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Dans le « O » d'Europa

Dans le « O » d'Europa
Stéphanie Kilgast, Array
Edito | Publié le 07.12.2010 Je pourrais commencer cet édito en essayant de trouver des raisons communes qui poussent la jeunesse européenne dans la rue. Après les Français, les étudiants et les lycéens britanniques et italiens protestent contre les réformes de leurs gouvernements. Mais ne sont-ils pas uniquement l'écho d'une société en perte de repères sociaux et économiques ?

J'aurais pu, mais ce n'est pas ce genre de commentaires d'actualité que vous trouverez dans ce magazine. Nous sommes libres de choisir les sujets traités ici et, à plus forte raison pour un bimestriel, indépendants de l'actualité. Le journal que vous tenez dans les mains expérimente sans cesse un processus démocratique de journalisme.

D'ailleurs nous avions déjà eu par le passé l'idée d'ajouter une nouvelle rubrique qui aurait pu s'appeler Dans le « O » d'Europa, pour ouvrir aux lecteurs les coulisses de la rédaction, les secrets de fabrication d'un journal de travers, les scandales du gouvernement de notre mini-démocratie. Et puis, nous nous étions finalement auto-censurés, nous disant : « qui est-ce que cela va intéresser ? Et qu'est-ce qu'on va bien pouvoir y mettre ? » Nos rushs de bouclage, nos échanges de mails à la con, nos 17m² d'espace de travail, le top 10 des chansons de nos tournées de distribution… des scoops qui n'en sont pas.

En fait, en distribuant le magazine pendant ces fameuses tournées de distribution régionale, on se rend compte de ce que les lecteurs savent d'Europa. Et on se dit que ce genre de rubrique ne serait pas superflu. On a tout entendu sur notre association : une entreprise basée à Bruxelles, un journal national fait depuis Paris, avec dix journalistes professionnels… Car honnêtement, lecteur, as-tu déjà pris le temps de faire ce par quoi tout citoyen digne de ce nom devrait commencer en ouvrant un journal : décortiquer l'ours, cette section commune à tous les journaux où la rédaction présente les siens (« they are ours »). Ou du moins y jeter un œil, avec le souci de savoir qui sont ces personnes qui m'informent ? Honnêtement, nous avons aussi à progresser sur la transparence et l'ouverture de notre « journalisme participatif et citoyen » et sur la présentation des personnes qui font Europa : des étudiants à l'insatiable soif de savoir, des poètes malades de graphisme, des tarés d'info, des fous de voyages et des adeptes pratiquants de l'échange interculturel.

En attendant, voilà un dossier sur une démarche commerciale noble que l'on prend pour acquise mais dont les différents modèles montrent leurs limites : le commerce équitable (p.18). Notre reportage photo est également lié aux rapports Nord-Sud, puisqu'il traite indirectement de la place des femmes et de leur rôle central dans l'économie africaine. Une coopérative textile d'Afrique du Sud, créée par des femmes à l'époque de l'apartheid, est aujourd'hui oubliée des événements sportifs internationaux (p.12). Enfin deux enquêtes sur la place des minorités en Allemagne (p.22) et au Kosovo (p.24). Des situations singulières et complexes à mettre en miroir avec les questions d'identités nationale et européenne, décryptées par un linguiste d'origine luxembourgeoise dans notre Face à Face (p.10). Bonne lecture.

Emmanuel Lemoine, Nantes France