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Afghanistan  | 

Kaboul, une ville sans guerre apparente

Dans les rues de Kabul
Image extraite du documentaire Petite Afghanistan de Bassir Sirat.


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Articles | Publié le 13.02.2012 série de cinq films courts dans le cadre du projet Les Ateliers Varan, 2010/2011, réalisateur: Anne Lefort

L’Afghanistan, tout le monde connaît. Quelle l’image s’en fait-on ? Pour la plupart des occidentaux, celle d’un pays en guerre, entre les mains des Talibans. Les Ateliers Varan ne réduisent pas le peuple afghan à une simple population de barbus extrémistes, ils font le choix de la réalité.

Pédagogie du réel

Depuis 2006, les Ateliers Varan ont investi l’Afghanistan et sa capitale, Kaboul, en montant des  ateliers de formation à la réalisation documentaire. Le but : former de jeunes cinéastes dans un pays où il n’y a pas d’école du 7ème art. À l’origine du projet : Séverin Blanchet, un cinéaste français, qui trouve des financements, jusqu’à sa disparition dans un attentat à Kaboul, en 2010. « Aujourd’hui, les plus gros financeurs sont les ONG »  explique Yves de Peretti, réalisateur de documentaires. À l’issue de quatre sessions de formation, les Ateliers Varan ont produit 25 films qui montrent l’Afghanistan tel qu’il apparaît à ceux qui en sont imprégnés. « Un reportage, lorsqu’il est tourné par des occidentaux, renvoie davantage à l’image qu’ils ont du pays, à leurs a priori, au détriment de la réalité du terrain. » Dernière production en date : Dans les rues de Kaboul, une série de cinq films courts tournant autour de l’idée du déplacement et réalisés en 2010 et 2011.

La réalité en toile de fond

On aurait pu imaginer des conditions de tournage compliquées. Malgré la dangerosité des rues de Kaboul, la ville reste l’endroit le plus sûr du pays. Un lieu assiégé par les armées du monde entier, mais en “paix”. Pour Anne Lefort, ancienne compagne de Séverin Blanchet, « la difficulté ne réside pas tant dans les conditions de tournage, que dans le fait qu’une femme puisse tenir une caméra ». Dans une société afghane aujourd’hui encore très patriarcale, les hommes tolèrent difficilement une telle prise d’initiative. C’est d’ailleurs dans un souci de parité que les Ateliers Varan souhaitent qu’il y ait autant de femmes que d’hommes au sein de leurs formations.
La démarche de ces ateliers est avant tout de montrer des vérités du quotidien : « Quand on est sur place et qu’on compare ce qui se passe dans le pays à ce qu’en disent les médias occidentaux, on se rend compte que la réalité est déformée. Varan, c’est le regard d’un Afghan sur son pays. Nous souhaitons montrer des écritures. Les films sont basés sur de vraies relations : le rapport qui existe entre un filmeur et un filmé. Les réalisateurs ont de véritables principes moraux, ils ne mentent pas aux gens pour avoir des images. »

Regard extérieur

Frédéric Barbe, professeur à l’Institut de géographie et d’aménagement régional de l’Université de Nantes, travaille avec la Licence 2 Géographie du développement. Avec ses étudiants, il a assisté à la projection des cinq films courts sur l’Afghanistan. Pour l’un de ses élèves : « Avant de voir ces documentaires, l’image que j’avais de l’Afghanistan se résumait à celle que nous montrent les médias. » Mais à travers ces films qui se déroulent dans les rues de Kaboul, l’Afghanistan est vu de l’intérieur, avec l’œil de ses habitants, et pas à travers le prisme de l’occident. Les images qui défilent ne sont pas celles d’un pays en guerre, dans lequel régnerait le chaos et l’insurrection : « Malgré le conflit qui existe, la pauvreté, les gens dégagent une certaine joie de vivre, il y a beaucoup d’humour. » Frédéric Barbe livre son point de vue de géographe : « Quand on regarde ces documents, on voit une grande ville qui s’étale, on a vraiment l’impression que ça bouillonne, le conflit entre les voitures et les autres moyens de transport est très présent. Les films sont tournés dans différents quartiers, mais on ne sait pas vraiment où on est. Les routes défoncées, les conditions de vie renvoient à une image médiévale de la ville. On sent qu’il y a des personnes qui désirent évoluer. Notamment dans le film sur les policiers vivant à quatre dans 10 m2, et qui souffrent de leur condition car ils n’ont pas d’instruction. Ils aspirent à une vie meilleure à travers leur volonté d’apprendre le calcul. Finalement, on s’aperçoit que la population est très hétérogène en Afghanistan, et que malgré tout, ça marche ».

Jonathan Gerin, Nantes France