Accueil Journal Europa | Formats | Dossiers | Le Festival des 3 Continents | Cours, Mina, cours

Iran  | 

Cours, Mina, cours

Jafar Panahi

Tous droits reservéJohan Fel
Articles | Publié le 16.01.2012 Avec Le Miroir, le réalisateur iranien Jafar Panahi plonge son spectateur dans Téhéran. Mina, une petite fille, sert de guide. Mais le titre l'indique : il ne s'agit que d'un reflet, d'une image pré-construite.

La grille de l'école primaire s'ouvre. La journée s'achève. Les enfants s'échappent en courant. La scène est banale et pourrait se retrouver à toutes les époques. Elle est tellement commune qu'elle est anecdotique en ouverture d'un film. L'image est simple : les grilles s'ouvrent ; la pellicule du film se met en branle ; c'est le début. Jafar Panahi a choisi d'ouvrir son Miroir de cette manière. Projeté pour le cérémonie de clôture du festival des Trois Continents, le film est un hommage clair à la puissance de l'art. Son titre le suggérait déjà : il ne faut pas croire ce qu'on nous montre.

La petite Mina se retrouve seule à la sortie de son école. Abandonnée ? En tout cas, sa mère n'est pas venue la chercher et elle va devoir s'en sortir seule pour retrouver le chemin de la maison. Dont elle ne connait pas l'adresse. La première partie du film se déroule ainsi, à suivre Mina courant, prenant le bus, montant sur une moto, sortant, hésitante sur la meilleure route à prendre et certaine d'apercevoir à certains instants sa mère. Ces errements lui permettent d'être confrontés à toutes les couches de la société iranienne : le contrôleur de bus, la personne âgée attentive, une multitude d'anonymes. Elle rencontre surtout toutes les difficultés d'une jeune fille. Elle doit trouver son chemin seule, en se méfiant.

Changer de rôle

L'image renvoyée du Miroir est cette société iranienne aimée profondément par Jafar Panahi. Ce qu'il dessine dans ce film n'est pas une critique acerbe mais un regret. Un regret que chacun doive jouer un rôle qui n'est pas le sien. Voilà pourquoi, en milieu de film, Mina devient rebelle. Elle s'insurge contre la puissance directrice de la caméra, contre le réalisateur lui-même. Elle ne veut plus jouer. Elle ne veut plus affronter cette frontière fiction-réalité.
On retrouve bien les problématiques récurrentes de Jafar Panahi, notamment celles de Hors-Jeu, dans ce film : le jeu, la transgression et le vivre ensemble. Difficile pourtant de croire qu'il s'agit de son premier, tant Le Miroir fait montre d'une prouesse éclatante : l'artifice qui démonte l'artifice. Panahi réussit un joli film grâce à ces tuyaux qu'il montre. Grâce aux subterfuges dont il ne fait pas mystère. Le miroir est l'antithèse de la transparence. Et c'est parce qu'il montre qu'il cache ; qu'il prouve ce qu'il montre. La transgression est le meilleur chemin pour rentrer chez soi.

Côme Tessier, Nantes France