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Un sacré pouvoir

Statues des Rois Catholiques en Espagne

Manolo Blanco , Array
Creative CommonsManolo Blanco
Articles | Publié le 11.10.2011 Longtemps considérés comme la classe dirigeante des nations d’Europe, les dynasties royales n’ont plus le réel pouvoir de gouverner de nos jours. Parmi les douze derniers royaumes que l’on dénombre encore en Europe, on ne trouve guère de monarchie absolue, de droit divin, ni de cuissage, ni de servage. En tout cas, pas tels qu’on en connaissait à l’époque féodale.

Knèze slave, Freiherr allemand, Sébastokrator byzantin, Beg albanais, Kende magyar, Voïvode slave, Basileus grec, Khan ottoman... les titres des souverains, monarques et empereurs sont nombreux à travers l’histoire de l’Europe.
Nos monarques modernes ont désormais un autre rôle, davantage symbolique. Le fonctionnement des monarchies constitutionnelles parlementaires, régime politique en cours dans toutes les monarchies européennes, à l’exception du Vatican, signifie que le chef de l'État est le monarque en exercice. Mais le pouvoir exécutif y est détenu par le gouvernement, appartenant à la même couleur politique que la majorité parlementaire.

Le Roi est mort...

À travers le temps et les lieux, les États ont assis leur stabilité politique grâce à la continuité du pouvoir royal. Tous les symboles concourent à faire perdurer, au-delà de sa personne physique, la figure du monarque.

À l’époque du Royaume de France, le sacre du Roi en la cathédrale de Reims était une cérémonie extrêmement codifiée. Le serment, l’adoubement, l’onction par l'huile sacrée issue de la Sainte Ampoule, le chant du Te Deum ou les insignes royaux, tous ces symboles participaient à placer le Roi au-dessus du commun des païens et assurer l’immortalité du pouvoir divin.

Le sceptre royal, par exemple, est le symbole du commandement. Terminé par une fleur de lys pour les Rois de France, il est orné d’une dent de narval pour l’Empire d’Autriche et d’une croix ou d’une colombe pour le Royaume d’Angleterre. Ainsi, pour s’assurer que « le trône ne serait jamais vide » et prévenir toutes guerres civiles sur la succession, Édouard Ier d’Angleterre s’est retrouvé roi sans même le savoir. Il était en croisade à Tunis lorsque son père Henri III est décédé sur le trône en 1272. Édouard apprit à son retour la mort de son père ainsi que son règne fictif.

… vive le président !

Les symboles de l’immortalité du pouvoir sont toujours très présents dans nos démocraties très républicaines. Lors de la cérémonie d’investiture de François Hollande en mai 2012, malgré la Révolution française et l’instauration d’une Ve République, de nombreux médias et commentateurs politiques parlaient de « l’intronisation Â» du nouveau président .

Un mot qui ne paraît pas si exagéré à voir les fastes du Palais de l’Élysée et du cérémonial de la passation des pouvoirs qui eut lieu le 15 mai dernier. « On est dans le plus pur rituel républicain [...] qui montre la continuité de l'État par-delà l'alternance Â», commentait le très sage Laurent Bellini, ancien chef du protocole au ministère des Anciens combattants, sur le Huffpo .

Pas si sûr. Grands rideaux rouges, colonnes dorées, toiles de maître, musique classique... ne manquent que les perruques et l’archevêque de Reims pour remettre au nouveau coprince du royaume d’Andorre la médaille de proto-chanoine de la cathédrale Notre-Dame d'Embrun, titre honorifique qui revient à tous les présidents de la République et fut donné pour la première fois à Louis XIII. Avant que notre monarque républicain ne pose en majesté dans les jardins de son palais pour régner sur toutes les mairies asservies à son pouvoir très démocratique.

Emmanuel Lemoine, Nantes France