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Frappe-moi si tu peux

Castigo (Crédit: Luis Fabres Cc)Castigo (Crédit: Luis Fabres Cc)

Articles | Publié le 07.04.2011 De la liberté et de l'égalité pour tous. Fini la gentille mère au foyer, et l'enfant tremblant devant le fouet autoritaire du père. Le XXe siècle est celui de "l'enfant roi". Ce petit monarque qui ne fuit plus devant l'autorité des adultes questionne l'idéal égalitaire. Dans les pays européens, où l'idéal de démocratie règne, l'enjeu est d'équilibrer protection de l'enfance et autorité éducative, avec les droits de l'enfant en trame de fond.

Placer l'enfant au centre de l'éducation, avec la pédagogie, correspond à la modification du statut des enfants dont les droits se sont affirmés suite à trois déclarations successives. La dernière en date, celle de 1989, marque un tournant puisqu'il ne s'agit plus seulement de les protéger, mais d'en faire les égaux des adultes. Il y a alors un questionnement de l'autorité qui anime aujourd'hui de longs débats. Si l'on considère «l'autorité» comme le fondement d'une relation de domination, et que l'on s'attarde sur l'étymologie du mot, elle apparaît comme un moyen d'asseoir son pouvoir en l'augmentant (augere signifie «augmenter» en grec). Elle entre alors en contradiction avec le terme «pédagogie», dérivant du mot qui dans l'antiquité qualifiait l'esclave qui accompagnait les enfants à l'école.

Crime et châtiment

Suite à ce changement de rapport à l'enfance, les sanctions, constitutives de l'autorité, sont elles-mêmes remises en question. à commencer par les châtiments corporels. Ainsi en 2010, la Pologne est entrée dans le rang des pays interdisant les châtiments corporels. Trente ans auparavant, en 1979, la Suède fut le premier État à emprunter cette voie. les autres pays scandinaves suivirent de près. Des pays comme le Turkménistan et l'Angleterre n'ont en revanche jamais emprunté le chemin des pays abolitionnistes. Pour le premier, une référence à Avicenne (médecin philosophe du Xe siècle) permet de soutenir l'usage des châtiments car lui-même le présentait comme inhérent à l'éducation des enfants, comme le précise le premier ministre Saparmourat Niazov1. Cet exemple est le miroir d'une considération de l'enfance en rupture avec la transcendance éducative, qui existait auparavant.

La Suède elle-même se voit parfois rattraper par des références à cette éducation traditionnelle, des couples se défendant par des rappels de la bible lors de jugements pour usage de la violence. La fin des rapports traditionnels au sein de la famille, et dans la relation éducative est immanente à la reconnaissance du monde de l'enfance.

Le retour du roi

Hannah Arendt met en avant la perte de l'autorité naturelle des parents avec le déclin des rapports traditionnels entre les générations2. Dans la société contemporaine, la vie est ancrée dans le présent, ne s'appuie plus sur le passé et ne se projette pas davantage vers l'avenir. L'éternelle jeunesse est prônée et l'autorité des sages niée. Les enfants ne peuvent plus s'appuyer sur les adultes et sont "livrés à eux-mêmes" au grand désarroi de certains pédagogues3. Alors qu'auparavant l'enfant avait la crainte lors de la sanction de perdre l'amour des adultes, ajoute Serge Lesourd4, aujourd'hui ces derniers ont cette même peur narcissique. Cette évolution du rapport moderne à l'enfance se trouve en inadéquation avec les structures éducatives. Un pays comme la Finlande a ainsi supprimé la notation de ses élèves avant l'âge de onze ans, modifiant le rapport à la sanction dans le système éducatif. Si l'on critique la naissance d'un enfant roi en Europe, ce pays invalide cette remarque en arrivant au premier rang des enquêtes PISA5.

1. L'observatoire de la violence éducative ordinaire, liste actualisée des pays abolitionnistes, le 19 novembre 2010.

2. Alain RENAUT, La fin de l'autorité, Flammarion, 2004.

3. Ibid.

4. Jacques Trémintin «Le sens de la sanction dans l'action éducative» Lien Social, n° 918 du 26 février 2009.

5. PISA (Programme for International Student Assessment) est une enquête menée auprès de jeunes de 15 ans dans les 34 pays de l'OCDE , qui évalue l'acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la scolarité obligatoire.

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