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Royaume-Uni  | 

Aux souvenirs salés de sa majesté

Reine Elizabeth II d'Anglaterre


Creative CommonsDauvit Alexander
Articles | Publié le 11.10.2012 Au Royaume-Uni, la restriction budgétaire touche toutes les bourses, y compris celles de la Couronne. Malgré les fastes du récent jubilé et autres mariages princiers, les finances de Buckingham ne sont pas au mieux. Les produits dérivés ne permettent même pas de mettre du beurre dans les épinards de sa Majesté, et pour cause, ils ne lui rapportent rien. Etudes chiffrées du budget royal...

Mener un train de vie royal ne s'improvise pas. La reine d'Angleterre Elisabeth II en sait quelque chose. Un seul coup d'œil sur son rapport annuel de finances suffira à vous faire frémir. La liste des dépenses est interminable, quand ce ne sont pas des millions de livres sterling dépensés dans l'entretien de ses multiples propriétés, la reine claque des fortunes en frais de bouche, entre banquets, réceptions, soirées de gala, etc.

Pour équilibrer ses finances, la famille royale anglaise compte aussi sur les touristes. Ces êtres friands d'objets ridicules, comme la tasse Tower Bridge et le magnet Big Ben qui ornent depuis toujours les maisons de nos grand-mères, souvenirs rapportés d'un lointain séjour linguistique. Tous ces objets font partie de ce qu’on appelle le merchandising royal, un marché sur lequel la concurrence fait rage, entre magasins de souvenirs, vendeurs à la sauvette et boutiques de musées.

Ce que le touriste ne sait pas lorsqu'il arbore fièrement son tee-shirt « God save the Queen Â», c'est que pas un seul penny n’ira dans les comptes de la famille royale. Il en est de même pour le Teddy Bear maladroitement déguisé en Horse Guard. Son prix élevé ne servira malheureusement jamais à nourrir un des corgis de sa Majesté, mais à entretenir et gérer le patrimoine et les collections d'art.

Windsor, l'argent rentre

La majorité du patrimoine royal ouvert aux visiteurs est géré par plusieurs organisations publiques à but non lucratif. Royal Collection, l’une d'entre elles, gère Buckingham Palace et le château de Windsor, entre autres. Elle est chargée d'y accueillir les touristes, d'organiser des expositions, de gérer les collections, et tout ça sans recevoir aucune aide publique. Seuls les revenus générés par la vente de tickets, de repas et de souvenirs assurent la pérennité des lieux.

Pour avoir reçu environ deux millions cinq cent mille personnes dans ses six domaines royaux, Royal Collection a généré un profit de près de treize millions d'euros sur l'année fiscale 2011-20121 . Une somme principalement due aux vingt-quatre euros dépensés en moyenne par chaque visiteur2 . Des sommes non négligeables mais bien loin d'être suffisantes pour assurer la rénovation du palais de Buckingham, estimée à environ quarante millions d'euros3. D'où la proposition de plusieurs parlementaires anglais d'accroître le nombre d'heures d'ouverture au public des propriétés royales.

Diamant dans le placard

Quarante millions d'euros, c'est aussi la somme gracieusement attribuée à la famille royale pour subvenir à ses besoins considérés par un nombre croissant d'anglais comme injustifiés4. Pas de quoi refroidir les monarques, ravis de fêter en grande pompe le mariage du prince William et de Kate Middleton l'an dernier, ainsi que le jubilé de diamant célébrant cette année les soixante années de règne d'Elisabeth II.

La population se rassure comme elle peut. Les médias affirment que la majeure partie des festivités du jubilé fut financée grâce à des dons et des partenariats. Seuls les coûts liés à la sécurité de l'événement n'ont pas été révélés, probablement afin d'éviter de choquer les républicains britanniques.

Au delà du débat sur le coût d’organisation, il est impossible de ne pas mentionner les bienfaits économiques de ces deux événements majeurs. Des centaines de milliers de spectateurs et de touristes ont afflué vers Londres à chacune de ces occasions. Qui dit touristes dit aussi hôtels, restaurants, magasins et dépenses en tous genres.

Parmi ces dernières, il faut compter les achats de souvenirs, passage incontournable de la capitale anglaise, vendus dans des dizaines d’échoppes à travers toute la ville. Bien qu’il soit difficile de chiffrer le montant total des ventes de souvenirs et autres produits dérivés, le Centre for Retail Research (centre de recherche du commerce de détail) s’est livré à une évaluation des ventes liées au jubilé de diamant en juin dernier. Au total, presque 280 millions d’euros5 auraient été dépensés au cours de ce long week-end festif, rien qu’en souvenirs ! A l’inverse des monarques et des contribuables, le secteur privé peut se targuer d’avoir réalisé une excellente opération financière en seulement quelques jours !

Environ deux millions de stylos souvenirs, douze millions de pièces commémoratives, cinq millions de tasses et autre vaisselle à l’effigie de la reine, etc. Et ce n’est qu’un extrait de la longue liste d’objets vendus.

Les étrangers en manque de bibelots anglais peuvent compter sur les commerçants en ligne pour leur fournir tout l’attirail du parfait admirateur de la chère Elizabeth II. Mine de rien, la vente à distance représente environ 56 millions d’euros de chiffre d’affaires, toujours selon une estimation du Centre for Retail Research.

Royales royalties

Après avoir évoqué de tels montants, on peut légitimement s’attendre à voir les coffres royaux se remplir des dividendes de ces ventes. C'est notamment le cas pour notre Johnny national avec ses fameux tee-shirts ou encore les Angry Birds, dont les produits dérivés ont rapporté en 2011 à son créateur finlandais Rovio la coquette somme de 25 millions d’euros6. Si ces produits dérivés rapportent tant, c’est tout simplement parce qu’ils sont soumis à des licences d’exploitation, obligeant chaque société à reverser des droits pour l’utilisation d’une image appartenant à un tiers.

Ce qui devrait en théorie être le cas pour la famille royale ne l’est en réalité pas du tout. Le Lord Chamberlain’s Office, un des bureaux d’administration des affaires de la famille royale, est chargé de donner l’autorisation aux revendeurs d’utiliser l’image et les emblèmes des monarques. Une fois obtenue, cette autorisation équivaut à une licence libre, sans contrepartie monétaire pour les ayants droit.

Ni les souvenirs, ni le patrimoine royal ne suffiront donc à payer la nouvelle Bentley du prince Charles. Il s’avère que la famille royale est incapable de s’autofinancer. Tout juste arrive-t-elle à maintenir en état ses nombreuses propriétés, il ne faudrait pas non plus lui demander de règler ses autres dépenses, par exemple les 7,6 millions d’euros pour ses transports (voyages privés, visites officielles…) au cours de l’année 20117 .

Une bonne raison pour le gouvernement britannique d’imposer aux Windsor le gel de leur budget jusqu’en 2015, ce dernier étant pourtant en large baisse depuis une dizaine d'années. Au Royaume-Uni, la monarchie a désormais un prix, celui de la restriction budgétaire.

1 D’après le rapport annuel 2012 du Royal Collection, p.53.
2 D’après le rapport annuel 2012 du Royal Collection, p.51.
3 Sam Jones, The Guardian, 27 janvier 2009.4 Patrick Worall, Channel 4 – The FactCheck blog, 1er juin 2012.
5 D’après une étude du Centre for Retail Research, 2012.
6 Stuart Dredge, The Guardian, 7 mai 2012.
7 Carolin Davies, The Guardian, 2 juillet 2012.
Vincent Poisson, Nantes France

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Vincent Poisson
Nantes, France

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