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Démocratie absolue

Portrait de la Reine Margrethe II

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Articles | Publié le 11.10.2012 Régnant depuis 40 ans, la reine danoise jouit d'une grande popularité. Est-ce simplement dû à sa personne, ou à l'histoire d'un pays qui a su concilier démocratie et monarchie?

Son Altesse Royale Margrethe II de Danemark et sa famille occupent une place spéciale dans le cœur et l'esprit du peuple danois. La société danoise s'enorgueillit d'être l'une des sociétés les plus égalitaires au monde et veille à l’égalité entre les sexes, les races et même de fortune. Malgré cet amour de l'Égalité, le peuple danois adore la famille royale. Margrethe et sa famille représentent pourtant un concept à l’exact opposé des idéaux de démocratie et d'égalité entre êtres humains. L'idée que la position privilégiée de certains individus soit acquise à la naissance est un paradoxe au cœur de la démocratie constitutionnelle danoise.

L'essor de la démocratie

En 1849, le roi Frédéric VII signe la première constitution démocratique du Danemark. Cela met fin à près de 250 années de monarchie absolue et permet de transférer la majeure partie du pouvoir législatif au Parlement récemment établi, le Folketing. Le roi conserve le contrôle du pouvoir exécutif et nomme un gouvernement qui exerce en son nom. Ce que Frédéric VII ne réalise pas, c’est que près de 50 ans plus tard la nouvelle démocratie aura privée la royauté, autrefois si puissante, de presque tous ses pouvoirs, laissant les rois et reine du Danemark comme représentants purement symboliques.

Mais que se passe-t-il lorsque le Folketing élu entre en désaccord avec le gouvernement ? C'est ce qui advient entre 1885 et 1894, lorsqu'en pleine crise budgétaire, le Premier ministre néglige la voix du Parlement en rejetant chaque année le point de vue des élus, préférant établir des décrets financiers provisoires. Après son départ, le parlementarisme est introduit au Danemark. Selon ce principe, un gouvernement ne peut pas rester au pouvoir si la majorité du parlement s'y oppose. Cela réduit considérablement le pouvoir du monarque, qui est désormais contraint de nommer une équipe gouvernementale qui convient à plus de la moitié des parlementaires.

Une Reine symbolique

Son Altesse Royale Margrethe n'exerce peut-être aucun pouvoir direct, mais officiellement, les pouvoirs exécutifs et législatifs reposent encore entre ses mains. Elle nomme chaque nouveau ministre et reçoit les démissions formelles de ceux qui abandonnent leur poste. Après chaque élection, la Reine rencontre tous les chefs de parti au sein du Parlement. Chacun recommande une personne et la Reine nomme celle qui obtient le plus de soutiens. L’heureux élu est alors chargé de former un nouveau gouvernement. La Reine rencontre également les ministres tous les mois afin de ratifier l'ensemble des nouvelles lois.

En dehors de ces tâches formelles, la Reine occupe beaucoup d'autres fonctions liées à son rôle de chef d'état symbolique : elle reçoit les dignitaires étrangers, représente le Danemark au cours de visites officielles à l'étranger et remet médailles et ordres.

Quelle que soit la fonction occupée par les membres de la famille royale, les opinions politiques des uns et des autres ne sont jamais exprimées. La Reine et ses proches représentent un point de rassemblement pour tout le peuple danois, de tous genres et de toutes opinions politiques. Un monarque danois exprimant une préférence politique se retrouverait en opposition avec tous les autres points de vue présents au Danemark. Ainsi, dans un pays qui prône la liberté d'expression, les premiers citoyens de l'État ne peuvent prendre part aux débats politiques.

Le futur de la monarchie danoise

Bien que la Reine Margrethe et sa famille soient appréciées par un grand nombre de Danois, tous ne sont pas favorables à la monarchie. La population semble se diviser en trois grandes catégories : les royalistes, les républicains et les pragmatiques.

Les royalistes considèrent la monarchie comme un élément essentiel de la culture danoise, et comme un système qui rassemble tous les Danois. Les républicains pensent, au contraire, que cela va à l'encontre de la démocratie moderne d'avoir un chef d'État qui obtient le pouvoir par la naissance plutôt que par la voie élective, la voix du peuple.

Les pragmatiques, quant à eux, se concentrent sur le côté pratique : notre Reine est talentueuse et appréciée de la plupart des Danois. Ils considèrent qu'être dirigé par une famille royale n'est pas plus coûteux que d'élire un-e président-e. De plus, un-e président-e pourrait s'avérer être un personnage qui divise plutôt qu'un symbole de l'unité danoise.

À ce jour, une majorité de Danois soutient la monarchie. Mais ce soutien est en grande partie dû à la grande popularité de la Reine. Un successeur ne disposant pas de cette qualité pourrait amener les pragmatiques à entrevoir les avantages d'un-e président-e, qui, lui, peut être destitué...

Elias Helfer, Slagelse Danemark