Plutôt granule ou cataplasme ?
La phytothérapie, l'aromathérapie, la naturopathie et l'homéopathie sont autant de médecines dites douces ou parallèles qui proposent une alternative au recours systématique à la médecine conventionnelle. Leur principe de base est l'utilisation d'éléments naturels afin de guérir certains maux dans le respect du corps des malades et ainsi pallier l'usage de médicaments traditionnels, davantage agressifs pour l'organisme.
Deux médecines douces ont particulièrement attiré mon attention: d’une part la phytothérapie, qui utilise des plantes fraîches consommées telles quelles (décoctions, tisanes, cataplasmes, couramment appelés «remèdes de grand-mère») où le principe actif est transformé en gélules, gels ou solutions buvables; et l'homéopathie, pratique populaire, qui consiste à administrer aux patients des doses infinitésimales de diverses substances sous forme de granules: végétales, minérales, hormonales ou animales1.
Elles sont fortement diluées de manière à ne pas être toxiques, l'homéopathie étant basée sur un principe de similitude. En effet, selon les fondateurs et spécialistes de cette médecine parallèle, un produit toxique dilué à l'extrême peut guérir les maladies qu'il provoque à l'état brut. Des traces de poisons peuvent donc être décelées dans les inoffensives petites granules que nous gobons en toute confiance. Rassurant.
Une efficacité controversée
Les médecines parallèles ont leurs adeptes et leurs détracteurs, ces derniers considérant que les résultats obtenus lors de cures naturelles relèvent plus de l'effet placebo que d'une réelle action médicamenteuse. Ils soutiennent que bien souvent, la guérison provient d'une réaction naturelle de notre corps, qui parvient à lutter seul contre des maladies bénignes. Adopter des comportements plus sains peut également entraîner des changements physiologiques et aider à la guérison, comme une alimentation qui comble certains déficits: une meilleure nuit de sommeil, moins de stress, etc.
Ainsi la prise de médicaments quels qu'ils soient ne serait pas toujours nécessaire, sauf qu'apparemment nous guérissons mieux et plus vite lorsque nous sommes persuadés d'avoir pris un médicament. L'effet placebo se dévoile donc dans toute sa splendeur, le psychisme ayant une importance capitale dans le soulagement de nos divers maux.
Les effets de l'homéopathie, médecine non-conventionnelle déchaînant les passions, furent étudiés à la loupe lors d'une étude devenue célèbre menée en 2005 par huit chercheurs suisses et britanniques2. Ils ont effectué une analyse des publications médicales de dix-neuf banques électroniques afin de comparer l'effet placebo à l'homéopathie et l'effet placebo à la médecine conventionnelle sur soixante-cinq courageux patients. Les résultats de cette étude, publiés en août 2005 dans The Lancet (revue médicale britannique), ont mis en évidence la similitude des effets quasi nuls de l'homéopathie et du placebo sur les patients, contrairement à la médecine conventionnelle qui se révéla d'une terrible efficacité.
Suite à ces révélations, le laboratoire Boiron, leader français de l'homéopathie, s'insurgea contre la revue britannique et reprocha aux chercheurs d'avoir écarté certaines séries d'essais pour ne retenir dans leur analyse que celles qui leur permettaient d'aboutir à une conclusion défavorable pour l'homéopathie. Il juge leurs résultats erronés et rappelle qu'un rapport préliminaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l'homéopathie présente des conclusions favorables à l'usage de cette médecine alternative. S'ensuit une réplique de The Lancet qualifiant le projet de l'OMS de «propagande pro-homéopathique», ce qui ne fait pas avancer le débat.
Homéo-addict
À l'échelle de l'Europe, continent faisant le plus large usage de l'homéopathie, elle est la médecine alternative préférée des Français et des Allemands3 (rappelons que Samuel Hahnemann, fondateur de l'homéopathie, développa son concept en Allemagne vers 1792). Ils en consomment chaque année un peu plus, cette option thérapeutique bénéficiant visiblement de l'intérêt croissant pour un retour à une vie saine et naturelle.
L'inefficacité des médecines parallèles déclenche régulièrement des polémiques au sein du milieu médical. Cependant, la question de l'utilisation de traitements alternatifs possiblement placebotiques plutôt que de molécules actives pour soigner les douleurs bénignes de la vie quotidienne mérite certainement d'être discutée. L'effet placebo agirait également lorsque l'on sait qu'il s'agit d'un placebo, pourquoi donc s'en priver?