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Je m'voyais déjà en haut de la friche

En 2010, quand Essen était la capitale européenne
de la culture, 2,21 millions de personnes ont visité la mine et la cokerie du Zollverein.


Tous droits reservéMatthias Duschner
Reportages photo | Publié le 20.06.2012 La ville allemande d'Essen, capitale européenne de la culture en 2010, a réhabilité son ancienne mine de charbon. Die Zeche Zollverein symbolise la réussite des projets de réhabilitation des friches industrielles.

135 ans et toujours bonne mine

Au début du XXe siècle, la mine du Zollverein, remarquée pour sa "beauté", était une des plus rentables d'Europe. Les premiers gisements de charbon ont été exploités entre les années 1851 et 1900. Plus de 5 300 mineurs travaillaient sur trois sites différents.
En 1932, les activités du site sont concentrées dans une fosse. Avec une production de 12 000 tonnes de charbon par jour, Die Zeche Zollverein devient la mine la plus importante de la Rhénanie du Nord-Westphalie.
De 1957 à 1961, le bâtiment de la cokerie est construit d'après les plans de Fritz Schupp, à l’ouest du puits XII. Ce dernier a été conçu sur le modèle des œuvres des courants architecturaux du Bauhaus (1919, Walter Gropius) et du Form Follows Function (1852, Greenough).
Après son agrandissement dans les années 1970, 10 000 tonnes de charbon sont transformées pour produire 8 600 tonnes de coke. Avec 304 fours qui tournent à 1 250 °C, les gaz en combustion, mélangés à la coke, permettent de produire de l’ammoniac, du benzol brut et du goudron. À son apogée, la cokerie emploie environ mille ouvriers.
À la fin de l'année 1986, les activités de la mine cessent ; celles de la cokerie prennent fin le 30 juin 1993.
En 2001, les puits I, II, XII, XIII et la cokerie de la mine du Zollverein sont reconnus monuments historiques selon le classement établi par l’UNESCO.

Silke Höper est responsable des relations presse à la fondation Zollverein. Pour le Journal Europa, elle revient sur l'histoire du lieu et détaille les ambitions de ce mastodonte touristico-culturel.

Europa : Quelle est la mission de la fondation Zollverein ?

Silke Höper : La fondation Zollverein a été créée en 1998. Elle a pour objectifs la mise en valeur du patrimoine et l'entretien de l'ancien site de gisements miniers et d'exploitation du charbon, le Zollverein. La fondation prend en compte la réhabilitation, la conservation et la mise en valeur des monuments situés sur ce site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Quel a été le rôle des contributeurs du programme de l’IBA1 auprès du Zollverein ?

L’IBA a joué un très grand rôle dans la mise en valeur de la mine et pour la réhabilitation de la cokerie du Zeche Zollverein. Ce programme consiste encore à préserver les grands vestiges industriels, et ce, dans une démarche d'ouverture au public. Pas question de laisser ces sites à l’abandon comme cela a souvent été le cas. À leur fermeture, il fallait les conserver, les transformer, les aménager pour en faire un lieu de découverte pour le public. L’IBA a permis de sensibiliser le public à la réhabilitation de tous ces sites industriels.

Qui finance la conservation de la mine du Zollverein?

Le Land de la Rhénanie du Nord-Westphalie (NRW), la ville d’Essen et le groupement des communes de la Rhénanie sont les principales structures qui soutiennent l'entretien du site.

Comment la fondation gère-t-elle de façon simultanée le développement de projets culturels et la conservation du patrimoine ?

La fondation Zollverein est principalement engagée sur ces deux axes. L’assainissement des bâtiments et la préservation du site dans sa totalité sont essentiels à la réalisation des différents projets culturels, tels que la mise en place des expositions, la réalisation des concerts ou tout simplement l’accessibilité du site au public

Quels sont les projets culturels menés par la fondation Zollverein ?

De nombreux événements ont déjà été organisés sur le site du Zollverein, comprenant des expositions et des manifestations musicales. Les concerts sont organisés en coopération avec le bureau chargé de la culture de la ville d’Essen et le TUP (Theater und Philharmonie Essen). Ils font partie des grands projets de la fondation, tout comme les expositions d’art moderne, qui répondent à des exigences très pointues.

Cette année, pour la première fois, la fondation du Zollverein accueillera le festival HeimatErbe, un festival de musique sous l'égide du dialogue intergénérationnel. Il accueillera des styles musicaux variés.
Toutes ces manifestations ne pourraient voir le jour sans le partenariat scellé avec des associations présentes dans le Land du NRW. Le Cercle des amis de la fondation Zollverein apporte également un soutien, plus que nécessaire.

Combien de visiteurs recevez-vous chaque année?

Le Zollverein est situé sur « la route de la culture industrielle  ». Les anciens sites miniers sont reliés entre eux, sur près de 400 km de parcours, comprenant par exemple des anciens logements d’ouvriers et des terrils. L’équivalent européen European Route for Industrial Heritage (ERIH) fait de la mine du Zollverein un point d’ancrage qui lui donne une grande importance.

Le site est une destination populaire, appréciée aussi bien par les habitants de la région que les touristes du monde entier.
En 2010, quand Essen était la capitale européenne de la culture, 2,21 millions de personnes ont visité la mine et la cokerie du Zollverein. L’année précédente, on comptait 1,5 millions de visiteurs. La mine du Zollverein contribue fortement au rayonnement de la ville d’Essen.

Elle rend la région de la Ruhr attrayante. Son statut de monument historique au patrimoine mondial de l’UNESCO a certainement donné un avantage considérable à Essen pour être sélectionnée parmi les villes candidates en 2010.

Le Zollverein est réputé pour ses manifestations culturelles et artistiques. Qu’en est-il de la mine elle-même, et de son histoire ?

La fondation permet l’accès au site à un grand nombre de visiteurs. Un sentier a été spécialement aménagé pour retracer l’histoire du site. Les visiteurs peuvent comprendre le déroulement de la production minière en commençant par l’extraction et le traitement du charbon jusqu'au transport et au procédé de la cokéfaction du charbon.

Outre la découverte de ces procédés et les explications sur le fonctionnement des machines de l’époque, le public prend connaissance des conditions de travail et du quotidien des ouvriers, aussi bien dans les mines que dans la cokerie. Le musée de la Ruhr, installé depuis 2010 dans le lavoir de la mine du Zollverein, retrace toute l’histoire de la région.

Est-ce que les projets développés avec les publics scolaires s’inscrivent dans la logique de transmission du patrimoine historique ?

La mine et la cokerie du sont des symboles de l’ère industrielle dans la région et, plus particulièrement, un élément phare de la révolution industrielle. Via le projet Zollverein macht Schule (À l’école du Zollverein), la fondation permet aux professeurs des écoles de transmettre aux élèves les principales connaissances sur l’histoire de la région minière, directement sur place.

Le système des visites est décidé en fonction des classes, des âges et du fonctionnement de l’école. Pour organiser une visite, les écoles développent un partenariat avec la fondation.

Les services se développent également sur le site du Zollverein : les agences de communication, les ateliers de design…Quels sont les enjeux de cette privatisation ?

Les sponsors sont des soutiens notoires pour la mise en place de projets culturels. Les investisseurs privés assurent la mise en valeur future de l'entretien du Zollverein. Des espaces de la friche sont gérés par des sociétés spécialisées dans l'investissement immobilier. De nouveaux bâtiments sont construits. Ces sociétés apportent une dynamique au site.

Sa reconversion, dans sa totalité, est assurée grâce à l'aide fournie par des fondations et des entreprises qui offrent l'opportunité, également, de créer de nouveaux emplois. 

1. L’exposition internationale d’architecture, IBA (die Internationale Bauausstellung Emscher Park), a été développée par le ministère de la Ville, de l'Habitat, de la Culture et des Sports dans le Land de la Rhénanie du Nord-Westphalie. De 1989 à 1999, ce programme a permis la réhabilitation de plus de 80 friches industrielles.

Clémence Hublet, Nantes France