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Vaterlandsverräter // Traître à la patrie.

Entretien avec Annekatrin Hendel


Tous droits reservéEve Jégou et Anna Marquer- Passicot
Articles | Publié le 23.11.2011 Les romanciers ne sont pas morts. Traître à la patrie: une double vie menée à travers la littérature et sous le contrôle d'un régime politique.

Documentaire, All. 2011, 97 min.Réalisation : Annekatrin Hendel

Lorsque je suis sortie de la projection de Traître à la Patrie, les mots de Paul Gratzik résonnaient encore dans ma tête : “ Qui êtes-vous pour me parler de morale ? Je n'ai aucune morale... Ou du moins pas la vôtre ! “ La première scène de Traître à la Patrie tire le portrait d'un homme amer et en colère, agent informel pour la STASI pendant la guerre froide. Traître, l'écrivain l'a peut-être été. Envers ses collègues et amis, qu'il a dénoncé aux services secrets de la RDA. Envers sa “patrie”, qui l'a espionné puis rejeté lorsqu'il s'est retourné contre des méthodes auxquelles il n'adhérait plus. Plus l'on avance dans ce documentaire, et plus l'homme qui nous est présenté s'éloigne de cette image de délateur. Celui que l'on voit à l'écran n'est pas un traître, mais un homme qui a associé ses valeurs à celles d'un système en déchéance. Ce portrait plonge le spectateur dans l'intimité du poète, de son inspiration, de sa vie ; une existence à l'affût dont l'empreinte s'est désormais fixée dans la mémoire collective.

Entretien avec Annekatrin Hendel, réalisatrice du film

Depuis 2004 je me suis lancée dans la production cinématographique. Bernd-Gunther Nahm, directeur de la maison du cinéma de Kiel m'a beaucoup aidé dans le financement de ce film car ça n'a pas été simple d'obtenir des fonds. À l'origine j'étais une jeune scénographe passionnée par la littérature. Comme d'autres jeunes, on festoyait et on organisait des lectures à voix haute.

 

C'est autour d'une pièce de théâtre écrite par Paul Gratzik que je me suis rendue dans sa petite ferme du Uckermark dans le Brandebourg. À la première rencontre, il m'a déclaré « bienvenue chez la Stasi ». Paul a avoué assez rapidement qu'il y a travaillé alors que ce n'est pas commun de faire de tels aveux. Aussi, j'étais sidérée en apprenant qu'il avait été menacé, qu'il avait parallèlement été poursuivi et observé à plusieurs reprises. Ces dernières années, il se sentait toujours emprisonné. Paul est au contraire une personne passionnée, excentrique, qui tenait en main sa propre existence. À partir des années 1960, la Stasi (Staatssicherheit) avait réussi à recruter de nombreux artistes. Certes, sans ses engagement auprès de l'organe de contrôle, Paul Gratzik n'aurait sans doute pas réussi à publier autant d'œuvres. Mais il a été avant tout un dissident , on lui doit de nombreuses critiques sociales concernant le régime de la RDA.

 

En Allemagne, il y a beaucoup de films avec des représentations d'espions malfrats comme s'il y avait quelque chose de bon en eux. Et Paul est une exception, il n'était pas le genre d'espion, genre petit bureaucrate, et il a quitté de son propre chef le système… Paul a été la première personne qui a regardé le film. Et il a dit : « tu ne m'as pas trahi ».

 

Une impression dans le public:

 

Le film a soulevé la question de la dénonciation dans les années 40 en France. C'est pourquoi on se sent concerné par ce sujet. Ce film montre que rien n'est tout noir ou tout blanc et qu'il est parfois difficile de faire la séparation entre les bons et les mauvais.

Pierre-Alexandre Charrier, Nantes France ;  Mathilde Colas, Nantes France