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Bras de croix, bras de fer, M.Thatcher en sens unique

la dame de fer


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Articles | Publié le 24.01.2012 BIOPIC, UK, 2011, 1h47, Réalisateur: Phyllida Lloyd, Avec: Meryl Streep, Richard E. Grant, Jim Broadbent

Depuis son foyer, lieu de prédilection d'un combat pour l'émancipation des femmes, dans le rôle principal, Meryl Streep incarne Margareth Thatcher, une vieille dame dont la force de caractère et les convictions n'ont pas été effacées par le temps, néanmoins inquiète du destin de son fils Mark1. Harassée par des bouffées hallucinogènes, en dialogue constant avec son fidèle compagnon Denis Thatcher, entrepreneur, homme de l'ombre et soutien fidèle à posteriori, la présidente du parti conservateur de 1975 à 1990 en Grande-Bretagne et premier ministre de 1979 à 1990 fulmine dans un rôle joué avec pertinence par les actrices Meryl Streep et Alexandra Roach, qui déploient intransigeance, sensibilité et passion.

Victorian Framing

Après son échec aux élections de Datford en 1950, le film retranscrit la victoire de M.Thatcher aux élections législatives pour la circonscription de Finchley (nord de Londres) en 1959. Tenante d'une boutique, M.Thatcher sort du lot parmi les membres du parti des Tories. La députée se fait connaître par ses positions fermes et des négociations serrées face aux Whigs (Labor) dans la chambre basse où elle impose son statut de femme. Dans une mise en scène élisabéthaine, la réalisatrice Philippa Lloyd tire le portrait d'une femme simple, méthodiste et chaste qui a défendu les intérêts de la classe moyenne, riche et en devenir, sans céder aux pressions de la rue et aux revendications des unions syndicales.
Le conservatisme politique de la Dame de fer est inspiré de sa formation à l'Oxford University College, de sa foi dans l’Église anglicane, du concept de « self-help Â» (s'aider par soi-même), ce que M.Streep retranscrit avec talent lorsqu'il est fait allusion à des projets de réformes pour développer les Grammar School (école avec sélection à l'entrée) au détriment des Comprehensive School (fondées sur un système de transmission des connaissances et du savoir), l'enseignement à distance (Open University), lorsque M.Thatcher était ministre de l'éducation et des Sciences. Dans les faits, ces projets ont échoué pour des questions budgétaires, l'école obligatoire jusqu'à 16 ans étant une de ses réalisations.

Thatchérisme

Suite à l'instabilité politique de la décennie 1970 marquée par des réformes inachevées (U-turn) et l'alternance politique, M.Thatcher battait campagne, préparant le retour d'une politique de rigueur, pour contrôler l'inflation, baisser le taux de chômage (alors de 8,01%) et de mettre fin aux mouvements de grèves. Une stratégie de com' (une première en Europe) pour la campagne l'a aidée pour remporter les élections législatives en 1979. Elle put remplir des fonctions régaliennes au 10, Downing Street pendant 11 ans. Sur le modèle d'un libéralisme inspiré par E.Burke et A.Smith, elle préconise alors une moindre intervention de l’État au profit de la liberté d'entreprendre et d'agir, menant une lutte contre le syndicalisme.

À son mandat s'attachaient les valeurs traditionnelles de l'ère victorienne. Après le choc pétrolier, le Royaume-Uni a eu affaire à une gestionnaire s'appliquant avec méthode aux affaires économiques. La période de stagflation l'amenait à ouvrir les marchés provoquant la hausse des taux d'intérêts sur les crédits et stimulant la vente aux investisseurs étrangers des parts du capital d'entreprises du secteur public (programme de privatisations). Sur le plan diplomatique et militaire, le conflit avec l'Argentine en 1982 (guerre des Malouines) lui a permis de redorer son blason et de réaffirmer la souveraineté britannique dans le monde.

Avé maria : l'Angleterre a eu sa tête.

Le film semble néanmoins mettre de côté l'anti-communisme de M.Thatcher d'où la réputation de « Dame de fer Â» selon le quotidien soviétique L'étoile rouge d'un article paru en 1976 et des relations diplomatiques entretenues avec Ronald Reagan (l'atlantisme). Les affaires de la vie publique sont relatées par des images issus d'archives audiovisuelles (riots, grèves, attentats de l'IRA à l'Hôtel Brighton et à la voiture piégée, envoi d'un corps expéditionnaires sur les îles des Malouines), ce qui apporte une vision documentariste certes mais sensiblement manichéenne avec des images entreposées tel des flashs abrupts. 
Sur le personnage, les visions de M.Thatcher se rapportent au domaine de la sphère privée donnant l'impression d'un éloignement face aux réalités de la vie publique. Ce qui est tout à fait réussit pour faire le contraste avec les réalités sociales d'un Royaume-Uni déchiré entre actifs/chômeurs, Irlandais du Nord et Britanniques. Le film trace une vie dissociée du peuple d'en bas, d'une vie marquée par le rigorisme et par l'absence de dialogue avec les partenaires européens notamment pour la question d'une adhésion à l'union monétaire.
En outre, c'est aussi un clin d’œil au rapport qu'entretient aujourd'hui le premier ministre britannique David Cameron avec l'Europe et son refus en décembre 2011 de faire ratifier les traités européens, ceux relatifs aux réformes en matière de fiscalité et de réduction des dettes souveraines : une politique héritée du Thatcherisme marquée par l'exclusivité économique, la réaffirmation de la livre sterling et la libre concurrence sur les marchés. Avec l'accroissement des écarts de pauvreté, le fort endettement des ménages et les révoltes dans les banlieues de Londres en août 2011, le modèle économique néo-libéral des années Thatcher-Reagan ouvre les portes à une réflexion sur ses limites.
À la lumière de l'actualité économique, marquée par la faillite des États, les turbulences du marché, les crises de l'immobilier, le chômage, la défiance des investisseurs, le dumping social et une crise de représentation des principaux dirigeants européens, le film interroge les pays du vieux continent sur un retour à la conception keynésienne de l'interventionnisme d'’État, du transfert de compétences aux collectivités territoriales, de la mise en place de réformes dirigées vers l'idéal du plein emploi, du contrôle du déficit budgétaire et de la régulation des marchés.
Suite à la démission du président du parti conservateur, Howe Geoffrey, une crise de loyauté au sein du parti Tory a traversé une crise de loyauté, entraînant la défection de M.Thatcher, devenue impopulaire auprès des britanniques sur la proposition d'établir en 1990 la Poll Tax : un impôt de capitation.  

1. Mark Thatcher est accusé en 2004 d'avoir financé une tentative de putsch en Guinée équatoriale contre le président Teodoro Obiang. Résidant au Cap en Afrique du Sud, il reconnaît en 2005 avoir financé des hélicoptères aux mercenaires impliqués dans le coup d’État mais ne pas avoir participé directement au complot, à la raison invoquée de développer ses activités en matière d'équipements aériens (hélicoptères ) et d'extraction pétrolifère. Il a été accusé en Afrique du Sud à une amende de 3 millions de Rands et de quatre ans de prison avec sursis, où il a été assigné à résidence avant de s'expatrier aux États-Unis et de s'évaporer apparemment dans un pays du Moyen-Orient (manque de sources pour affirmer).

et d'extraction pétrolifère

Pierre-Alexandre Charrier, Nantes France