le producteur peut espérer rembourser cette avance.
Finalement, c’est un véritable pari pour le vendeur et le producteur. Personne ne sait d’avance si un film va marcher ou pas.
* Lancé en 2010, Urban Distribution distribue une demie douzaine de films d'auteurs par an, de différents genres, niveau de budget et nationalité.

Clémentine Jurvilliers, Nantes France

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Clémentine Jurvilliers
Nantes, France

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