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Pseudocyesis et vice-versa

Grossese esparanza (Crédit: Vincent Tijms Cc)Grossese esparanza (Crédit: Vincent Tijms Cc)

Articles | Publié le 01.06.2011 Déni de grossesse ou pseudocyesis, appelé aussi «grossesse nerveuse», le cerveau se met parfois à perturber le comportement physiologique de certaines femmes, enceintes ou non. Aujourd'hui, des professionnels médicaux et des associations luttent pour une reconnaissance de ces phénomènes psychiques et pour l'accompagnement des femmes qui en sont victimes.

Lorsqu'un fait divers soulève un fait de société, certains restent dans le déni, d'autres dans la prise de conscience active. C'est le cas des affaires qui ont éclaté au grand jour ces dernières années, ces drames où une femme est condamnée pour avoir mis fin aux jours de l'enfant dont elle vient d'accoucher. La justice considère également comme infanticide le cas des mères qui ne se sentent pas enceintes, parfois jusqu'à l'accouchement, faisant ce qu'on appelle un déni de grossesse. Pas de prise de poids, ni d'interruption de règles, une absence de symptômes physiques qui n'alerte ni la femme, ni son entourage. Chaque année en France, entre 600 et 1 800 femmes sont concernées.

Sophie Marinopoulos, psychologue et psychanalyste à Nantes, explique que « le déni est avant tout un mécanisme de défense psychique. C'est une non prise de conscience de la réalité de la grossesse, la femme ne se considère pas enceinte. Elle va poursuivre une grossesse physiologique en dehors de toute représentation phycgique »1. Il ne s'agit donc pas d'une pathologie, mais bien d'un symptôme qui manifeste une souffrance psychique de la femme.

Double peine

Cette absence de conscientisation de la grossesse peut durer plusieurs mois, mais peut également se poursuivre jusqu'à la naissance de l'enfant. Et c'est là qu'ont lieu la plupart des drames. Car une femme découvrant sa maternité au moment de l'accouchement «va être dans un tel état de morcellement qu'elle va vouloir annuler, non pas l'enfant, mais l'événement "naissance". Pour ces femmes, cette façon de témoigner qu'elles veulent que ça s'arrête fait qu'elles vont tuer l'enfant. Elle sont en train d'agir sans une prise de conscience réelle», analyse la psychologue. Et c'est bien souvent l'intervention judiciaire et policière qui provoque la prise de conscience de l'acte, mais il est déjà trop tard et la machine judiciaire est en route.

L'association française pour la reconnaissance du déni de grossesse (AFRDG ) se bat aussi pour que le déni de grossesse, pour lequel aucun statut juridique n'est clairement défini, soit reconnu par la loi ainsi que par les milieux médico-sociaux et le grand public. Mais les militants Å“uvrent surtout pour défendre juridiquement ces femmes qui, lorsque des drames se produisent, sont alors soumises à la loi sur l'infanticide.  

Un effet nocebo peu connu

On connaît moins le phénomène inverse de ces dénis: la grossesse nerveuse. Ce terme populaire qui n'existe pas dans le vocabulaire médical, désigne le fait d'avoir tous les symptômes de la grossesse, sans le fœtus. Créé en 1923 à partir des racines grecques pseudēs (faux) et kúēsis (conception), le terme pseudocyesis est moins négativement connoté. Ce phénomène a été médiatisé dans le film des frères Dardenne, Le silence de Lorna2, où l'on suit le périple d'une jeune albanaise prise dans un engrenage entre mariages blancs et organisation mafieuse. Méconnu et peu étudié, ce comportement physiologique, est beaucoup moins courant que les dénis de grossesse.

Il est intéressant de rapprocher ce cas de l'effet nocebo (du latin : « je nuirai ») qui signifie se croire dans telle ou telle disposition et influencer plus ou moins son corps négativement par l'action de son cerveau. La légende urbaine d'un homme mort enfermé dans une chambre froide éteinte peut illustrer ce phénomène, à manipuler tout de même avec des pincettes (voir encadré ci-dessous).

De la même manière, lors d'un déni de grossesse, c'est le cerveau qui commande aux muscles du ventre de se tendre afin de ne rien laisser paraître de la grossesse. Lors d'une grossesse, le comportement physique est en grande partie commandé par le cerveau. Ce qui explique que dans l'accompagnement de femmes ayant fait un déni de grossesse, « c'est tout un travail de reconstruction, il faut accompagner la grossesse psychique plus que la grossesse physiologique », conclue Sophie Marinopoulos.

1. Lors d'une interview de Yakapa.be en 2009
2. Production franco-italo-germano-belge, sortie en 2008

------------------------------------------------------Placebo, nocebo et vaudou

Une légende urbaine raconte qu'un marin avait trouvé la mort dans la chambre froide d'un navire de commerce. Enfermé par erreur, lorsqu'on l'a retrouvé après la traversée, il avait trouvé la force de graver au mur le calvaire de sa mort par le froid. Or, le système frigorifique était en réalité éteint… Qu'elle soit réelle ou non, cette histoire questionne l'effet nocebo. Dans un article du New Scientist1, Helen Pilcher rapporte le cas étrange d'un homme qui se serait fait ensorcelé. Admis à l'hôpital pour son état inquiétant, l'homme raconte qu'un sorcier lui aurait fait sentir un flacon pour l'ensorceler. Le médecin invente alors sa propre rencontre avec le sorcier et persuade le patient qu'il a le remède. Alors qu'il était presque mourant, l'homme se rétablit parfaitement.

1. Pilcher Helen, The science of voodoo: when mind attacks body, 13 mai 2009
Mathilde Caillon, Bordeaux France

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Mathilde Caillon
Bordeaux, France

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